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Drieu La Rochelle dans la Pléiade

Drieu La Rochelle dans la Pléiade
publié le 10/04/2012

La voilà donc cette Pléiade pour Drieu. L’auteur de « Gilles », « Le feu follet » ou « La comédie de Charleroi » sera disponible désormais dans le sein des saints de la littérature, en tout cas dans ce que la maison Gallimard considère comme le meilleur. Cette Pléaide est publiée sous la direction de Jean-François Louette, avec Julien Hervier, et la collaboration d’Hélène Baty-Delalande et de Nathalie Piégay-Gros.

 

Alors qu’en 2011 la France débattait sur l’opportunité de rendre hommage à Céline pour le cinquantenaire de sa mort, Gallimard annonçait la publication de cette Pléiade. Drieu La Rochelle, écrivain de talent, et homme égaré dans les tourments fascistes de la France de 1940. L’annonce n’a pas manqué de soulever des polémiques.

 

 

 

Hugues Pradier © C.Siméone

L’histoire entre Drieu et Gallimard est complexe. C’est à lui que l’on a remis les clés de la Nouvelle Revue Française. Selon les souhaits de l’occupant allemand, c’est lui qui dressait la liste des auteurs publiables de 1940 à 1943.

 

 

 

 

Hugues Pradier, le directeur éditorial de la Pléiade

 

 

 

Hugues Pradier, nul ne sait quel était véritablement le projet de Drieu pour la NRF

Drieu fasciste, un passé qui ne passe pas

En 1934, l’écrivain était déjà à Berlin, dans le cadre du « Comité d’entente des jeunesses pour le rapprochement des jeunesses franco-allemande », organisé par Otto Abetz.

En 1942, il note dans son Journal, son besoin de « marquer à la face des Allemands qui font ici (en France) une vaseuse politique démocratique ma préférence fasciste ».

Drieu se suicide en mars 1945. Probablement pas uniquement pour ne pas faire l’objet de représailles après la guerre. Le suicide est un thème récurrent chez lui, exprimé dès le début de son œuvre.

 

« Un collabo au Panthéon » a titré le Nouvel Observateur en janvier 2012 , sous la plume d’Aude Lancelin. Dans son article les historiens Fabrice d’Almeida et  Michel Winock témoignent ; pour eux on réintroduit le fascisme dans le paysage culturel, comme en Italie. Bref cette arrivée dans la Pléiade soulève quelques étonnements. Rappelons tout de même qu’on trouve Drieu en collection Folio pour moins de 10 euros par titre, à un prix bien plus abordable donc qu’une Pléiade.

Drieu, le romancier talentueux

Jean-François Louette © Christine Siméone

En l’occurrence, chez Gallimard on plaide pour la cause des lecteurs.

Dans la préface et sur la biographie, rien n’est oublié des errements, des erreurs, du racisme et de la misogynie de Drieu. Pour conclure sur le « charme » Drieu. Il s’agit du charme littéraire.

 

 

 

 

 

 

Jean-François Louette qui a dirigé cette édition définit le romancier

 

 

Pourquoi est-ce un grand romancier?

 

 

 

Drieu La Rochelle © Roger Parry Gallimard - 2012

Dans cette édition de La Pléiade, une fin inédite du roman « Gilles »(publié en 1939. Roman, censuré. Version intégrale publiée en 1942).

 

Résumé (source : Wikipédia) : Le héros, Gilles Gambier, a participé à la Première Guerre mondiale et y a été blessé. Sans argent, il demande de l'aide à des amis, les riches frères Falkenberg. Leur sœur, Myriam, tombe amoureuse de lui et l'aide financièrement ; bien qu'il ne réponde pas à son amour, Gilles accepte son soutien. Ce roman souligne le ridicule des intellectuels, le grotesque des événements, la lâcheté et la démagogie des hommes politiques.  Gilles finit par créer un journal et, après le 6 février 1934, décide de s'engager dans la seule idéologie capable de changer radicalement la société et de régénérer la France, le fascisme. 

 

Jean-François Louette au sujet de "Gilles" et de la partie inédite

 

 

Extrait de la quatrième de couverture pour Gilles: " Je ne puis plus aimer une femme. Je vais partir. Torrents de larmes, sanglots, spasmes, râles, agonie, mort, autre veillée funèbre. Femmes mortes. Dora, au loin, qu'étaient ses jours et ses nuits ? Assez. Femmes mortes. Il était mort aux femmes. Il attendit une heure. Le sanglot de Berthe ne finissait pas. Il se raidissait pour ne rien dire. Pas un mot. Il regardait autour de lui ce charmant décor, mort comme celui de sa chambre avec Pauline."

Drieu, des bonheurs de lecture  mais aussi des propos racistes dans ses romans

Jean-François Louette

 

 

 

Pour Jean-François Louette l’œuvre romanesque excède l’engagement politique

 

 

Drieu La Rochelle à son bureau © Roger Parry Gallimard - 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Polémique alors ?

