Au bon beauf
Affiche les infidèles © DR Mars Distribution - 2012
Que les choses soient claires, par principe l'auteur de ce blog est hostile à toute forme de censure et singulièrement en matière artistique. Dans son esprit, les affiches du film "Infidèles" auraient par conséquent dû rester à leur place. En les faisant disparaître, on cherche à faire disparaître la triste réalité de leur contenu parfaitement vulgaire lequel consiste à faire explicitement rimer fellation et "entrée dans un tunnel", car c'est bien de cela et de rien d'autre dont il s'agissait ici. Ce n'est pas le seul visuel qui choque, c'est son rapprochement avec la phrase choisie (je ne peux dire s'il s'agit d'un extrait du dialogue de ce film puisque ce dernier n'a été montré qu'à certains journalistes et pas à d'autres...). Reste "heureusement" la couverture du nouveau numéro de "Première", le magazine de cinéma sur laquelle on peut voir les deux mêmes acteurs (Lellouche et Dujardin) pantalons baissés et mains croisés en cache sexe, avec comme accroche définitivement classieuse : "Les infidèles déballent tout". Pour les naïfs qui auraient pu croire dans un premier temps à un dérapage publicitaire incontrôlé de la part des deux acteurs qui sont également co-scénaristes et co-réalisateurs de ce film à sketches, ladite couverture a l'immense mérite de la clarté. Le plan com fonctionnant à merveille, après la vraie-fausse censure de la première vague d'affiches, on a pu découvrir aujourd'hui sur les murs une nouvelle affiche avec nos deux "héros" totalement hilares devant deux moitiés de corps féminins version aguicheuses (chez eux, on l'aura remarqué les femmes sont des morceaux de corps !) Tout ça c'est pour rire nous disent donc ces deux joyeux drilles spécialisés d'abord dans la pub et secondairement dans le cinéma. Mais du côté des Oscars auxquels on est forcé de penser dès lors qu'il est question de Dujardin, ces deux Machiavel aux petits pieds risquent pourtant de se fracasser contre l'immense mur du politiquement correct américain ( dont on se dit après tout que, dans le cas présent, si c'est pour refuser que fellation rime avec entrée dans un tunnel...). A moins bien entendu que cet avalanche d'esprit beauf et pauvrement provoc ne soit destinée à anticiper une défaite aux Oscars : on imagine d'avance les "éléments de langage" (!) du camp Dujardin and co, dans le style "Ah ces salauds de Ricains, ils nous censurent nous et notre humour macho au soixantième degré, c'est injuste, ils ne comprennent rien à rien !" Et pourtant, on se dit qu'ils n'auraient pas forcément tort alors les votants américains de trouver qu'on les prend un peu trop pour des pigeons : chez eux, on se la joue "The Artist" smok-noir-et-blanc-chic-Hollywood-muet-so-french-si-classe" mais en vrai, dans le pays réel, on se la pète en caleçon sur les chaussettes avec humour gras et alibi "Valseuses" en tête. Et c'est vrai, dans "Première", nos deux compères crient haut et fort leur admiration pour Bertrand Blier, leur filiation même. Quel Blier ? Celui de "Calmos" assurément... Pour celui de "Buffet froid" ou de "Trop belle pour toi", il faudra certainement repasser. Et pourvu que nos deux compères ne crient pas trop fort à la censure dans cette affaire. Car, toujours dans ce même numéro de "Première", ils avouent benoîtement avoir éliminé du film final un sketch, je les cite, "formidable, flamboyant et démesuré" de Jan Kounen parce que, toujours selon eux, "il ne s'inscrivait pas dans la tonalité générale assez réaliste du film". On aura donc compris que pour Dujardin et son pote Lellouche la "fellation et le tunnel", c'est du réalisme. Au fond de moi, une petite voix me dit que c'est peut-être mieux pour Kounen cette absence finale... Maintenant, il nous faut attendre, non sans une certaine impatience, la chronique de Marcela Iacub dans "Libération" pour nous expliquer que cette affiche est la plus poétique qui soit, la plus résolument féministe en fait, et que Dujardin et Lellouche sont les Roland Barthes (pas Barthès, hein !) du cinéma français et de la civilisation occidentale toute entière. Je sais, on est toujours le beauf de quelqu'un. Mais, je crains que cette fois le tandem Lellouche et Dujardin ne confonde le second degré avec le ras du bitume ou la cuvette des toilettes. "Il me semblait évident qu'après "The Artist", il fallait casser le jouet. Toujours cette envie de remettre le curseur à zéro..." a déclaré Jean Dujardin. Louable intention en vérité. Mais enfin, "The Artist", ce n'est tout de même pas "Citizen Kane" ! Et si la prochaine fois, Jean D. remettait son compteur non pas à zéro (ce qui a littéralement réussi cette fois...) mais à 100, en regardant vers le haut et non plus vers le bas, le très bas, le dessous de sa ceinture ? Histoire d'élever le niveau. Histoire de ne pas se repaître sans cesse de personnages de beaufs machos qu'on fait semblant de caricaturer pour mieux les exonérer. Histoire de ne pas se fondre au final dans son personnage de beauf... Et là, croix de bois, croix de fer, on pensera qu'un tunnel peut n'être qu'un tunnel.



