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La rentrée littéraire d'hiver

La rentrée littéraire d'hiver
publié le 09/02/2012

Les portraits de vos héros de papier

par Christophe Payet

 

L'écrivain canadien Brian Joseph Davies vient de créer un site internet, The Composites, où il créé le portrait-robot des personnages romanesques à partir d'un logiciel utilisé par certaines polices nord-américaines. Une expérience inédite.

 

Si vous reconnaissez cette femme, alors vous êtes sans doute un lecteur perspicace de Gustave Flaubert. Selon le très précis et très scientifique logiciel de reconstitution faciale de la police, il s’agirait d’Emma Bovary.

Elle est soupçonnée de se cacher dans les rayons des librairies et bibliothèques sans jamais montrer son visage.

 

Voici la description qui nous est livrée par le seul témoin oculaire, monsieur Gustave F. :

 

« Elle était pâle partout, blanche comme du linge ; la peau du nez se tirait vers les narines, ses yeux vous regardaient d’une manière vague. Pour s’être découvert trois cheveux gris sur les tempes, elle parla beaucoup de sa vieillesse. (...) Ses paupières semblaient taillées tout exprès pour ses longs regards amoureux où la prunelle se perdait, tandis qu’un souffle fort écartait ses narines minces et relevait le coin charnu de ses lèvres, qu’ombrageait à la lumière un peu de duvet noir. »

 

Isabelle Huppert © CC - Nicolas Genin 2009

 

Jusqu’à présent, il n’existait aucune représentation rationnelle permettant de déterminer les traits de cette femme mystérieuse. Seule une reconstitution  cinématographique pouvait pour l’instant servir de base. Mais le nouveau portrait-robot montre bien qu’Isabelle Huppert est d’un naturel et d’une humanité peu scientifique.

 

Comme Emma Bovary, ils seraient des milliers à se cacher dans les livres. Autant de personnages de fiction qui n’ont jamais montré leur véritable visage. Scandale !

 

Qui a déjà vu en photo le dénommé Humbert Humbert, personnage de Lolita de Nabokov ? Alors tirons-lui le portrait-robot également et comparons avec l’interprétation cinématographique de James Mason dans le Lolita de Stanley Kubrick :

 

Humbert Humbert © DR / James Mason - Public domain - 1959

Ce travail de recomposition des visages de personnages de roman est l’œuvre de l’écrivain canadien Brian Joseph Davis.

 

Il a mis en ligne, il y a une semaine, le Tumblr participatif The Composites : chacun peu lui envoyer une description littéraire (en anglais) d’un personnage de roman.

A l’aide d’un véritable logiciel de police, il en réalise ensuite le portrait-robot et le met en ligne.

 

Mais le projet ne ravit pas tous les amoureux de littérature, surtout les spécialistes de Flaubert, comme Pierre-Marc de Biasi

 

Pierre-Marc de Biasi interrogé par Christophe Payet

 

 

 

Brian Joseph Davies justifie son projet, dans un entretien avec The Atlantic : « La description est une part importante de la littérature qui a été écartée avec le modernisme. Or, notre culture se trouve à un point où l’on veut que tout soit rendu de manière explicite, en haute définition si vous voulez. La littérature est lentre à répondre à ce type de changement. » A l’inverse, pour Pierre-Marc de Biasi, cette petite expérience pourrait être le symptôme d’une époque particulièrement répressive.

 

Pierre-Marc de Biasi interrogé par Christophe Payet

 

 

La pensée unique, Franck Pavloff est bien placé pour en parler.

 

Il est l’auteur du best-seller sur le sujet, la nouvelle Matin brun (1998). Il vient de sortir un roman au titre justement très descriptif et particulièrement adapté au portrait, L’homme à la carrure d’ours.

 

 

Avec lui, nous avons imaginé le portrait-robot de son personnage :

 

 

Franck Pavloff au micro de Christophe Payet

 

 

 

L’idée l’amuse, mais il ne faudrait pas en faire une règle.

 

Franck Pavloff au micro de Christophe Payet

 

La loi du 11 octobre 2010 interdit la dissimulation du visage dans un lieu public. Mais si le livre est l’espace le plus ouvert, donc le plus public, il doit en être exempté. Car la république policière établie la transparence comme règle absolue, alors que la république des lettres, elle, porte l’imagination au pouvoir…

