Grand bazar, troisième partie
Depuis vitrines d'Arman et de Paulin ou de Koons, remontons au concept de boîtes. J’ai parlé d’Arman et de ses vitrines car dès qu’il a commencé à mettre ses accumulations d’objets dans des contenants, il y avait en général une des pans traité comme une vitrine, transparent pour voir le « tableau » de l’accumulation. Mais cette vitrine est bien une partie d’une boîte. Les boîtes dans l’histoire de l’art remontent à Joseph Cornell et Marcel Duchamp.
Boite en valise de Marcel Duchamp env1935 © Radio France
Marcel Duchamp d'abord avec ses boîtes en valise comprenant ses propres oeuvres ou des éléments de documentation et de référence à l'histoire de l'art (ou encore pour la Boîte verte, toutes les notes de préparation du Grand Verre).
Joseph Cornell, boîte à bijoux des Taglioni-1940
© Radio France -
Pour Joseph Cornell, les boîtes sont des petits ensembles d'objets, à caractère narratif, mystérieux et surréaliste. Son nom est définitvement resté attaché au concept de boîtes. Ses boîtes fonctionnent comme des vitrines, ou encore comme des petits théâtres d'objets.
Dans les années cinquante, à peu près à la même époque qu'Arman, Louise Nevelson se sert du concept de boîtes pour circonscrire son monde imaginaire. Exemple, Bagage de lune datant de 1959 exposé en 1960 chez Daniel Cordier. C’est un coffret composé de fragments de bois collés, et cloués, environ 64 cm sur 30. Cela tient à la fois de la valise et de la vitrine ; un encastrement sombre, renfermant des formes d’objets, dépositaires des secrets de l’artiste, car pour elle il s’agit d’une démarche métaphysique. Un puzzle de bouts de bois récupérés, au carrefour du cubisme, du surréalisme, et de l’art primitif.
Louise Nevelson, Cathedrale © Radio France
Tas, boîtes et vitrines me font penser à compartiment ; je me suis souvent interrogée pour savoir quelles raisons me poussaient à m’intéressée à l’œuvre d’Arman. J’ai fini par remarquer un goût certain pour les boîtes depuis mon enfance. Je ne les collectionne pas, elles ne m’intéressent que parce qu’elles me permettent de ranger et surtout de trier. Je le fais avec beaucoup moins de méthode que la grand-mère d’Arman, qui les étiquetait et les datait. Elles me permettent d’éviter les débordements, elles mettent des limites, elles servent de frontières. Je constate qu’Arman était un homme qui compartimentait ses relations. Ce qu’il était avec l’un, il ne l’était pas avec un autre, ce qu’il vivait d’un côté n’avait rien à voir avec ce qu’il vivait par ailleurs. Avec chaque personne la relation était différente.
Arman est aussi un artiste du remplissage, toujours en train de combler les vides ou de jouer avec, pour laisser un peu de mouvement aux objets. Je considère qu’Arman est comme une araignée au centre d’un univers-objet, ayant comblé tout l’espace de son désir, et cherché à faire une totalité avec une somme-objet.

Alain Jouffroy, dans Les Pré-voyants en 1974 (La connaissance, s.a, Bruxelles) exprimait la même idée au sujet d’Arman : « Ses Accumulations répondent à un besoin de dominer la réalité, par le classement, par le rangement, par l’entassement, par la fixation d’objets voués à la disparition, et qui sortent par leur nombre même de la circonférence individuelle. » Jouffroy concluait par la suite que l’artiste essaie de contenir les assauts du « capital des biens matériel » et de la production industrielle. Mais c’est un sentiment beaucoup plus intime qui a motivé le geste d’Arman.
Pour remonter encore ce fil, "boîte" me ramène à "boîtier" et "boîtier" à "appareil photo". Bouclons la boucle avec une accumulation d'appareils photo dans une boîte en bois.
Arman, Clic Clac kodak, Hourra! 1961 avec l'autorisation d'armancommunity.org
Pour ce blog, Textes © Christine Siméone
Photos © Christine Siméone sauf indication
Ce blog se nourrit sur la toile
Pour les collections d’art présentes en France
Pour les collections aux Etats-Unis
Au sujet d’Arman, le site historique
Remerciements à
Valeria Emanuele, au web de France Inter twitter.com/valeria_e
Annelise Signoret, du service documentation de Radio France
Sophie Raimbault, assistance du service Culture de la rédaction de France Inter
Ghislaine Delubac et son équipe de l'agence Apocope



Bonjour Christine
.
Je suppose que je ne peux commenter ce billet...
.
En tout cas, sur mon blogounet, je n'efface pas les commentaires au fur et à mesure (aucun modérateur, aucun filtre, aucune gomme)...
.
n'empêche que celui qui écrit :
"Je considère qu’Arman est comme une araignée au centre d’un univers-objet, ayant comblé tout l’espace de son désir, et chercher à faire une totalité avec une somme-objet." ne doit pas tourner à l'eau clair...
.
Sinon, je trouve votre blog très intéressant.
Poster un nouveau commentaire