L'Atelier de Patrick Taberna
L'Atelier de Patrick Taberna © Radio France - 2012 / vincent josse
Une fillette de profil dansant sur un parquet avec la lumière comme partenaire, un arbre géant qui contraste avec le tout petit corps d'un enfant, des fenêtres embuées où une main inconnue a dessiné deux petits poissons. Patrick Taberna saisit des fragments et des instants qu'il s'agit à chacun de déchiffrer, de compléter.
Le photographe de 47 ans, né à Saint-Jean-de-Luz, est informaticien mais
sa vraie passion, c'est l'image. Equipé d'un petit appareil en
plastique, un Lubitel, aussi délicat que ses photos, il réalise des
images en s'inspirant de sa famille et de leurs voyages. Comme un
écrivain, Taberna s'applique à retrouver une sensation, à partager la
subjectivité d'un sentiment. C'est une photo onirique et très
littéraire, voisine de la démarche d'un Hervé Guibert dont les photos
traduisaient l'univers intime et prenait le relais de sa plume.
D'ailleurs, Patrick Taberna vit entouré de livres et s'il devait n'en
retenir qu'un, il choisirait l'Usage du Monde, de Nicolas Bouvier,
l'écrivain voyageur. Bouvier prônait un dépouillement à travers le long
cours. Taberna l'a suivi. Routard avec sa femme depuis les années 80, il
a appris à se munir de l'essentiel, à ne surtout pas s'encombrer. Le
couple et ses deux enfants voyagent au hasard, sans organisation.
Taberna a même troqué son Leïca, trop lourd, pour un matériel russe
hyper léger. "Se débarrasser des scories", disait Bouvier. Les photos de
Patrick Taberna ne témoignent pas, pas de lieu identifiable, pas
d'habitants. Loin des cartes postales, l'artiste déploie un florilège de
sensations et de sentiments. Son oeil n'est pas dirigiste, il ouvre des
portes à l'imagination. Les couleurs n'agressent pas, la lumière
naturelle, même en intérieur, est douce; l'image, parfois floue, est
tirée sur papier argentique mat, tiré sous agrandisseur, d'où cette
impression de velouté. Mais Taberna ne jette pas sur ce temps qui passe
un regard ébloui. On devine en lui autre chose qu'une contemplation, au
contraire, la répétition de ciels gris, cette femme de dos devant un mur
de pierres qui nous prive de ce qu'elle aperçoit, laisse deviner une
inquiétude. De quelle nature est cette angoisse que l'on sent poindre
dans certaines images de ce photographe souriant pourtant, et si
modeste? En atteste sa remarque, à la lecture d'un long papier consacré à
son exposition "A contretemps" par Télérama : "Oh la la ... Une page,
une page entière? C'est trop!"
Patrick Taberna a remporté en 2004 le prix de la fondation CCF, qui lui a
consacré un livre : Au fil des jours, éd. Actes Sud, 120 p., 21,50 EUR.
Son site: patricktaberna.com



Bonjour, Ne serait-il pas envisageable de rediffuser votre émission dans les programmes de nuit ? Je la rate (trop) souvent, je peux la réécouter sur le site c'est vrai, mais j'aime bien les diffusions nocturnes ... merci et bravo !
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