Le 26 décembre 1999, plus de 18 000 arbres du domaine de Versailles étaient dévastés par le passage de la tempête Lothar. 20 ans après, le parc royal a retrouvé son aspect initial et même retrouvé ses racines. Reportage.

Vue aérienne du bosquet de l'Obélisque après la tempête de 1999.
Vue aérienne du bosquet de l'Obélisque après la tempête de 1999. © Archives du château de Versailles / Pierre-André Lablaude ACMH

Tout le monde se souvient de la “Tempête du siècle”. Il y a 20 ans, le 26 décembre 1999, l'ouragan Lothar traversait la France. Des rafales au-delà de 200 km/h qui causaient à travers le pays des dégâts massifs et un bilan humain dramatique avec plus de 80 victimes. L’un des symboles de ces vents déchaînés reste, encore aujourd’hui, le parc du château de Versailles, durement touché et meurtri à l’époque.

Ce matin-là, j’ai été réveillé par le vent. Et pour me réveiller, très honnêtement, il faut mettre le paquet”, se souvient Alain Baraton, jardinier en chef du parc (et par ailleurs chroniqueur sur France Inter, le week-end). “J’ai vu les arbres se coucher dans le silence”, poursuit-il. Pourtant, des arbres coupés, qui craquent sous l’effet de la tronçonneuses et tombent au sol, ce spécialiste de la verdure en a vu… “Et j’en connais le bruit”, ajoute-t-il. “Là, les rafales étaient si fortes que ces arbres tombaient en silence. C’était spectaculaire, je croyais vivre un mauvais rêve, j’avais un sentiment infini de tristesse.

Spectacle de désolation, paysage apocalyptique

Après deux heures passées, impuissant, à observer les dégâts, voilà ensuite venu le temps de les constater, en cette matinée d’hiver. Sous l’effet du vent, 18 500 arbres se sont retrouvés déracinés, blessés, fendus, le 26 décembre 1999. Parfois trop abîmés, il faudra en abattre 30 000 supplémentaires dans les jours qui suivront. Spectacle de désolation, paysage apocalyptique. “Je me souviens d’avoir vu les lumières des villes environnantes que, d’ordinaire, je ne pouvais pas voir. C’est que tous les arbres qui m’en séparaient étaient tombés”, raconte encore Alain Baraton. 

Si elle ne travaille au château que depuis deux ans et quelques mois, Sophie Lemmonier, directrice du patrimoine et des jardins, reconnaît que “beaucoup de personnes portent cette histoire en eux”, parmi les équipes de Versailles. “Ce souvenir est très présent dans l’esprit des gens qui travaillaient ici à l’époque”, témoigne-t-elle, ajoutant que désormais “les dernières traces de la tempête étaient en train d’être effacées”. 

Regardez-bien de l’autre côté : ils sont tous penchés, tous inclinés.

Jardins, pelouses, parc forestier : tout à en effet désormais retrouvé un aspect normal. Derniers témoins de cette matinée de 1999, les platanes qui bordent le grand canal, gigantesque pièce d’eau au cœur de la perspective royale. Notre guide, Alain Baraton, attire notre attention sur ceux de la rive opposée. 

On constate aisément l'inclinaison des arbres, d'une rive à l'autre du grand canal.
On constate aisément l'inclinaison des arbres, d'une rive à l'autre du grand canal. © Radio France / Xavier Demagny

Regardez bien d’où nous sommes, regardez-bien de l’autre côté : ils sont tous penchés, tous inclinés”, trace de leur résistance acharnée face aux rafales (notre photo). Dans le parc, plusieurs dizaines d’autres arbres, dont certains particulièrement anciens, ont fait preuve d’une exceptionnelle ténacité à travers le domaine. Ils n’ont pas été abattus, “par respect”.

Recréer le parc tel qu’il avait été conçu

Dans sa voiture électrique, le jardinier en chef nous embarque aux quatre coins de l’immense parc de 800 hectares. Près du Grand Trianon, où Alain Baraton travaille et vit depuis longtemps, les allées sont encadrées de jeunes arbres. “Ce secteur avait été totalement détruit, complètement ravagé” montre-t-il.

