DuDominique Blanc © Radio France - 2011
Dominique Blanc dans sa loge du théâtre de l’Atelier. Elle est à la fois posée, prête à rigoler et sereine. La sérénité de ceux qui vivent un moment de leur vie où ils savent qu’ils sont exactement à leur place.
Dominique Blanc est sur scène en ce moment.
Seule.
Elle joue l’histoire d’une femme qui attend. On est en 1945, cette femme habite rue Saint Benoît à Paris, et son corps tout entier est occupé par une chose : attendre le retour de son mari déporté à Dachau. Son homme finit par revenir et il porte dans sa chair tout ce qu’il a vécu d’inhumanité. Ce texte que Dominique Blanc incarne, c’est La Douleur, de Marguerite Duras. Et dès le début du spectacle, elle nous fait entrer dans cette musique là. Elle nous emporte, au sens propre, et en douceur.
On sort du théâtre. On rentre chez soi à pied. On a ce récit fiché dans la tête en pensant que c’est une histoire que Duras a vécu, avec son mari Robert Antelme. En se rappelant qu’une amoureuse qui attend peut dire : « ma dignité je l’emmerde ». Et en pensant surtout que Dominique Blanc est une sacrée bonne femme.
Face à vous, face à moi. Elle est là.
Dominique Blanc la douleur © Radio France - 2011
Dominique Blanc joue "La douleur" de Margueritte Duras, au Théâtre de l'Atelier

(ATTENTION le samedi 1er octobre la représentation aura lieu à 17h et le samedi 8 Octobre à 20h)
Mise en scène: Patrice Chéreau et Thierry Thieû Niang
"La douleur" de Duras
D a ns un so r te de journal intitulé Les Cahiers d e la guerre, Marguerite Duras se dresse en témoin de la drôle de guerre. Le mot est organique, le phrasé vif, les émotions sont happées par l’œil d’une femme qui vit sa ns ce sse dans l’attente. Ce jo urnal d’une France sous l’occupation où elle griffonne tout ce qu’elle choppe au hasard d’une rue, d’un visage ou d’une émotion, est aussi un journal de l’attente éprouvante d’un être aimé que l’on n’aimera bientôt plus à cause du temps, de la drôle de guerre et d’un autre homme. Cet être hantant le récit, tel un fantôme que le lecteur imagine en tenue de déporté, est un certain Robert L. en vérité Robert Antelme, premier mari de Marguerite Duras et résistant dans un réseau mené par un certain François Morland (François Mitterand). Un beau jour de 44, l’homme est arrêté et sa femme ne cessera alors d’attendre son retour, de flirter avec l’ennemi pour en savoir plus, de s’endormir tous les soirs «dans le fossé noir, près de lui mort» et de subir cette douleur intense «implantée dans l’espoir».
Dépourvue de tout pathos larmoyant, Duras excelle dans sa manière de livrer son état physique et psychologique. À bout de souffle, à bout de tout, elle souffre à chaque instant, chaque minute sans lui à ses côtés. «Malade», «Folle», telles sont les termes qui reviennent dans la bouche de ses proches pour la définir. Le lecteur, lui, se l’imagine sans vie, le teint blafard et la voix monocorde.
la douleur Duras © Radio France - 2011
Au cours de l'émission vous avez aussi pu entendre:
- M. Duras interviewant des enfants en 1967
- La voix d'Arletty au micro de J. Chancel en 1972
- Dominique Blanc chantant "La môme caoutchouc" dans "Indochine" de Régis Wargnier
- Dominique Blanc en séductrice libérée dans "C'est le bouquet" de Jeanne Labrune
Dominique Blanc "C'est le bouquet" © Radio France - 2011

















Dominique Blanc