Hugues Pradier, le directeur éditorial

 

 

Jean-François Louette

 

 

 

L'analyse du journaliste et essayiste Alexis Lacroix

Alexis Lacroix © Radio France - 2012

 

 

 

 

 

 

Alexis Lacroix, essayiste, journaliste et chroniqueur sur France Inter (Les affranchis) considère que la publication dans la Pléiade est légitime mais s'interroge sur la fascination de notre époque pour des écrivains tel que Céline ou Drieu.

 

 

 

 

 

Outre Gilles, dans La Pléiade on trouve aussi :

  •  Etat Civil (1921)

Récit autobiographique de l’enfance. Drieu pose son regard sur ses souvenirs en fonction de ce qui l’entoure. Plusieurs thèmes composent son récit : Etats Civil, La peur, Dieu, L’amour, Tradition, Lectures et combats, Lieux.

 

  • La valise vide (1921)

Première nouvelle du cycle consacré au surréaliste Jacques Rigaut, dont le personnage principal, Gonzague s’inspire (ici, éloge peu flatteuse). A travers ce personnage, Drieu critique la misère sexuelle de son temps.

 

  • Blèche (1928)

Quatrième de couverture :

Qui a raison, de Blanquas qui ne voit pas Blèche, ou de Blèche qui devant Blanquas fait des signes imperceptibles ? » En résumant ainsi son roman, Pierre Drieu La Rochelle met en avant l’attitude frileuse d’un grand bourgeois ayant renoncé à la séduction pour se construire une solitude et une apparente bonne conscience, et celle d?une secrétaire qui risque sa vie jusqu’au suicide manqué, pour l’amour de cet homme dédaigneux. Mais Drieu ne choisit pas entre la veulerie et l’héroïsme. Est-ce parce que la situation sentimentale lui fut dictée par la vie, (il se montra indifférent à l’amour d’une dactylo qui tenta alors d’en finir) ? Est-ce parce qu’il vient de faire l’expérience d’un autre mariage (septembre 1927), croyant en finir avec les tentations mais rêvant de fuite et de solitude dès l’hiver 1928 ? Quoi qu’il en soit, la jeune épouse, Alexandra Sienkiewicz, est bien présente dans le personnage de Blèche dont les fonctions ne sont autres que les siennes : « vraie collaboratrice », elle tape ses manuscrits, et dont l’insolite prénom ne peut venir que du diminutif que Drieu lui donnait : Olèche. Petite insolation marginale.

 

  • Adieu à Gonzague (1929)

 Un homme de trente ans se condamne lui-même à mort après avoir constaté la faillite de sa vie (Personnage inspiré de son ami Jacques Rigaut)

 

  • Le feu follet (1931)

Court roman.

Quatrième de couverture : Maintenant, il savait tout le prix de Dorothée. Au fond de lui-même, il croyait qu'il avait gardé un pouvoir sur elle et qu'il pouvait la reprendre, si enfin il s'en donnait la peine. Et il ne pouvait pas croire que l'émoi qu'il ressentait ne fût pas communicatif. Elle avait l'air si bon, sur cette photo. Sa bouche répétait ce que disaient les yeux : une tendresse timide. Ses seins frêles disaient encore la même chose, et sa peau qui fuyait sous ses doigts, ses mains friables.

 

  • La comédie de Charleroi (1934)

Recueil de six nouvelles.

Quatrième de couverture : « Je me rappelle deux ans plus tard, en face de moi, ce grand diable d'officier allemand debout dans la tourmente, à Verdun, Fritz von X..., qui était debout, et appelait, et m'appelait. Et je ne lui répondais pas, je le canardais de loin.
Dans cette guerre, on s'appelait, on ne se répondait pas. J'ai senti cela, au bout d'un siècle de course. On a senti cela. Je ne faisais plus que gesticulailler, criailler.
Je n'avançais plus guère. Je trébuchais, je tombais. Ils trébuchaient, ils tombaient.
Je sentais cela. Je sentais l'Homme mourir en moi. »

 

  • Rêveuse bourgeoisie (1937)

Quatrième de couverture : " Pendant que je me déshabillais, je vis Antoine qui fixait mon dos.
Il me convoitait, encore toujours, et il se méfiait de moi. Avec son regard, je me regardai : j'étais belle et menteuse. Je ne me regardai pas au visage, je regardai mon corps. J'avais un beau corps, je l'ai encore. Peu de femmes ont de beaux seins : je suis de ces femmes. Encore moins de femmes ont des seins beaux et émouvants : je suis de ce peu de femmes. Mon corps avait des liens avec cet appartement, et avec Antoine ; il s'était façonné à tout cela.
J'avais le corps soigné, aisé, épanoui d'une belle femme riche, de plus flattée par les caresses d'un homme qui avait de belles dents, de la fougue, de l'adresse. "

 

  • Mémoires de Dirk Raspe

Publié en 1944 (postum). Roman inachevé publié en 1966)

Inspiré par la figure de Van Gogh, Pierre Drieu la Rochelle lui-même impliqué dans ces questions de l’art et de la création nous propose de découvrir la genèse d’un artiste, ses hésitations, ses craintes, puis ses certitudes et les obstacles à surmonter.

  •  Récit secret (1951)

Court récit écrit entre les deux suicides de Drieu, celui, manqué du 12 août 1944 et celui du 16 mars 1945. L’auteur y fait une sorte de bilan de son rapport au suicide.