Suite des sujets que les JDLP souhaitent voir aborder dans la campagne électorale. L'accès aux soins est-il un luxe ?
Guillaume, jeune chercheur, Hélène externe en médecine et Camille étudiante ont souhaité interroger Xavier Emmanuelli, fondateur de Médecins Sans Frontières mais aussi du Samu Social qu'il a quitté avec grand bruit l'été dernier, estimant que les pouvoirs politiques n'affichaient pas une volonté à la hauteur de l'état d'urgence.
Les JDLP avec Xavier Emmanuelli © Radio France - 2011 / CDEVILLERS
Sur cette page, comme d'habitude, la possibilité de réecouter en podcast l'émission, mais aussi de trouver les fichiers sonores de l'entretien dans sa quasi intégralité avec les passages non diffusés à l'antenne.
A la question générique de l'émission, la réponse de Xavier Ermmanuelli est sans ambiguité : "Se soigner en France est en passe de devenir un luxe ! "
Et puisqu'il est question des médecins généralistes. Hélène et Camille s'intéressent à la désertification des campagnes. La mauvaise répartition des médecins sur le territoire. Inciter ou inviter ?
La médecine à deux vitesses n'est pas une vue de l'esprit. Les soins dentaires ne sont pas remboursés, le dentier oui. Les plus défavorisés préfèrent attendre de perdre leurs dents plutôt que de se soigner. Xavier Emmanuelli concède une part de responsabilité.
SON3
Le scandale du médiator, le lobby des laboratoires pharmaceutiques, les "marchés" du médicament horripile Guillaume qui aimerait voir le système s'éloigner de cette logique !
L'expérience humanitaire de Xavier Emmanuelli passionne nos JDLP soucieux de l'interroger à ce sujet. La création de Médecins sans Frontières, et puis l'évolution des ONG, les scandales, les affaires, et une certaine confusion dans les programmes humanitaires. L'humanitaire ne doit pas perdre de vue l'humanisme.
Camille guère convaincue par la réponse veut engager la responsabilité des Etats qui créent la misère et laissent les ONG panser les plaies. Une autre vision doit voir le jour.
Après cinquante années, il faut que je m'en aille, mon temps est fini, place aux jeunes, à vous de construire demain.
Ces mots de Xavier Emmnanuelli ponctuent l'entretien, laissant nos JDLP empreints d'une émotion non feinte.
LA VIDEO DU OFF (les coulisses)
Enfin la vidéo du IN , la version ultracourte de l'entretien pour avoir l'image et l'ambiance dans le studio
LA VIDEO DU IN
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Video : Eden Press
Photo : Cosntance Devillers
Texte :Eric Valmir














Bonjour je souhaiterais savoir le titre de la musique du generique ainsi que son artiste. Merci
Le groupe "The X"
plage numéro 1 du CD intitulée "ouverture"
Bonjour à tou-te-s, Camille, participante à l'émission, une émission que nous garderons tous en mémoire, par la teneur de l'émotion ressentie. Quelque chose de palpable, de contagieux, comme on le ressent peu.
La question de l'accès aux soins était très intéressante à soulever, car c'est effectivement un sujet dont on ne parle peu, ou pas, mais toujours mal. C'est une question qui suscite du pathos, de la langue de bois, des promesses et des incantations, mais bien peu de vraie volonté politique, et surtout, de respect.
Car, oui, savoir aborder la question de la santé, c'est surtout et avant tout une question de respect, et d'humilité. La santé, qui, au même titre que l'eau, devrait être un bien commun de l'humanité, quelque chose de non marchand, de pas négociable, la santé, c'est « vital », ça ne devrait pas être négociable.
Alors, qu'est ce qui fait que dans le monde actuel, la question de la santé et de l'accès aux soins, malgré tous les progrès techniques et les avancées scientifiques, soient encore aussi problématiques ? On se rend compte que c'est parce que, dans notre système mondial compétitif et capitaliste, la santé est pour grande partie un enjeu de pouvoir et d'argent comme les autres.
Xavier Emmanuelli représente la notion d'engagement, que ce soit au nord ou au sud, mais la question se pose de savoir si l'engagement individuel suffit pour faire évoluer et changer les choses. Un meilleur accès aux soins est-il possible dans un système concurrentiel et individualiste ? Cet entretien a, je le crois, bien souligné à quel point remettre l'humain au cœur du problème est indispensable pour que les choses évoluent dans le bon sens. La personnalité généreuse et militante de Xavier Emmanuelli l'a montré, suscitant beaucoup d'émotion ; aussi car on ne peut s'empêcher de se demander, le cœur un peu serré pour ma part, si la bonne volonté de quelques personnes suffira à faire changer les choses.
Je me permets seulement d’ajouter que Stéphane Rozes a raison de constater que les questions n’ont pas pris pour référence chiffres et statistiques. Nous ne sommes pas revenus sur les difficultés que rencontrait Xavier Emmanuelli quand il était ministre de « la fracture sociale » et que les arbitrages budgétaires lui étaient défavorables.
Ce n’est pas un oubli, c’est une volonté.
Après tout, les chiffres, c’est bon pour les analyses et les études.
Camille, Hélène et Guillaume ont préféré aborder la question de l’accès aux soins sous l’angle du témoignage de terrain.
Pourquoi aujourd’hui, en temps de crise, des familles sont prêtes à sacrifier leur santé, à ne pas recourir à des soins, simplement pour faire des économies ?
