Du Dictateur de Charlie Chaplin à Inglorious Basterds de Quentin Tarantino, Des Bourreaux meurent aussi de Fritz Lang à La Grande Vadrouille de Gérard Oury, le nazi constitue l'une des figures récurrentes des méchants de cinéma, l'un de ses plus beaux spécimens.
.
Au cinéma, le nazi a bien sûr produit plusieurs sous-genres : celui du nazi dissimulé, où, sur la lancée du Criminel qu'Orson Welles réalisa en 1946, il s'agit de traquer un ancien bourreau devenu anonyme au sein d'une masse rassurante et indifférenciée. Le nazi dystopique où l'on frissonne à l'idée que quelque chose de lui, de son idéologie, de son projet, aurait survécu comme dans Ces garçons qui venaient du Brésil ou le récent Iron Sky, qui décrit l'hypothétique conquête de la Lune par les forces du Troisième Reich.
L'Instant B.O : The legend of Lylah Clare, Frank de Vol, 1968
Il fut le compositeur attitré de Robert Aldrich pour lequel, il a composé une douzaine de bandes originales, de Alerte à Singapour en 1954 à Deux filles au tapis en 1981, formidable film sur l'univers du catch et adieu du réalisateur des Douze Salopards au cinéma. Voici le thème principal de The legend of Lylah Clare, en français, Le Démon des femmes, que Frank de Vol composa pour ce film qu'Aldrich réalisa en 1968.


































Entendre ces propos de la bouche d’un enseignant (d’histoire !), c’est assez ahurissant… Frédéric Bas se rend-il bien compte de ce qu’il dit, au fond ?
Selon lui, le nazi, au cinéma, ne peut être qu’un nazi de cinéma ; son portrait « réel » n’est pas possible. Pourquoi pas, c’est une théorie de la représentation comme une autre… Mais elle est valable, alors, pour tout type de personnage. Pourquoi serait-elle l’apanage du nazi ? Pour rester dans la même période : quid du résistant de cinéma ? Est-il toujours faux, lui aussi ? Et pourquoi seulement au cinéma ? Le nazi en littérature serait plus fidèle à la réalité ?
D’abord, comment peut-on mettre « La liste de Schindler » et « Le pianiste » dans le même panier, celui des films « manichéens et niais » ? Ils n’ont vraiment pas grand chose à voir, et « Le pianiste » n’est en aucun cas un film hollywoodien. Tous les films ne se situent pas sur le même terrain, et le cinéma ce n’est pas Hollywood.
D’autre part, on peut apprécier le cinéma de Tarantino et rester lucide – Frédéric Bas, lui, à la vue de Inglorious Basterds, « jouit littéralement » ! (sic). Le traitement des nazis et de l’histoire y est pourtant extrêmement ambigu… Et le qualifier de plus juste ou plus pertinent historiquement que Le pianiste de Roman Polanski, c’est vraiment – vraiment – inquiétant. Surtout venant d’un enseignant. Le film de Polanski serait la perpétuation inutile d’un nazisme factice et celui de Tarantino la mise à mort de ce même nazi de cinéma, pour aller, enfin à l’essentiel et à la vérité. On croit rêver. Tarantino exploite le cliché du nazi (de cinéma ou pas) et le pousse jusqu’au bout, certes, mais il n’en donne pas d’autre représentation et fait preuve d’une distance qui, pour le coup, semble tout à fait factice : dans son film, rien ne nous dit que le nazi est en réalité autre chose que cette représentation – sachant tout de même que « le » nazi n’a pas une seule réalité… Tarantino nous montre des « héros » au comportement fasciste, tout aussi nazis que ceux qu’ils combattent puisqu’ils le font avec les mêmes armes et la même mentalité (pour ne pas dire une idéologie semblable). Et ce la culmine avec l’infantilisme et la barbarie du défouloir de la fin, qui a de quoi laisser sceptique…
Selon Frédéric Bas, le film de Tarantino dit : « on est une génération où quand il y a un nazi, on le défonce à batte de base-ball, on se marre ». Si c’est vrai – et ça l’est peut-être – alors quel courage ! Quel point de vue intéressant, profond et fécond… « Son film veut liquider l’image des nazis » : mais qu’est-ce qu’il liquide ? Rien du tout. Au mieux une image – et même pas, il ne fait que recycler les clichés, comme les autres. Et quand au nazisme lui-même, c’est peu dire que ce n’est pas un film qui va le « liquider ».
Merci pour vos émissions qui nous invitent à lire les films plus qu'à simplement les regarder.
Et à quoi sert l'absence quand elle est manifeste ?
Je reviens de voir, au clair de lune, "La belle équipe" comme je ne l'avais jamais vu, et pas seulement parce que c'est la fin originellement voulue par Duvivier qui a été projetée, à partir d'une copie récupérée. . . en Allemagne ! Les censeurs de l'époque n'avaient pas dû voir la scène du discours de Tintin avant sa chute.
Sans camisoler le film dans une grille de lecture précontrainte, on ne peut s'empêcher de discerner deux thèmes allégoriques possibles.
En ce qui concerne le premier, Gina est une vraie vipère.
Et en ce qui concerne le second, je me demande ce que l'on pouvait savoir en '36 et ce que l'on pouvait prévoir.
Peut-on espérer qu'un CD pérennisera cette remarquable série?
