Est-ce qu'une voiture thermique pollue plus à 30 qu'à 50 km/h ? Des chercheurs ont étudié la question au Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement et la mobilité. La réponse dépend de la façon dont on envisage le problème. Individuellement ou collectivement.

Les rues parisiennes seront limitées à 30 km/h à partir du 30 août 2021
Les rues parisiennes seront limitées à 30 km/h à partir du 30 août 2021 © Getty / .

Voilà une question qui intéresse les automobilistes et notamment les Parisiens concernés par la généralisation des zones à 30 km/h à partir du 30 août. Dès demain, à part sur le périphérique et sur quelques grands axes, les rues parisiennes seront limitées à 30 km/h.  Mais est-ce qu'une voiture thermique pollue plus à 30 qu'à 50 km/h ? Une étude du Cerema s'est penchée sur le sujet.  Tout en nuances, elle montre qu'une voiture prise isolément peut polluer plus à 30 mais globalement, ce qui pollue ce sont les accélérations, et au contraire, dans les zones limitées à 30 il y a moins de pollution globalement.  Trois questions à Benoît Hiron, responsable de la sécurité des déplacements au CEREMA, centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement et la mobilité.

FRANCE INTER : Si on prend un véhicule, isolément, pollue-t-il plus à 30 ou à 50 km/h ? 

BENOIT HIRON : Les études qui ont été faites sur les émissions des véhicules montrent qu'il y a une légère augmentation des émissions lorsque le véhicule roule à 30 km/h plutôt qu'à 50 km/h. Mais il faut modérer cet élément, car être à 30km/h se produit lorsqu'on est proche des habitations et lorsque l'on démarre un véhicule à froid, il émet beaucoup plus et c'est dû au fait que le véhicule est dans ses premiers kilomètres (pour un véhicule thermique). Cette augmentation est dûe au fait que le moteur est froid. Il y a une partie qui ne correspond pas à la limitation de vitesse, mais qui correspond aux capacités du véhicule, donc l'évolution des motorisations des véhicules vers d'autres choses que le thermique va apporter des réponses. Donc cette notion de vitesse limite par rapport à l'émission petit à petit va disparaître. Mais ça, c'est quand on prend un véhicule. Lorsqu'on passe à un ensemble d'un territoire que l'on fait basculer en zone 30 km/h,  l'objectif, c'est d'arriver à une vitesse qui soit plus homogène et là on a moins besoin d'accélération pour atteindre ce mythique 50 km/h qui est rarement possible. On a beaucoup d'intersections où il faut s'arrêter et céder le passage. On a les traversées piétonnes qu'il faut respecter lorsqu'on est en milieu urbain et donc une partie des gens se rendent compte que pour des trajets courts, ils sont gagnants à aller à vélo ou à pied. Dans ces cas-là, ils abandonnent leur véhicule thermique et ils ne vont plus émettre car ils se "transforment" en piétons ou cyclistes. Auquel cas, au global, on va gagner en émissions parce qu'on aura un transfert modal, un changement de modes de déplacement qui va être beaucoup plus vertueux. 

Donc les émissions baissent si on étudie cela sur des zones globalement ? 

Dans un projet de généralisation du 30km/h ce ne sont pas les émissions de chaque véhicule que l'on vise à diminuer, l'objectif c'est de changer la façon de se déplacer, de provoquer des changements de moyens de transports, à pieds ou à vélo, pour les courtes de distances, c'est cela qui provoquera une amélioration de la qualité de l'air. 

Si je prends le territoire de Grenoble Métropole en trois ans après l'installation du 30 km/h généralisé, j'ai 9% de trafic voiture en moins. Donc autant de véhicules thermiques ni n'émettent plus de pollution. Donc, globalement, je devrais être gagnant. 

Il vaut donc mieux une limitation homogène ? 

Il vaut mieux une limitation homogène pour toutes les rues où le trafic est faible quand on est sur un très grand axe. Il y a un moment où on fait une balance entre le fait que l'on souhaite quand même qu'il y ait du trafic de transit qui permette la traversée de l'agglomération, qui fait qu'on a gardé certains axes à des vitesses plus élevées, mais que la plupart des rues en ville,  70% ou plus, ne sont pas des voies de transit. Elles sont sur des usages très locaux et pour ces usages très locaux, on a intérêt à avoir une vitesse homogène à 30, voire moins, si on est carrément dans une rue à priorité piétonne. Quand vous avez dix voitures qui passent dans une impasse, quelle idée de vouloir rouler à 50 !

Au-delà des émissions polluantes des véhicules, ce qui est en jeu c'est finalement les modes de circulation en ville ?

L'intérêt global c'est une réappropriation de l'espace public et la construction de ce qu'on appelle la ville des courtes distances. On peut garder un axe de 50 km/h, mais toutes les rues secondaires vont basculer de façon à ce que les gens puissent se réapproprier le territoire. Il y a eu des travaux qui ont été faits à l'étranger, qui montrent que dans les rues où la vitesse est faible, le trafic est faible, les voisins se connaissent mieux. Il y a plus d'interactions d'un côté à l'autre de la rue, alors que quand vous êtes dans une rue avec un trafic plus important et des vitesses plus élevées, vous avez un niveau sonore beaucoup plus important. Et ce niveau sonore fait que vous n'allez pas y rester, car ce n'est pas agréable et vous avez moins de chance de connaître les gens qui sont autour de vous. Et c'est d'autant plus vrai pour le milieu urbain dense. Vous avez des villes comme Berlin ou comme les villes suisses qui introduisent le 30 km/h la nuit, y compris sur des grands axes, tout simplement pour baisser le niveau sonore.