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Le nombre de décès va augmenter en France dans les prochaines années

personne âgée avec sa canne © MaxPPP - 2016

Malgré l'allongement de l'espérance de vie, le nombre de décès est en hausse en France depuis l'an dernier, et c'est parti pour durer. Les générations du baby-boom vieillissent.

Dans sa dernière étude "Population et Sociétés", l'Ined (Institut national d'études démographiques) nous explique les raisons de la forte augmentation du nombre de décès dans les prochaines années, même si  la vie continue de s’allonger.

Les chercheurs Gilles Pison et Laurent Toulemon reviennent sur 70 ans de stabilité étonnante du nombre de décès et sur cet effet qui s'essouffle. Ce sont maintenant les générations nombreuses nées pendant le baby-boom qui arrivent aux âges élevés où se concentrent les décès, ce qui va entraîner une hausse importante du nombre de décès ces prochaines années.

70 ans de stabilité

Entre 1946 et 2014, le nombre de décès est stable. La population augmente pourtant de 40 à 64 millions d'habitants (plus de 50 %). Deux facteurs expliquent qu’ils se soient maintenus à un niveau à peu près constant au cours de cette période : 

  1. L’allongement de la vie : l’espérance de vie à la naissance a crû de 3 mois et demi par an en moyenne au cours de la période (passant de 62,5 ans à 82,3 ans entre 1946 et 2014).
  2. L’effet des classes creuses nées pendant la Première Guerre mondiale. Les naissances ont été près de deux fois moins nombreuses dans les années 1915 à 1919 que pendant les années d’avant et d’après-guerre. L’arrivée de ces classes peu nombreuses aux âges où se concentrent aujourd’hui les décès a entraîné pendant plusieurs décennies un nombre de décès moindre que si ces classes avaient eu des effectifs normaux.
Le nombre de décès a augmenté en 2015

L'année 2015 a été marquée par une forte hausse des décès en France. On en a enregistré  587 000, nombre au plus haut depuis la Seconde guerre mondiale, supérieur de 7 % aux 547 000 décès de 2014.

Ce bond s'explique par l'augmentation du nombre de personnes de 65 ans et plus, et par la hausse des taux de mortalité après 65 ans, due à trois épisodes sanitaires en 2015 : une épidémie de grippe particulièrement meurtrière au premier trimestre, la canicule en juillet et une  vague de froid en octobre.

L’espérance de vie à la naissance est donc de 79,0 ans pour les hommes et 85,1 ans pour les femmes en 2015, contre 79,3 et 85,4 en 2014, soit une baisse de 0,3 an entre 2014 et 2015. 

La fin des générations baby-boom

Les générations nombreuses nées pendant le baby-boom, entre 1946 et 1973, arrivent aux âges élevés où l’on meurt, les dernières générations de baby-boomers devant s’éteindre dans les années 2060.

Même dans un scénario improbable où des innovations majeures en matière de lutte contre le vieillissement biologique permettraient à l’espérance de vie de faire un bond rapide de 10 à 20 ans, on n’échapperait pas à une forte hausse du nombre de décès quand viendrait le moment de la mort pour les baby-boomers, leurs propres décès n’étant alors retardé que d’une à deux décennies.

Les projections les plus récentes publiées par l’Insee annoncent toutes une hausse des décès jusqu’à près de 770 000 par an vers 2050. Elles font pourtant l’hypothèse d’une poursuite de l’augmentation de l’espérance de vie qui gagne 7,6 ans entre 2007 et 2060, passant de 80,9 ans à 88,5 ans sexes confondus.

 

Les générations nées pendant le baby-boom arrivent à l'âge où on meurt © INSEE - 2016

Par France Inter avec, | 09 Mars 2016 à 06:07