Peut-on nourrir l'espoir qu'un CD réunirait toutes ces remarquables éditions?
Vraiment intéressante la position de F. Bas sur le traitement des nazis au ciné.
Pas de bibliographie sur cette page ?
F. Bas a-t-il écrit sur la question ?
Deux liens, le premier sur Le pianiste, loin des critiques faites ici, le second sur le Tarantino, en effet, un chef-d'oeuvre pour les libertés prises et pourtant ce semblant de vérité qui malgré tout transparaît :
http://www.kinopitheque.net/pianiste-le/
http://www.kinopitheque.net/inglourious-basterds/
comme à chaque fois des thèmes si vastes pour des temps trop courts... J'aurais tant voulu entendre votre invité parler de son sujet pendant 2 ou 3 heures.
J'aime cette émission (ainsi que “Mauvais Genres” sur France Culture, que je suis depuis 1998 où l'on retrouve Jean-Baptiste Thoret). Les années 70, que j'apprécie beaucoup pour le cinéma et la musique, tiennent, pour Thoret, de la marotte obsessionnelle… Peut-être devrait-il se renouveler un peu… Peut-être.
Deuxième remarque, je n'en peux plus des tics de langage du type "un espèce de", “pour le coup" par-ci, "pour le coup par-là", c'est insupportable de l'entendre à tout bout de champ… Déjà, il a réussi à contaminer toute l'équipe cinéma de “La Dispute" avec. Je charrie un peu car, pour le coup, j'aime bien ce que fais Thoret.
Cher Anonyme,
Finalement, vous appréciez Thoret, moi aussi, beaucoup même, je pense qu'il
est aujourd'hui l'un des critiques-historiens les plus brillants qu'on ait à se mettre sous la dent (ce qu'il fait à la radio, certes, mais ses bouquins, ses conférences, tous formidables). Alors ne faisons pas la fine bouche ! Vous préfèreriez un incompétent au phrasé dénué de tics ? Je suis sûr que non.
Cordialement et bravo à vous JB Thoret. Continuez !
Merci pour le lien sur l'analyse de "La jetée".
Je savais depuis 1970 que ce film était éternel mais je n'avais pas imaginé qu'il pouvait être en plus autoréférentiel au sens de la narration.
Honte au professeur d'histoire de cinéma : il doit lire le livre de Wladislaw Szpilman, Le Pianiste, qui a écrit sa propre histoire. Cela lui permettra de comprendre que l'officier allemand n'est pas un nazi mais un Juste qui a sauvé plusieurs dizaines de juifs : mort en détention en URSS, il s'appelait Wilm Hosenfeld.
Monsieur Frédéric Bas,
Avez vous lu le livre de Szpilman ?
Si oui, vous aurez lu le journal du Capitaine allemand, Wilm Hosenfeld, et compris que cet homme n'a pas sauvé Szpilman, uniquement parce qu'il était pianiste, et ce Capitaine, ne fut pas du tout ce que Polanski en a fait. Je regrette que vous n'ayez pas "détaillé" ce personnage , car cela aurait éclairé les auditeurs.
par ailleurs, même si ce n'est pas le sujet, ce film dès la seconde partie est une caricature.; Le moment ooù le " pianiste" joue, comme si il avait fait 6 heures de piano la veille, et jamais rien subit, est pour moi d'un ridicule achevé . Pour ceux qui n'ont pas lu le livre, je conseille de le faire. un des plus poignants livres sur cette époque.
D'après vous, le Choix de Sophie (bien sûr, il s'agit d'une adaptation d'un roman de Styron) repose sur quel type de nazisme ?
Vous semblez oublier le film (pas rigolo du tout) de 39 "Confession of a nazi spy" (Les Aveux d'un espion nazi) de Litvak avec Edward G. Robinson, 3 ans avant l'entrée en guerre de l'Amérique et qui dénonce les risques du Nazisme.
Une émission en point Godwin ?
(s'il vous plait, parlez (lisez ???) moins vite, vous bafouillerez moins)
A part ça, ne changez rien, je vous kiffe !
Je suis emballée par l'écoute quotidienne de votre émission… Il faut absolument la pérenniser sur France Inter, si vous en avez l'opportunité et l'envie bien sûr… Je ne suis pas une cinéphile à proprement parler, mais je sens que je pourrais le devenir en vous écoutant…
Hier (j'en avais le temps), j'ai essayé de m'instruire sur les liens entre le cinéma populaire italien et celui des Fellini, Visconti… On ne peut que s'incliner en remarquant qu'ils ont joué ainsi les uns et les autres dans la cour de l'intelligence pour servir le cinéma…
Une question m'a taraudée. Dans l'émission d'hier, il a été dit à propos de Bava je crois, qu'il savait ce que le spectateur venait chercher en allant au cinéma… Mais que vient chercher le spectateur en réalité ? Et tous les spectateurs sont-ils à mettre dans le même panier ? Je trouve que ce thème est transversal, ne pourriez-vous le traiter un jour ? Merci de m'avoir lue et merci encore pour votre émission, que je me réjouis d'écouter maintenant…
Belle journée à vous
Je n'aurais pas pu mieux dire ! Je ne suis pas particulièrement cinéphile mais votre émission me le ferait regretter. Votre formule allie la clarté nécessaire à une large public, à une érudition et une réflexion toutes deux visiblement profondes. Vous êtes la nouvelle"Afrique enchantée" : c'est à dire une émission d'été qui devrait devenir une émission régulière! Bravo et merci à vous !