Daniel Cordier, pour l'art et pour mémoire (4/5)
Où Daniel Cordier raconte comment il en finit avec le monde des galeristes parisiens en 1964
Daniel Cordier, galeriste à Paris après avoir été le Secrétaire de Jean Moulin, et avant de devenir son biographe, a vécu au cœur de la création des années 50 et 60, à Paris, à Frankfort et à New York.
Dans sa galerie parisienne il a montré Dewasne, Dado, Dubuffet, Matta, Réquichot, Gabritschevsky, ou Michaux. Il l' a fermée en 1964 en publiant une lettre ouverte imprimée à plusieurs centaines d’exemplaires et intitulée « Pour Prendre Congé ». Il y dénonce le faiblissement de la création en France, sous les effets conjugués du marché de l’art, de l’indifférence du public et du désengagement de l’Etat.
Il a fini par donner une grand partie de sa collection personnelle au Centre National d’Art Moderne en 1989 (1200 œuvres environ).
Daniel Cordier © Christine Siméone - 2012
Dans cette période des années 60 vous avez côtoyé des gens comme les galeristes Jean Larcade, Georges Marci, ou Couturier. Comment était ce milieu des galeristes, des marchands à l’époque ?
Daniel Cordier: Non, je n’ai fréquenté personne auprès des galeries et le seul moment où je suis allé au syndicat de ma galerie de tableaux, comme il fallait faire partie d’un syndicat, c’est le jour où j’ai fermé ! Je dois dire qu’il y avait absolument le vide autour de moi et qu’on m’a sérieusement engueulé d’avoir écrit la lettre que j’ai écrite. J’ai dit la vérité qu’est ce que vous voulez !
Que disait cette lettre ?
Daniel Cordier: Je ne me souviens plus très bien mais je disais que je fermais parce que le marché de l’art était fini à Paris, et qu’il était commencé à New York. C’était la raison pour laquelle à partir de 1961/62, il n’y avait plus de collectionneurs. Les collectionneurs américains ne venaient plus or auparavant c’étaient eux qui faisaient marcher ma galerie. Des collectionneurs qui arrivaient au mois de juin et qui repartaient au mois de septembre, ils venaient deux fois dans l’année dans ma galerie, ils achetaient des tableaux et pendant un an j’avais de quoi vivre.
Quand vous avez fermé la galerie … il y
avait un peu de dépit de votre part.
Daniel Cordier: L’élément décisif qui m’a obligé à fermer c’est parce que dans l’année 64/65, pendant un an, je n’ai pas vendu un seul petit dessin, rien, rien, rien.
J’avais des milliers d’œuvres, comme j’avais 24 ou 25 peintres, j’avais toutes leurs productions depuis 8 ans, plus tout ce que j’achetais. C’est une espèce de maladie .
Le premier c’est Nicolas de Staël, j’avais vu l’exposition chez Jeanne Buchet, j’ai été enthousiasmé, la directrice me dit "c’est un ami, je peux vous le faire rencontrer" ; nous y sommes allés le lendemain, et j’en ai acheté 15. Tout est comme ça. Si vous regardez la donation, j’ai donné les choses telles que je les ai achetées, par dizaines, par centaines des fois, c’est une maladie .
C’est la question que je voulais vous poser : "collectionneur" est-ce une maladie ?
Daniel Cordier: C’est quelque chose qui m’interroge toujours, il y a un mystère.
Ici, ce sont des choses du passé (le tableau de Michaux par exemple) , j'avais aussi des œuvres primitives que j’ai données à Beaubourg, ce sont des œuvres abstraites, des monnaies, des colliers, des bracelets qui viennent d’Asie, des Iles du Pacifique, d’un peu partout.
Tout ça ce sont des choses abstraites et cela fait un tout. D’ailleurs j’ai demandé au Musée qu'on expose aussi le pièces de ma collection primitive à côté des oeuvres modernes. C’est étroitement confondu.
Actuellement j’ai donné plus de 1200 œuvres. J’ai gardé des choses qui m’amusent.
Non c’est fini, c’est fini, je suis content de les avoir, mais c’est fini, probablement que je ne suis plus collectionneur.
Est-ce que vous êtes guéri ?
Daniel Cordier: Je ne ne sais pas, vous savez je suis quelqu'un qui a mené sa vie sans me poser les questions auxquelles je ne pouvais pas répondre. C’est des réponses que l’on fait aux autres pas pour soi, je ne sais pas si cela un sens.
Que s’est-il passé après la fermeture de la galerie ? Avez –vous continué à acheter ou vendre?
Daniel Cordier: Quand j’ai fermé la galerie je n’ai plus vu mes peintres. Mais j’ai continué à collectionner, jusqu’au moment où j’ai été intégré à Beaubourg, avant les années 80. C’était la première fois qu’un marchand rentrait dans une commission d’achat pour un musée
public. A l’instant où j’avais été nommé, je n’ai plus mis les pieds dans une galerie d’art.
Vous n’avez rien acheté depuis ?
Daniel Cordier: Pratiquement non. On est nommé pour 3 ans et j’ai été reconduit trois fois. Les choses changent en 10 ans. Le jour où j’ai décidé de défendre la mémoire de Jean Moulin, cela m’a pris 35 ans, je n’ai plus fait que ça. A partir du moment où vous faites partie d’une commission d’achat vous ne pouvez plus aller dans une galerie acheter des petites choses.
Daniel Cordier sur le net avec Annelise Signoret
Les dons de Daniel Cordier aux musées publics
Au musée des Beaux-Arts de Lyon, conférence en 2009
Aux Abattoirs de Toulouse
Visite de l'exposition de la « Petite Suite exotique » au musée des Abattoirs de Toulouse avec Daniel Cordier (réalisation Michel Dieuzaide - production Aktis -Toulouse 14’32’’)
Toulouse : inauguration du musée des Abattoirs. Un sujet TV (2’04) tourné le 23 juin 2000, à revoir sur le site de l’INA. Courte interview de Daniel Cordier.
Au Centre Georges Pompidou (Paris)
« Les désordres du plaisir », une sélection d’œuvres et d’objets issus de la collection de Daniel Cordier au Centre Pompidou, 22 décembre 2008 - 23 mars 2009

Je rappelle que ce blog est largement consacré à Arman, au Nouveau Réalisme, et à toutes les formes d'art qui incluent l'objet comme matériau de création.
Textes Copyright Christine Siméone.
Photos Copyright Christine Siméone sauf indication autre.
Au sujet d’Arman, le site historique
Remerciements à
Gilles Marsault, et Valeria Emanuele, au web de France Inter twitter.com/valeria_e
Annelise Signoret, du service documentation de Radio France
Sophie Raimbault, assistance du service Culture de la rédaction de France Inter


























Je viens de connaitre votre blog. Il est passionnant et je voudrais le garder en y intégrant le dernier samedi prochain.
Le puis-je selon la Loi ? Comment procéder depuis mon PC dont je ne suis pas expert ?
Eventuellement, un CD peut-il être acheté ?
Merci pour l'aide que vous m'apporterez.
Cordialement,
J.A.E.