Il y a vingt ans, le 11 septembre 2001, l'attaque terroriste visant les tours du World Trade Center faisait 1647 morts. Au regard de ce bilan humain c'est un détail mais ce jour là des centaines d’œuvres d’art ont été endommagées ou détruites, dont la plus grande collection privée d’œuvres d’Auguste Rodin.

La Sphere de Fritz Koenig, ici en 1989 au World Trade Center
La Sphere de Fritz Koenig, ici en 1989 au World Trade Center © Getty / Gerard SIOEN

Il y a les dégâts humains, dramatiques, les dégâts matériels qui ont mis des années à être réparés… et les dégâts artistiques. Le World Trade Center, détruit le 11 septembre 2001 n’était pas seulement - comme son nom pourrait le laisser penser - un lieu d’affaires, mais aussi en partie un lieu de culture. Hébergeant des œuvres de collections privées et des installations de commande publique, les tours jumelles étaient aussi un lieu culturellement dense… dont la richesse artistique s’est éteinte avec l’effondrement des deux tours.  

Le plus grand préjudice de l’histoire du marché de l’art

Quelques semaines après l’attentat, la BBC rapportait que les dommages étaient estimés à 100 millions de dollars pour les seules œuvres entreposées dans les deux tours, soit le plus grand préjudice de l’histoire du marché de l’art. "La question reste de savoir combien d'œuvres ont été endommagées dans les bâtiments alentour, ou vont l'être par le nettoyage", ajoutait un expert.  

En plus de ces 100 millions, il faut compter une dizaine de millions de dollars de plus correspondant aux œuvres de commande publique qui avaient été conçues pour le World Trade Center. Et sur toutes celles-ci, une seule a survécu : "The Sphere", une sculpture de Fritz Koening réalisée en 1971, installée à l’origine entre les deux tours, et qui tournait sur elle-même une fois par jour. Au milieu des décombres, après l’effondrement des tours, on voyait encore s’élever la sphère, endommagée mais debout. Démontée puis remontée en mars 2002 dans un parc proche de Manhattan, elle est devenue le mémorial temporaire de la catastrophe. Elle a rejoint un lieu proche de son emplacement d’origine en 2016, quand le Liberty Park, qui héberge le mémorial du 11-septembre, a ouvert ses portes.  

The Sphere, en partie endommagée quelques mois après l'attentat
The Sphere, en partie endommagée quelques mois après l'attentat © Getty / New York Daily News Archive

Toutes les œuvres n’ont pas eu la même "chance" : par exemple, la sculpture "Idéogramme" de James Rosati, installée au pied d’un des bâtiments du World Trade Center, avait la particularité de changer de forme selon le point de vue depuis lequel on la regardait. Mais elle avait aussi la particularité d’être construite en acier inoxydable, le même matériau que l’un de ceux qui composaient les tours. Dans les décombres, les équipes de déblayage n’ont donc pas pu sauver d’éventuels restes de la sculpture. 

"Ideogram" de James Rosati, ici en 1990 au World Trade Center
"Ideogram" de James Rosati, ici en 1990 au World Trade Center © Getty / Independent Picture Service

Selon l’autorité portuaire de New-York et du New-Jersey, propriétaire du site du World Trade Center, il y avait une centaine d’œuvres d’art réparties dans les deux tours. Et cela, sans compter les collections privées. Le groupe financier Citigroup y hébergeait sa collection d’art, constituée de plus de 1 100 œuvres d’art. La Bank of America y détenait une centaine d’œuvres d’art contemporain. Mais surtout, la banque d’investissement Cantor Fitzgerald y avait une galerie d’art, qui hébergeait la plus grande collection privée de sculptures d’Auguste Rodin dans le monde : 300 œuvres du sculpteur français, détruites dans l’attaque. Quelques pièces ont pu être retrouvées, souvent endommagées, dans les décombres, mais la plupart a purement et simplement disparu.  

Un fragment d'une sculpture de Rodin retrouvée dans les décombres du World Trade Center
Un fragment d'une sculpture de Rodin retrouvée dans les décombres du World Trade Center © Getty / New York Daily News Archive

Enfin, au pied des deux grandes tours, la Six World Trade Center, une plus petite tour, accueillait des collections archéologiques importantes, dont les artefacts d’un cimetière africain qui avait été trouvé sous le site d’affaires de Manhattan, ou encore ceux du quartier Five Points, quartier difficile du Manhattan du XIXe siècle, popularisé par le film Gangs of New-York. Là encore, les pertes sont estimées à plusieurs millions de pièces archéologiques.