À l'occasion des 50 ans de l'hebdomadaire Charlie Hebdo, Riss, le directeur de la rédaction, nous montre ses cinq "unes" préférées.

Riss présente l'une de ses "unes" préféréess.
Riss présente l'une de ses "unes" préféréess. © Radio France / Didier Mariani

Ce n'est pas un journal comme les autres. Parce qu'il existe à travers la censure, parce qu'il n'a pas paru pendant une dizaine d'années, de 1982 à 1992. Parce qu'il a subi de nombreuses épreuves, jusqu'à être touché en plein cœur, en janvier 2015, lors de l'attentat qui visait les locaux parisiens de la rédaction et faisait onze morts, dont huit collaborateurs. Cinquante ans après la parution du premier numéro de l'hebdomadaire satirique, en 1970, France Inter fête l'anniversaire de Charlie Hebdo et a demandé à son directeur de publication, Riss, de sélectionner cinq "unes", cinq couvertures qui l'ont marqué. 

2009: "Michael Jackson, enfin blanc!"

La "une" du mercredi 1er juillet 2009.
La "une" du mercredi 1er juillet 2009. / Charlie Hebdo

Le commentaire de Riss: "Ça, c'est le dessin parfait, c'est-à-dire que c'est juste une légende et quasiment sans paroles. Quand vous êtes dessinateur, vous trouvez une idée comme ça vous êtes content... Vous êtes content. C'était au moment de la mort de Michael Jackson. 

Effectivement, il a passé toute sa vie à essayer de se blanchir et là il a enfin atteint le stade ultime. C'est vrai que c'est assez amusant quand on voit aujourd'hui toutes les polémiques sur les races, les identités... C'est l'absurdité de ces obsessions identitaires. C'était presque prémonitoire."

2001: "Vendez!"

La "une" du mercredi 19 septembre 2001.
La "une" du mercredi 19 septembre 2001. / Charlie Hebdo

Le commentaire de Riss: "C'est Cabu ça. C'est le dessin qui avait été fait après le 11 septembre 2001. Il n'y a quasiment pas de texte. On voit des traders dans la tour du World Trade Center qui sont en train de boursicoter et qui ne se rendent pas compte qu'il y a un avion en train de foncer sur eux, sauf un. Et il s'en aperçoit. Là, dans un dernier acte de lucidité, il dit à son interlocuteur qu'il a au bout du téléphone "Vendez". 

C'est cruel, mais ça met aussi en perspective l’événement. Quelques semaines après, on avait été aux États-Unis dès qu'on avait pu, que les vols avaient repris et on avait apporté ce numéro-là. On l'avait montré des Américains, des New-Yorkais. Il y en a certains que ça avait fait marrer quand même. 

Il y a une forme d'ironie, peut-être un peu de cynisme, mais c'est de l'humour noir en fait. Et il y a toujours une profondeur dans l'humour noir. Ce n'est pas simplement de rire du malheur qui arrive. On va au delà de l’événement, on ne s'arrête pas à la catastrophe en elle-même. On va au-delà de l'émotion."

1995: Chirac, "vendu séparement"

La "une" du mercredi 1er novembre 1995.
La "une" du mercredi 1er novembre 1995. / Charlie Hebdo

Le commentaire de Riss: "Ça, c'est le deuxième Charlie Hebdo [la deuxième version, après l'interruption entre des années 80, NDLR]. On a fait énormément de dessins sur Chirac et là, ça, c'est le dessin parfait, c'est-à-dire que c'est juste une légende et quasiment sans paroles. Donc, c'est vraiment le dessin qui déclenche le rire. "Vendu séparément", c'est une formule qu'on voit souvent, publicitaire. Et ce que l'on voit, c'est un produit publicitaire politique. C'est Chirac d'un côté et son cerveau de l'autre côté. 

C'était Charb, un dessin qui nous avait vraiment tous fait marrer. Il avait ce talent, d'autres avaient ce talent-là.  Mais c'est vrai que, quand vous êtes dessinateur, quand vous trouvez une idée comme ça, vous êtes content." 

1972: "L'ordre des boueux"

La "une" du 27 novembre 1972
La "une" du 27 novembre 1972 / Charlie Hebdo

Le commentaire de Riss: "C'est Reiser, sur un sujet qui, malheureusement, redevient d'actualité : c'est l'avortement. C'était l'une des grandes causes que défendait Charlie Hebdo et les féministes à l'époque. C'était le droit à l'avortement. C'était encore interdit. Et là, on voit comment dire un éboueur 'après l'Ordre des médecins, l'ordre des boueux... Nous sommes contre'. Dans une poubelle, il ramasse un petit avorton. Pour ironiser sur cette propagande contre l'avortement. 

Que ce soit l'émancipation des femmes, le féminisme ou tout ce qui, de près ou de loin, ressemble à une forme de soumission ou d'arbitraire, dans tous les domaines, que ce soit sociétal, religieux, politique, contre les dictatures... C'est un peu ce qui guide au fond Charlie-Hebdo, c'est comment être le plus libre possible et comment s'affranchir, le plus possible, de ce qui opprime l'individu. De toutes les manières possibles et imaginables."

1972: "Un pape sur trois croit en Dieu"

La "une" du lundi 3 avril 1972.
La "une" du lundi 3 avril 1972. / Charlie Hebdo

Le commentaire de Riss: "C'est une 'une' qui m'a toujours fait marrer, une couverture de Reiser. Il y a deux choses : d'abord, 'Un pape sur trois croit en Dieu', l'énoncé est absurde. Et on croit qu'on a atteint la chute du dessin mais il y a encore un deuxième étage où l'on voit le pape qui dit 'Je crois, mais je ne pratique pas'. Donc il y a encore un deuxième niveau d'absurdité et peut-être aussi pour illustrer l'hypocrisie de la religion. 

Charlie reste contre tout ce qui est un peu arbitraire et il y a, dans la religion, à travers le dogme religieux, une forme d'arbitraire. Traditionnellement, que ce soit avec la religion catholique ou d'autres religions, tout ce qui peut sembler arbitraire et d'essence divine doit être critiqué et parfois raillé. Donc évidemment que la religion a toujours été la cible de Charlie Hebdo."

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