Cette année de confinement n’a pas diminué la prolifération des punaises de lit, si l’on en croit les chiffres de la CS3D, la fédération des professionnels de la gestion du risque nuisible, qui note par endroit des pics du nombre d’interventions de +70%

Dans la famille "punaises de lit", tout le monde pique, les bébés, comme les adultes, signale Pascal Delaunay
Dans la famille "punaises de lit", tout le monde pique, les bébés, comme les adultes, signale Pascal Delaunay © Maxppp / Nancy Cattan

En 2019, la CS3D, les professionnels qui se chargent d’éliminer les punaises de lit et autres nuisibles, avait recensé plus de 450 000 lieux contaminés. Cette année, il y en aura beaucoup plus notamment dans les zones à forte densité urbaine.  

Le gouvernement doit présenter un plan en début d’année 2021, un plan très attendu car les impacts sociaux et psychologiques d'une infestation sont conséquents. 

Les explications et les conseils dePascal Delaunay, parasitologue et entomologiste médical au CHU de Nice.

FRANCE INTER : Comment sait-on qu’il y a chez soi des punaises de lit ? 

PASCAL DELAUNAY : "Ce sont des bêtes qui font, quand elles sont adultes, 4 à 5 mm, donc qui se voient bien. Mais quand elles sortent juste de l'œuf, elles font à peine un millimètre, toutes blondes et elles sont alors assez difficiles à voir. On n'a pas des punaises de lit chez soi depuis 6 mois sans le savoir. C'est toujours de pire en pire, exponentiel. Ce qui est compliqué, c'est de voir le début d'une infestation là où elles sont cachées, c'est-à-dire surtout dans le lit et le canapé de nos logements qui sont nos lieux de repos. 

Elles sont là, parce qu’on est là. Ce sont des insectes qui ne savent que piquer du sang et qui piquent préférentiellement l'homme. Elles ne sont pas tellement capables de piquer entre les poils des chiens et chats par exemple. Il faut tout de même savoir différencier les piqûres dues aux punaises de lit, des piqûres dues à d'autres insectes. D'après les études génétiques, on vivrait avec elles depuis plus de 100 000 ans, voire 400 000 ans quand on était avec les chauves-souris dans les grottes. 

Ce n’est pas une question d’hygiène de vie. La punaise de lit ne transmet à ce jour absolument aucune maladie. Mais par contre, on sait très bien que ça transmet une détresse psychologique très forte car elles rentrent dans les lieux les plus intimes de votre vie."

Pourquoi constate-t-on une hausse du nombre de punaises de lit ces dernières années ? 

"Avant, c’était un insecte avec lequel on vivait tant bien que mal, comme avec les poux nous enseigne notamment la littérature. Après la Seconde Guerre mondiale, le taux de punaises s’est effondré avec l’hygiène et l’utilisation à grande échelle d’insecticides. C'est vrai que dans les années 50, cet insecte a beaucoup disparu avec l’amélioration du logement. Puis avec le commerce et les déplacements internationaux, elles sont revenues dans des zones où elles avaient disparu : aux États-Unis et en Australie dans les années 90, puis en Europe dans les années 2000. Les Américains, les Australiens et les Canadiens ont fait d’énormes campagnes d'information et ils notent désormais un certain plafonnement que nous n’avons pas encore atteint en Europe. 

Cette année 2020 va être assez particulière mais l’on manque encore de recul pour les observations scientifiques. Nous allons sûrement découvrir que plein de gens sont restés confinés chez eux avec des punaises de lit et sont en très grande souffrance psychique et psychologique."

Le confinement a-t-il eu un autre effet sur les punaises ?

"Le déplacement des punaises de lit a diminué parce que c'est nous qui les déplaçons par nos transports, dans nos valises, etc… Certains lieux comme l’hôtellerie, les cinémas sont restés longtemps fermés. Mais les punaises ont pu aussi peut-être se déplacer en marchant pour trouver du sang pour leur repas s’il venait à manquer. Les punaises de lit sont capables de chercher leur repas pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois, sans manger. Elles se sont peut-être tournées vers des hommes plus loin ou vers des animaux qu’elles ne piquent pas d’habitude comme par exemple des rongeurs… On va peut-être découvrir que certaines punaises de lit auront augmenté leur territoire à pied alors que normalement, elles augmentent leur territoire par le transport." 

Quels conseils pouvez-vous donner aux particuliers ?  

"Il faut être très méthodique, souvent les gens prennent quelques conseils sur Internet, ils n’arrivent pas à s’organiser face à autant de modes d’emploi, modes d’emploi anxiogènes qui n’expliquent jamais vraiment qu’on peut s’en sortir. Tout traitement doit toujours commencer par une désinsectisation sans insecticide, c'est-à-dire par l'aspirateur, de la vapeur, etc… Il faut d’abord une suppression mécanique des punaises de lit. Il y a aussi des techniques par congélation à partir de moins 20 degrés pendant trois jours. Les bons professionnels vous demandent au préalable de nettoyer votre chambre, préparer votre lit, aspirer, brosser, pour que lui puisse ensuite enlever ce qu’il reste. Il faut surtout prendre les choses très tôt, et ce, sans forcément avoir besoin d’insecticides, bien évaluer combien de punaises il y a - cinq ou 500, ce n’est pas la même chose - et être bien sûr que les piqûres proviennent bien de punaises de lit avant de traiter."

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