un dossier de

Christine Siméone © Abramowich

Christine Siméone

Journaliste (culture)
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commentaires à propos de ce dossier
Anonyme (anonyme),
lundi 16 avril 2012 à 19:
Michel Navratil fut mon Professeur.Ce fut un Guide.Je suis restée avec lui une petite après-midi avant sa mort.Ce demeure pour moi Un Guide.
Writtwik Banerjee (anonyme),
samedi 11 février 2012 à 17:
Bonjour, La rentrée littéraire de l'hiver a soudainement réveillé les souvenirs de Kolkata vécus il y a sept ans lors du Salon du livre en 2005 et la rencontre que vous organisez prochainement ne pourrait que tomber au bon moment. Lors dudit "Salon du livre" la France était à l’époque le pays d’honneur et Pennac son ambassadeur[i]. Lire Pennac est un voyage et le comprendre: l’énigme. “Le droit de sauter des pages”, certes m’a permis de finir vite certains de ses livres lorsque le droit d’ouvrir un roman français dans les métros de Calcutta ou au Coffee House (le Café Philo dans le quartier de College Street à Calcutta) éprouvait l’audace d’un bengali et montrait le droit de ne pas passer inaperçu mais mon droit de le lire, relire ses phrases, les mémoriser et les répéter à “haute voix” était l’une des pierres fondatrices d’un apprentissage lointain. Depuis ce matin-là à Calcutta, depuis leur départ de la ville de la joie, je n’ai jamais lâché Pennac. J’ai dormi avec! Pendant toute une semaine passée avec Mme et Mr. Pennac, jusqu’à ce qu’ils prennent l’avion à l’aéroport de Calcutta un matin, ce petit traducteur était leur Writtwik, le guide en sanskrit! Il ne me restait que les mémoires. Aurait-t-on dit “souvenir”? Le quartier de sculpteurs à Kumartuli, le temple des Jaïn au nord de Calcutta, les ghats de Chandernagore, visités ensemble ne pouvaient que corroborer avec certitude son idéologie du corps (lire: sentiment, émotion). Il était ahuri, dirais-je. Les souvenirs sont aussi bien dangereux qu’excitants. Un journal du corps réussi est un ensemble de sentiments traduisibles. On s’empare de son propre émotion. On dompte alors « son caprice ». Depuis cet après-midi là passé avec Pennac, Fernandez, Bridaine et Tignus à Coffee House de College Street, ce qui me reste, c’est un “sentiment benagli” libéré. Mon cerveau était déjà mon journal et ma mémoire, mon corps. [1] ambassadeur: Pennac Bonjour Comme un roman, L’entretien de Daniel Pennac publié dans l’Express N°3161 semaine du 1er au 7 février, 2012 a soudainement réveillé les souvenirs de Kolkata vécus il y a sept ans lors du Salon du livre en 2005 et la rencontre que vous organisez prochainement ne pourrait que tomber au bon moment. Lors dudit "Salon du livre" la France était à l’époque le pays d’honneur et Pennac son ambassadeur[i]. Lire Pennac est un voyage et le comprendre: l’énigme. “Le droit de sauter des pages”, certes m’a permis de finir vite certains de ses livres lorsque le droit d’ouvrir un roman français dans les métros de Calcutta ou au Coffee House (le Café Philo dans le quartier de College Street à Calcutta) éprouvait l’audace d’un bengali et montrait le droit de ne pas passer inaperçu mais mon droit de le lire, relire ses phrases, les mémoriser et les répéter à “haute voix” était l’une des pierres fondatrices d’un apprentissage lointain. Depuis ce matin-là, depuis leur départ de Calcutta, je n’ai jamais lâché Pennac. J’ai dormi avec! Pendant toute une semaine passée avec Mme et Mr. Pennac, jusqu’à ce qu’ils prennent l’avion à l’aéroport de Calcutta un matin, ce petit traducteur était leur Writtwik, le guide en sanskrit! Il ne me restait que les mémoires. Aurait-t-on dit “souvenir”? Les quartiers de sculpteurs à Kumartuli, le temple des Jaïn au nord de Calcutta, les ghats de Chandernagores, visités ensemble ne pouvaient que corroborer avec certitude son idéologie du corps (lire: sentiment, émotion). Il était ahuri, dirais-je. Les souvenirs sont aussi bien dangereux qu’excitants. Un journal du corps réussi est un ensemble de sentiments traduisibles. On s’empare de son propre émotion. On dompte alors « son caprice ». Depuis cet après-midi là passé avec Pennac, Fernandez, Bridaine et Tignus à Coffee House de College Street, ce qui me reste, c’est un “sentiment benagli” libéré. Mon cerveau était déjà mon journal et ma mémoire, mon corps. [1] Mr. Pennac avait inauguré le salon du livre de Calcutta en 2005
Anonyme (anonyme),
mercredi 11 janvier 2012 à 17:
Une histoire belle et forte : Chello, mon timoun, ma bonne étoile est le titre d'un tout récent livre (éditions Les 2 Encres, à Cholet). Son auteure, Caroline Via, une Bretonne, a vécu un événement rare il y a bientôt deux ans. Elle se rend en Haïti le 9 janvier 2010 pour rencontrer le petit Chello, un enfant haïtien que, après de longues et patientes démarches, elle et son mari Stéphane vont pouvoir adopter. Or, trois jours plus tard, à 16 heures 50, alors que la petite famille est réunie dans son hôtel, le sol tremble. Commence le terrible séisme de Haïti, avec ses conséquences dramatiques, encore dans les mémoires. Caroline a la chance de s'en sortir, protégeant Chello de son corps. "Des monceaux de béton s'écrasent juste à côté", raconte-t-elle. Son mari aussi s'en sort. Un miracle. La suite est racontée dans la centaine de pages de ce livre, avec la découverte du désastre, les difficultés pour sortir du pays, le retour en France, d'autres difficultés pour naturaliser Chello... Et aussi, pour l'auteure, une transformation de sa perception de la vie
christine (anonyme) @ Anonyme (anonyme),
jeudi 12 janvier 2012 à 14:
Merci pour ce conseil de lecture...
Léa Renoir (anonyme),
jeudi 05 janvier 2012 à 09:
Franchement les livres sur l'Elysée ce n'est pas ma tasse de thé, et j'aurais aimé que les éditeurs choisissent des thèmes plus variés, plus rêveurs... Plus d'éclaircies dans ce monde, oui ! Je vous recommande en ce début d'année, la lecture du court récit de Sonia Bressler "Paris-Moscou-Pékin" (paru aux éditions Jacques Flament et préfacé par Maryse Wolinski).
christine.simeone@radiofrance.com @ Léa Renoir (anonyme),
vendredi 06 janvier 2012 à 16:
Chère Léa, dites nous en plus sur ce livre. Pourquoi ce livre est-il intéressant? qu'en pensez-vous?