Pourquoi en théorie, vivons-nous dans un système sanitaire où même les plus défavorisés devraient pouvoir se soigner alors que des médecins tournent le dos à la CMU ?
Pourquoi des individus en souffrance qui doivent consulter en urgence un spécialiste doivent attendre trois mois ?
Pourquoi l’humain a disparu des relations entre médecins et patients ?
Pourquoi ne parle-t-on jamais de l’explosion des nouvelles pathologies liées aux maladies professionnelles (cancer, amiante) ?
Ce sont des questions que la campagne électorale n’abordera jamais.
Pourtant ces dysfonctionnements nous concernent tous. Les réponses apportées par Xavier Emmanuelli ne feront pas l’unanimité mais sa parole humaniste porte en elle l’espoir que le changement dépend de nous. Non pas sur un mode révolutionnaire, mais en changeant sa relation à l’autre. Tout simplement.
Bonjour,
Je m'appelle Hélène et j'ai participé à cette émission. C'était ma première fois dans Les Jeunes Dans La Présidentielle, et je pense que je n'aurais pas pu être face à un meilleur invité que Xavier Emmanuelli pour commencer. En tant qu'étudiante en médecine, j'étais très intéressée par l'aspect pratique de l'accès aux soins : les remboursements, la "désertification" de certaines zones... Il a su non seulement me répondre, mais me montrer qu'il fallait aller encore plus loin vers les autres, et il m'a ouvert les yeux sur pas mal de choses. Je pense que ca changera la façon dont je vivrai ma vie de médecin... Je suis ressortie de cette émission avec bien sûr des réponses, mais aussi beaucoup de nouvelles questions, et la volonté d'y répondre. Merci.
Bonjour,
Je suis Guillaume et j'ai participé à cette émission. En la préparant, je m'attendais à des débats sur l'accès aux soins dans les zones rurales, l'influence des lobbys pharmaceutiques etc. des sujets au combien passionnant mais qui risquaient de donner une émission un peu austère et technique. C'était sans compter sur Xavier Emmanuelli: cet homme, je devrais dire ce monsieur, du haut de tout ce qu'il a accompli, nous rappel que la médecine est un humanisme et nous donne une illustration du véritable sens du mot engagement, le tout avec une bienveillance et une sincérité absolue. En partageant ses vision du soin, de l'humanitaire, de la politique, il donne un cadre aux jeunes qui veulent s'engager mais nous fait aussi prendre conscience que c'est nous qui détenons désormais les clefs du changement. Alors oui, je conçois que cela peut paraître un peu hagiographique mais que reprocher à un homme aussi sincère, qui a consacré sa vie à aider les plus faibles ? Certaines personnes et certains jeunes ont besoin d'un modèle pour avancer et se dépasser. J'ai trouvé le mien.
La CMU est là, heureusement, elle est encore là. Malheureusement je connais beaucoup de médecins (en particulier des généralistes et des dentistes) qui refusent de prendre des patients, soit parce que, pour eux, bénéficiaires de la CMU riment avec non-ponctualité et rendez-vous non honorés, soit parce que ces bénéficiaires n'ont pas de carte vitale (notamment des personnes étrangères).
Il faut donc souligner que le système administratif et financier est assez lourd pour les médecins lorsque les patients n'ont pas de carte vitale ; il faudrait donc simplifier l'obtention de cette carte vitale.
Je parlais un peu plus haut de la ponctualité et du fait d'honorer un rendez-vous. Parmi les personnes bénéficiaires de la CMU, certaines sont complètement détruites par la situation extrêmement précaire dans laquelle elles vivent. Ces personnes doivent (ré)apprendre les règles et les codes de notre société, et cela passe notamment par l'apprentissage de la gestion du temps et de la ponctualité.
Malheureusement, ces médecins qui refusent les bénéficiaires de la CMU "oublient" le fait que chacun a un parcours de vie différent et doivent parfois rentrer dans un apprentissage difficile. Comme le dit Monsieur Emmanuelli, ces médecins n'ont plus ce rôle de médiateur.
Bonjour,
Sur la réflexion de Camille dans la video Off, sur le fait que les ONG sont confrontées à un véritable concours pour savoir "laquelle aura le plus de raison d'être".
Effectivement, cela s'est particulièrement accru ces dernières années avec les appels à projet menés par les différents financiers. C'est également un problème que l'on retrouve en France : les associations doivent réellement être "concurrentes" pour pouvoir obtenir des fonds en répondant à des appels à projets proposés par l'Etat et les collectivités territoriales (c'est notamment le cas pour la gestion des centres d'hébergement pour les demandeurs d'asile mais aussi pour bien d'autres structures). Le "marché" est accordé à l'association qui a su se vendre, et c'est bien souvent les associations ou ONG déjà bien développées et identifiées sur un territoire donné. Conséquence : les petites structures disparaissent peu à peu.
Alors où est la place pour l'humanitaire, au sens propre du terme ? Quelle est l'éthique du travail social et humanitaire dans ces conditions ?
Désormais, dans la sphère de l'humanitaire (et entre autres de la santé), on parle sans cesse, comme pour les entreprises, de budget, de gestion, de rendements, de productivité, de cahier des charges, et en ce moment de restriction budgétaire...au détriment du travail social, de l'humanité et, plus précisément pour le sujet qui est abordé aujourd'hui, de l'accès aux soins.