Je suis d'accord avec vous Mr Delmas mais permettez-moi de faire la comparaison avec l'émission de France Inter "A votre écoute coûte que coûte" qui sous prétexte de faire rire au xième degré est tout simplement triste, vulgaire, démagogique et complaisante.
Je partage totalement votre analyse sur ce très pitoyable et sinistre film et sur ces deux individus : Dujardin, Lellouche lamentables représentations de tout ce que l'être humain peut avoir de minable! après l'affaire DSK , décidément nous ne parvenons pas à sortir du glauque, du sordide. Ce qui est terrible c'est que ces deux pantins essayent de justifier leur beaufitude; comment certaines femmes peuvent-t-elles vivre avec ce genre d'individus et se commettre dans de tels films? fort heureusement de très jolis films sortis récemment apportent tellement de bonheur et pourtant sont quasiment ignorés par les médias qui aiment tant se repaître de cynisme, et d'affligeante vulgarité!
Il y a tant de vulgarité étalée dans la ville....l'affiche des Infidèles n'en est qu'une de plus!!
Quant aux Oscars : je crois que le réalisateur mérite, éventuellement, une récompense pour The Artist. Dujardin et Bejo font un très beau numéro que j'ai apprécié, mais ils ne me semble pas que çà mérite un tel tapage...
Hélas, tant de très bons films sensibles, intelligents, parfois fait avec si peu de moyens ne reçoivent pas l'espace qu'ils méritent!! Et les gens subissent la lourdeur des grands complexes ...Prenons notre plaisir et donnons notre argent aux petites salles qui nous offrent des programmes hors des sentiers battus. A Bruxelles, nous en avons qq unes et c'est "le pied"..... Jacqueline
De nos jours, pour réaliser un film qui rapporte, voila la bonne recette...
1/ 3 parties de jambes en l'air
2/QQ scénes de violence
3/un dialogue compréhensible pour le plus grand nombre, c.a.d.à ras des marguerites!!
MERCI M. Delmas
Oui, merci. Je suis entièrement d'accord avec vous. La démarche de Dujardin & Co est faussement provocatrice et réellement misogyne et cynique. Ça fait vraiment du bien de lire votre article. En effet, j'avais l'impression que tout le monde était tombé dans ce piège tendu par des commerciaux plus-beauf-que-moi-tu-meurs. J'ai plutôt aimé The Artist et je n'irai pas dépenser 8 € pour Infidèles.
Jean Dujardin est un faiseur de bas étage. Qu'il soit considéré par certains comme le meilleur acteur français illustre le degré de déliquescence qu'a atteint le "monde de la culture" dans notre pays. Pathétique.
Un peu fouilli votre blog. A force de vouloir nous dire plein de choses, on a beaucoup de mal à voir clairement où vous voulez arriver. A l'image de vos interventions à la radio, d'ailleurs...
Cela dit, pas besoin de votre blog et de vos explications embrouillées pour réaliser que, primo, Jean Dujardin n'est pas un comédien exceptionnel et, secundo, que c'est sans doute dans les "Infidèles", avec la judicieuse complicité de l'élégant Lellouche, qu'on voit se réaliser vraiment le personnage.
Et contrairement aux auditeurs qui se sont exprimés ici : pas géniale, géniale votre émission avec Christine Masson.
Pour cette nouvelle information, je vais donc essayer d'être le plus clair possible et le moins "fouillis" qui soit... J'ai pu constater ce soir que contrairement à ce qui avait été annoncé les premières affiches du film sont toujours en place notamment au dos des nombreux kiosques à journaux... On est décidément bien dans la communication et les effets d'annonce ne sont là que pour augmenter le "bruit" autour du film. Mais suis-je bien clair ? Alors, pour le dire autrement : on se fiche de nous !
Je suis d'accord "the artist" n'est pas "citizen Kane", je m'y suis un peu ennuyée mais je comprends que les Américains en soient dingues, quant aux affiches elles sont de très mauvais goût et paradoxalement c'est l'image des hommes qui n'en sort pas grandie
tout à fait d'accord ! et puis pour faire de l'argent il suffit d'être vulgaire et c'est facile apparemment. Je suis déçue pour l'image de Dujardin .
J'adore votre émission sur le cinéma.