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Posté le vendredi 17 février

Catherine Breillat : "J'étais comme dans une secte, qui s'appelait Rocancourt"

Catherine Breillat, chambre du tribunal correctionnel de Paris © MAXPPP JB Le Quere


Catherine Breillat reçoit dans sa maison avec petit jardin, dans l'est de Paris. Elle s'excuse pour le désordre: les travaux ne sont pas finis, faute d'argent. La cinéaste marche difficilement, s'appuie sur une canne, ou à la rampe de son escalier. Elle parle de ce "demi-corps" qu'elle ne sent pas, une des séquelles de son accident vasculaire cérébral en 2005, avec les crises d'épilepsie et les troubles cognitifs, notamment pour tout ce qui concerne les chiffres et la valeur réelle de l'argent.

La parole, elle, est toujours là. Un peu plus lente, peut être. Le regard bleu pétille, et Catherine Breillat rit toujours comme une petite fille, avec les yeux qui se plissent et les épaules qui remontent. Comme avant, du temps des films controversés et gonflés, "Romance" avec la star du X Rocco Siffredi, ou encore "A ma soeur", présenté à Cannes, l'histoire de deux jeunes soeurs, l'une un peu trop ronde, l'autre très jolie, une histoire de jalousie, de sexe et de mort, dont on garde un souvenir terrifié.

 

Accroché au mur, l'affiche américaine de "36 fillette", un des ses tout premiers films. Avec cette légende : "One of the best films of the year". Elle aime parler de ces cinéphiles du monde entier, Etats-Unis, Japon, qui la vénèrent comme une grande cinéaste. Regrette que la France ne retienne d'elle que le côté provocateur.

 

Un rôle dans le film "Bad Love", avec Naomi Campbell

Au cours d'une audition par les gendarmes, Christophe Rocancourt, qu'elle accuse de lui avoir soutiré 700 000 euros en profitant de son état de faiblesse, dit de Catherine Breillat  qu'elle aime le scandale, tout ce qui est sulfureux, le choix de ses acteurs y compris.


Il n'a pas tort. C'est en voyant sa « gueule », son accent de "paysan normand" dit elle, chez Thierry Ardisson, à la télé, qu'elle a "casté" Christophe Rocancourt.  L'aura de celui qui se présentait comme "l'ex arnaqueur des stars" (il a fait 5 ans de prison aux Etats Unis pour diverses escroqueries, parmi ses victimes figurent notamment Mickey Rourke et Michel Polnareff) n'était sans doute pas pour la déranger.

 

Le film pour lequel elle l'approche s'appelle "Bad Love". Elle lui propose le rôle titre, aux côtés de Naomi Campbell. L'ex top-model connue pour son caractère volcanique rêve, paraît-il, de tourner avec Catherine Breillat. Le scénario? Une histoire d'amour et de mort, encore. Une star tombe folle amoureuse d'un homme un peu plouc, un peu vulgaire. Elle a tout de même un peu honte de lui. Mais il la tient sous sa coupe. Il finira par l'assassiner, avant de se trouver à son tour sous le feu des paparazzis. "Je l'avais très bien choisi" dit elle aujourd'hui...

 

Comment a-t-elle pu, en un an et demi, entre avril 2007 et fin 2008, lui donner plus de 700 000 euros? C'était un engrenage, raconte t elle....

 

Christophe Rocancourt m'a dépossédée de moi-même

Lecture
 

Lecture

Christophe Rocancourt, lui, est détenu à la prison de la Santé depuis le 20 décembre dernier. Il n'a pas payé sa caution, ce qui a entrainé son incarcération. Il conteste toute accusation d'abus de faiblesse. Pour son avocat, maître Jérôme Boursican, Catherine Breillat savait tout à fait ce qu'elle faisait en signant ces chèques. Et de souligner que dans le même temps, elle signait des chèques à d'autres, son fils, des entrepreneurs pour les travaux de sa maison; tourne un film, monte les marches au festival de Cannes.. Bref pas l'image d'une femme diminuée et vulnérable. Il demandera la relaxe de son client.

 

En tout état de cause, de cette histoire, Catherine Breillat veut faire un film. Titre provisoire? "Abus de faiblesse". Avec Isabelle Huppert et Kool Shen, le rappeur de NTM, qui n'a jamais tourné. Elle parle de ses essais : "il est génial" confie-t-elle, l'oeil brillant. Le sens du casting, et du buzz, toujours.


Mise à jour : Christophe Rocancourt a été condamné à 16 mois de prison, dont 8 avec sursis. Il doit également rembourser Catherine Breillat, et lui verser 578 000 euros de dommages et intérêts. Le maintien en détention n'ayant pas été ordonné par le tribunal, Christophe Rocancourt est sorti de la prison de la Santé vendredi 17 février au soir. Il a fait appel de sa condamnation.

Par Corinne Audouin | 17 février 2012 à 12:19
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