Léon Maillé fait partie, avec José Bové, des quatre militants interpellés puis écroués après le démontage du MacDonald's de Millau. Et 20 ans après le paysan du Larzac est formel : le combat pour un "autre monde" reste d'actualité.

Léon Maillé a participé le 12 août 1999 au démontage du McDonald's de Millau.
Léon Maillé a participé le 12 août 1999 au démontage du McDonald's de Millau. © AFP / Franck Charton

Tout a commencé dans un bistrot à côté de Millau. Un jour de juillet 1999, et une discussion enflammée dont se rappelle avec acuité Léon Maillé : "Les États-Unis voulaient surtaxer le roquefort parce que la France ne voulait pas importer du bœuf aux hormones", explique le paysan du Larzac. "On s’est dit qu’ils avaient quand même du culot de venir construire un McDo à Millau, alors qu’ils nous surtaxent le roi des fromages ! L’idée est partie de là, et ça s’est enflammé comme une traînée de poudre."

Je crois que la police ne nous a pas cru !" Léon Maillé, paysan militant du Larzac

Le 12 août au matin, Léon Maillé et trois-cent autres éleveurs, paysans et militants se retrouvent sur le chantier du McDonald’s de Millau. "On l’avait dit à la presse et à la police. Sauf que "_je crois que la police ne nous a pas cru !_", lâche le militant avec malice. "Ils n’ont pas dû croire qu’on allait démonter le McDo. D’ailleurs, on ne l’a pas démonté complètement : il ne faut pas oublier que McDo a ouvert à la date prévue. On a mis un peu de désordre, on a gribouillé par-ci par-là et déménagé un peu de matériel qu’il y avait en stock."

On n'en parlerait plus s'il n'y avait pas eu cette juge"

Léon Maillé fait partie des quatre militants interpellés, mis en examen et écroués quelques jours plus tard. Du pain béni affirme le paysan : "Heureusement qu’une juge a eu envie de nous mettre en prison, elle a multiplié par cinq les actions locales", analyse, pragmatique, l’homme du Larzac. "On n’en parlerait plus maintenant s’il n’y avait pas eu cette juge. C’est grâce à elle que l’affaire McDo a éclaté : après, pendant un mois, on s’est fait interviewer par tous les médias."

Léon Maillé avait été incarcéré avec José Bové.
Léon Maillé avait été incarcéré avec José Bové. © AFP / Eric Cabanis

Il y a eu des suites énormes à ce McDo"

Pour le militant, le démontage du MacDonald's a immédiatement fait effet boule de neige : "Cette turbulence militante a engendré, ou _accentué les débats contre les OGM_, qui avaient déjà un peu commencé. Les gaz de schiste, pareil : ça a démarré quelques années après. Il y a eu des suites énormes à ce McDo".

On voit bien aussi que la société vers laquelle on va, va au casse-pipe"

Et Léon Maillé estime que le combat des paysans du Larzac reste d’actualité : "20 ans après, l’Histoire nous donne raison : nous sommes toujours victimes de la mondialisation. _Il y a l’histoire du Ceta, du Mercosur_… On voit bien que c’est toujours le libéralisme et la mondialisation qui nous poussent", déplore Léon Maillé. "Sauf qu’on voit bien aussi que la société vers laquelle on va, va au casse-pipe. En 2003 sur le Larzac, on avait organisé un rassemblement avec comme slogan : "un autre monde est possible" : ce nouveau monde, les gilets jaunes' le réclament aussi aujourd’hui !"

La foule porte la statue du clown McDonald, le 1er juillet 2000 à Millau, à l'issue de la dernière journée du procès pour le démontage du McDo.
La foule porte la statue du clown McDonald, le 1er juillet 2000 à Millau, à l'issue de la dernière journée du procès pour le démontage du McDo. © AFP / Pascal Pavani

"Il faudra bien arriver à cet autre monde. Mais pour le moment, on veut vous faire bouffer de la barbaque faite dans des usines à viande au Canada, aux États-Unis ou au Brésil, alors qu’on a cette viande ici. Il faut arriver à une agriculture paysanne. _Quand on voit le rapport du Giec actuellement, il dit exactement ce qu’on disait : qu’il faut avoir une agriculture propre et autonome_."

On ne va pas démonter le McDo. Même si c'est à 200 mètres !"

Les paysans du Larzac vont-ils célébrer les 20 ans de l’événement ? "On va faire un petit truc entre nous, un pique-nique, quelques discours…" égrène Léon Maillé, avant de promettre : "on ne va pas démonter le McDo. Même si c’est à 200 mètres !".

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