Tout près, l’avenue qui mène au Petit Trianon et au domaine de la Reine a été garnie de peupliers, après la tempête. “Elle était majoritairement plantée de tilleuls vieillissants avant la tempête. En emportant tout et en faisant les dégâts qu’on a connus, cette tempête, nous a obligés à choisir un parti pour la replantation et nous avons choisi de recréer le parc tel qu’il avait été conçu à l’origine, par ses décideurs et ses créateurs”, détaille fièrement Alain Baraton. Désormais, le jardin du château a retrouvé son aspect Louis XIV, celui du Petit Trianon son apparence Louis XV et le domaine de Marie-Antoinette son visage initial, s'éloignant ainsi de la “gestion parfois douteuse” du passé.

Un exemple parmi d'autres : le Domaine de la Reine a retrouvé son visage d'origine.
Un exemple parmi d'autres : le Domaine de la Reine a retrouvé son visage d'origine. © Radio France / Xavier Demagny / Getty / Pascal Le Segretain

Au-delà du formidable élan de générosité des mécènes de Versailles et de la mobilisation financière des pouvoirs public - la facture s’élèvera à 20 millions d’euros de travaux sur le domaine, hors bâtiments - le passage de Lothar a donc permis de donner une nouvelle jeunesse au parc. Le pénible spectacle des arbres à terre a aussi laissé le temps à des scientifiques d’étudier, à la manière d’archéologues, le formidable patrimoine végétal que formait le parc de l’époque. Analyses dont les jardiniers ont tiré profit : Nous avons par exemple appris que plus un arbre était planté gros, moins il résistait au vent une fois adulte, se souvient Alain Baraton. 

C’est clairement grâce à l’énergie de tous les gens qui y travaillent depuis 20 ans que nous y sommes arrivés et que nous avons pu faire ces choix d’essences, mettre en valeur la biodiversité”, confirme Sophie Lemonnier. Il y a eu du bon dans le mauvais. 

Le programme de “replantation” bientôt achevé

La tempête aura marqué la longue carrière d’Alain Baraton. Arrivé en 1976 à Versailles, il a vu passer les sécheresses, les canicules, les hivers rudes. Seule la tempête a eu des conséquences étalées sur un temps si long. Cette page sur le point d’être tournée, c’est désormais l’urgence climatique qui l’occupe

Des arbres meurent beaucoup trop vite, d’autre fleurissent hors saison ou sont touchés par des maladies, des nuisibles. Il y a un problème climatique et environnemental. Cela fait 43 ans que je suis à Versailles. Si, en l'espace d'une seule génération, j'ai été capable d'observer autant de changements, imaginez les générations à venir : c'est maintenant qu'il faut prendre des mesures”, alerte-t-il, prenant “l’exemple” fourni par Versailles, sans pesticides ni désherbants chimiques. 

Le temps des hommes est effréné à côté de celui des arbres : il aura fallu 20 ans pour que le parc et les célèbres bosquets retrouvent leur allure d’autrefois. “C’est extraordinaire, ce qu’ils ont fait”, s’émerveille Nicole, Versaillaise et promeneuse habituée du parc.

Ça a été très bénéfique, ils ont reboisé l’ensemble du parc, c’est fabuleux. Le passé est passé, le présent est magnifique.

Dernières étapes de cette renaissance, la renaissance du bosquet de la Reine et surtout, la replantation de 450 chênes dans la partie champêtre du parc, allée de Saint-Cyr. “Ces arbres, qui ont une dizaine d’années, seront agréables à contempler lorsqu’ils auront 30 ans, deviendront beaux à 50 ans, auront une belle taille à 80 et ne seront véritablement spectaculaires que dans 100 ou 200 ans. C’est la magie de mon métier”, s’émeut le jardinier.

Une campagne de mécénat a été lancée pour ces jeunes chênes (1 000 euros pour adopter un arbre). Ils seront inaugurés le 26 décembre, 20 ans jour pour jour après le passage dévastateur de Lothar.

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