Cosette chez les Thénardier © - 2012 / Emile Bayard (1837-1891)
Il y a cent cinquante ans la publication des Misérables, échelonnée sur des mois, orchestrée dans plusieurs pays, provoquait un engouement inouï. On pourrait comparer avec le lancement de Harry Potter sauf qu'alors tout se passait en français et que l'intention était sociale et politique autant que commerciale. L’impressionnante campagne de lancement se termina par un banquet à Bruxelles. Les vieux amis parisiens de Hugo qui ne l'avaient pas revu depuis son départ en exil et l'avaient connu en notable superbe le retrouvèrent en prophète barbu. A dire vrai, peu parmi les plus anciens avaient fait le déplacement: autant le public était transporté autant la critique était réservée.
Cette montagne – mieux : ce massif - qui fit aussitôt de l'ombre aux écrivains au souffle plus court, il faut, pour le parcourir, un guide. Pour explorer cet océan de l'immense misère enveloppé dans l'inexorable guerre sociale, il faut un pilote.
Ce sera Jean-Marc Hovasse qui poursuit sa gigantesque biographie de Hugo, chez Fayard, et qui anime le numéro hors-série que le Monde consacre à Hugo.















Contrairement à Flaubert (qui était pourtant anti-bourgeois) et à George Sand (qui était pourtant très orientée à gauche), Hugo s'est abstenu effectivement d'appeler à l'extermination-des-communards (ce qui s'appelle bien de la neutralité-stricte, puisqu'en revanche il n'a pas pour autant approuvé ni de près ni de loin l'insurrection-parisienne et son catalogue de mesures-égalitaires).
Quant à la participation des déclassés de la capitale à l'action-répressive au côté des troupes-versaillaises et des habitants des quartiers-chics, elle est historiquement avérée au point que Marx consacrera après l'évènement plusieurs écrits à fustiger la naïveté-des-communards envers les bas-fonds pour expliquer en partie leur échec et en tirer la leçon que l'avant-garde-ouvrière, avant de s'apitoyer par humanisme sur le sort des misérables, doit voir par analyse-objective dans le lumpen-prolétariat un allié-opportuniste de la bourgeoisie et par conséquent un agent-inconscient de la contre-révolution qu'il convient de traiter comme tel (une leçon retenue par Lénine-et-Trotski quand ils enfermeront après leur prise-du-pouvoir les marginaux des villes-russes dans des camps-de-concentration, en tant que cheval-de-troie naturel des armées-blanches)
Hugo a écrit les Châtiments car Napoléon III avait refusé de lui attribuer le poste de ministre-de-la-culture qu'il estimait devoir lui revenir, comme Jack Lang plus tard, de droit dans le nouveau régime (ce qui explique que dans son pamphlet ad-nominem pour rabaisser le Neveu, il exalte a-contrario la figure de l'Oncle en oubliant qu'il avait aussi été l'Ogre, ce qui est en effet bien peu républicain de la part de l'écrivain).
Quant à sa demande d'amnistie des communards, elle intervient par définition après les évènements, où il est resté silencieux sur les crimes-des-versaillais (l'un équilibrant l'autre, cela fait bien une neutralité).
Il est vrai que la répression qui a écrasé la Commune avait été un démenti-en-direct de son idéalisation des bas-fonds dans les Misérables puisque les précaires et les déclassés de la capitale avaient aidé, pour de l'argent-de-poche ou par détestation-de-l'intellectualisme, les fusiliers-marins dans leur chasse aux révolutionnaires et aux étudiants à travers les rues (ce qui rappelle la haine-instinctive ressentie par Thénardier pour Marius)
Passons sur vos errements littéraires et vos datations approximatives.Hugo, pendant la Commune ou après, fait partie des quelques rares écrivains qui n'ont pas alors fustigés la Commune (cf: "les écrivains contre la Commune"). Par contre, rétablissons que ce furent d'abord les bourgeois apeurés des arrondissements chics qui, l'écharpe blanche en bandoulière, traquaient les Communards au côté de l'armée des Versaillais, que dans les rangs des Fédérés Communards se comptaient des gens venus de tous les horizons du peuple travailleur (ils n'est qu'à lire les compte rendus des procès des tribunaux militaires). Vous avez quoi contre les précaires que VOUS déclassez?
Vers 13h50, une chorale interprète " l'homme martyr de la liberté " ??
Je ne trouve pas les références sur le site.
Merci de les y mettre.
Cette chanson, interprétée par le Chœur de la Chorale Populaire de Paris, est extraite du film "Les Misérables" de Jean-Paul Le Chanois.
Victor Hugo a connu un parcours-politique sinueux pour ne pas dire opportuniste (monarchiste-réactionnaire dans sa jeunesse, bonapartiste-de-coeur pendant les journées-de-juin, opposant au second-empire par dépit d'en avoir été écarté de la direction, neutre pendant le massacre-des-communards et enfin républicain-de-ralliement couronné d'honneurs par le pouvoir-en-place).
Ce qui fait des Misérables moins un manifeste-de-rupture qu'une saga-populiste-de-luxe qui préfigure le succès du christianisme-social dans les beaux-quartiers de la capitale, très en vogue à la fin de sa vie
Pas d'accord avec l'opportunisme que vous signalez. Hugo n'a jamais retourné sa veste en fonction du temps qu'il faisait, mais son parcours politique est en fait en ligne droite, en évolution de l'extrême droite monarchiste jusqu'à la lumière de la république. S'il s'est insurgé contre le second empire, ce n'est pas parce qu'on lui refusait une place, mais parce que Louis Bonaparte s'était fait élire président de la république, et instaura un coup d'état en se déclarant empereur, et Hugo voulait une république! Quant à sa neutralité envers les communards, sachez qu'en Belgique, il a failli se faire massacrer pour avoir demandé l'amnistie. Revoyez donc un peu, je vous prie votre Histoire...
Poster un nouveau commentaire