Dépêches > politique du vendredi 19 Février à 20H00

Le plaidoyer de François Hollande pour l’Europe

François Hollande lors de la spéciale du France Inter © Jean-Marc Four/Radio France - 2016

La fin de Schengen serait "la fin de l'Europe". "Je fais ce qu'il faut pour que nous puissions garder le Royaume-Uni dans l'Europe". Invité exceptionnel de France Inter de 18h à 20h ce vendredi, le Président de la République s’est inscrit en défenseur de l’union européenne depuis Bruxelles, où les négociations se poursuivent entre Londres et les 27 autres États membres de l'Union européenne pour modifier les termes de l'adhésion du Royaume-Uni à l'UE.


Après 24 heures d'intenses tractations sans avancée significative, François Hollande a assuré vendredi qu'il faisait "ce qu'il faut" pour trouver un compromis et éviter le Brexit, mais le Président ne veut pas pour autant céder au chantage de l'opinion publique britannique :

Je ne vais pas laisser un pays ami, la Grande-Bretagne, dans la situation où il pourrait satisfaire son opinion publique, elle-même traversée, divisée, au risque de ne pas faire avancer l'Europe justement pour régler les problèmes qui sont les nôtres: la croissance, l'emploi, l'agriculture, les réfugiés, la cohésion, la politique extérieure.


 

Le Président  a confirmé que les négociations bloquent sur deux sujets : les prestations sociales versées aux ressortissants européens expatriés au Royaume-Uni et la "City", la place financière de Londres, pour laquelle la France ne veut pas de statut particulier.

 

"Il y a un risque de dislocation de l’Europe sous l'effet de la crise des réfugiés"

La sortie possible de la Grande Bretagne de l'UE fait peur à l'Union, ébranlée par une crise migratoire sans précédent depuis 1945. François Hollande a appelé les pays européens "à ne pas renvoyer sur un pays, la Grèce, la responsabilité qui est la nôtre" et à ne pas fermer leur frontières, ce qui aurait pour effet de concentrer les réfugiés en Grèce, un pays déjà en proie à une crise économique sans précédent. Sur ce point, le Président français soutient le Premier ministre grec Alexis Tsipras, qui menace de ne pas signer d'accord sur le "Brexit" si ses partenaires ferment leurs frontières.

Soutien également à l'Allemagne et à Angela Merkel dont le pays ne "pourra pas accueillir encore des dizaines de milliers" de réfugiés et qui veut "qu'on arrête ce mouvement".  Pour le chef de l'Etat, "il ne peut pas y avoir de mécanisme de répartition des réfugiés en Europe tant qu'on n'a pas la sécurité des frontières extérieures et un tarissement des flux de réfugiés". C'est à cette condition que la France recevra, comme elle s'y est engagée, 30.000 réfugiés.

 

"La Russie ne s'en sortira pas en soutenant unilatéralement Bachar
al-Assad"

Le "risque de guerre" entre la Turquie et la Russie existe bien, selon François Hollande, du fait de l'implication turque en Syrie. "Il y a une escalade" et "Il faut tout faire pour arriver à une solution politique", a averti le chef de l'Etat qui, sans vouloir écarter la Russie, rappelle que Bachar al-Assad n’est pas la solution.

Je ne peux pas accepter qu'en même temps qu'on négocie, on bombarde des populations civiles.


 

Pour François Hollande, les frappes contre Daech "ont leur efficacité", des frappes que la France mène en "faisant attention, contrairement aux Russes".  "Nous avons maintenant des résultats" explique-t-il, "mais nous n'en avons pas terminé."

Le président français aurait préféré que "les États-Unis soient encore davantage actifs" pour tenter de régler le conflit syrien. "Mais dès lors que les USA se mettent en retrait, qui doit prendre le relais ? L’Europe" assure-t-il.

 

"Nous sommes toujours exposés à des actes terroristes"

"La menace est toujours élevée" prévient le Président. "Oui la menace existe, je ne peux pas la sous-estimer, mais je ne veux pas l’utiliser pour justifier des mesures".

 

"Il n'est pas question de remettre en cause les principes fondamentaux du code du travail"

Interrogé sur la réforme du droit du travail, qui sera présentée en mars, que les syndicats et une partie de la gauche refusent, François Hollande a garanti que "les salariés français ne verront aucun de leurs droits remis en cause."

Les droits vont être respectés. Je veux qu'il y ait plus de négociation collective, je veux qu'il y ait plus de souplesse, plus de sécurité, plus de visibilité.


 

Selon le Président, pour les heures supplémentaires, les entreprises pourront faire des accords locaux "majoritaires" avec les syndicats. Mais à défaut, des syndicats minoritaires pourront signer s'il y a un référendum des salariés.

Ce sont les salariés qui auront le dernier mot pour qu'il n'y ait pas un risque de pression patronale.


a prétendu le président, alors que la mesure est conspuée par les syndicats. Le barème pour les indemnités prudhommales en convainc pas plus, mais selon François Hollande "le tribunal des Prud'hommes pourra d'ailleurs utiliser ce barème et lorsqu'il y aura un licenciement avec des causes particulièrement inacceptables, il pourra même aller au-delà de ce barème". Le chef de l'Etat a dit vouloir "donner à la négociation collective la place qu'elle n'a jamais eue dans notre pays."

 

Pas de baisse du chômage, pas de candidature

Je me suis engagé personnellement. J'ai dit que je serai jugé sur cette question-là. Je ne me déroberai pas. Je n'ai de ce point de vue-là qu'une seule parole.


a rappelé une nouvelle fois François Hollande, alors que la courbe du chômage continue à lui donner obstinemment tort et que Pôle emploi recensait fin 2015 quelque 3,59 millions de chômeurs.  

 

Notre-Dame-des-Landes

La question du référendum sur Notre-Dame-des-Landes sera:

Voulez-vous ou ne voulez-vous pas l'aéroport ?


"Si les personnes consultées répondent oui, il faut faire l'aéroport, il sera fait. Si elles répondent non, il ne sera pas fait", a assuré le chef d'Etat.

 

Un nouveau 21 avril est possible

Selon François Hollande, les conditions sont réunies pour qu’il se produise en 2017 la même chose qu’en 2002, lorsque le candidat de la gauche avait été éliminé au premier tour au profit de celui du Front National. François Hollande, alors Premier secrétaire du Parti socialiste, avait appelé à voter au second tour pour Jacques Chirac face à Jean-Marie Le Pen.

Je sais ce que ça représente la douleur, la souffrance, de ne pas avoir le choix et d'être obligé simplement de ce qu'on appelle sauver la République. Chacun doit y réfléchir.


 

Balayant la question de la primaire à gauche, François Hollande a martelé :

 Tout ce que je fais, je ne le fais pas du tout dans l'esprit d'être en prolongation, je le fais parce que c'est utile pour la France et rien que pour cela.


 

 

19 Février 2016 à 20:00