C'est une rentrée universitaire un peu particulière que vivent les étudiants d'Edimbourg, en Écosse. À peine arrivées et déjà confinées, du fait de l'apparition de cas positifs au Covid-19, deux étudiantes racontent leur pénible expérience sur les réseaux sociaux. Notre correspondant a rencontré l'une d'elles.

À Pollock Halls, l'un des campus d'Edimbourg, en Écosse, nombre d'étudiants sont déjà confinés, en réponse à une flamblée de Covid-19. és.
À Pollock Halls, l'un des campus d'Edimbourg, en Écosse, nombre d'étudiants sont déjà confinés, en réponse à une flamblée de Covid-19. és. © Radio France / Richard place

La rentrée universitaire vient d’avoir lieu à Édimbourg, où les étudiants vivent une situation inédite. Face à une flambée de cas positifs au coronavirus, une partie des étudiants se retrouvent totalement confinés pour deux semaines, tandis que les autres sont soumis à des règles très strictes. Le fonctionnement du campus est évidemment altéré par les mesures sanitaires. Très peu de cours ont lieu en présentiel.

Deux étudiantes ont alors l’idée de raconter sur les réseaux sociaux ce qui se passe autour d’elles. Elles créent le compte "Pollock Prisoner" ("Pollock", du nom du campus sur lequel elles résident) sur Instagram et Twitter. Leur récit a même attiré l’attention de la Première ministre écossaise Nicola Sturgeon. 

Tess Bailey estime que "la seule raison pour laquelle [l'université] nous [a] fait venir ici, c’est pour prendre notre argent".
Tess Bailey estime que "la seule raison pour laquelle [l'université] nous [a] fait venir ici, c’est pour prendre notre argent". © Radio France / Richard Place

Tess Bailey, 18 ans, étudiante en économie et en sciences politiques à Edimbourg, est l’une de ces deux étudiantes.

FRANCE INTER : Comment avez-vous eu l'idée de créer les comptes "Pollock Prisoner" sur Instagram et Twitter ?

TESS BAILEY : "D'abord, la santé mentale sur le campus était pour nous un sujet d'inquiétude, ce qui nous a fait créer ces comptes sur les réseaux sociaux, parce que nous voulions diffuser un message de sensibilisation et essayer d'obtenir de l'aide pour les étudiants le plus rapidement possible. Et au fil du temps, nous avons commencé à recevoir de plus en plus de messages de la part des étudiants sur la qualité de la nourriture, le fait qu'ils n'ont pas été autorisés à sortir…" 

La nourriture, c’est visiblement un gros problème...

"Les gens reçoivent beaucoup de nourriture périmée. En plus, ce qu’on nous donne à manger est assez mauvais. Souvent rassis. Tout arrive très tard aussi. Donc les étudiants ont faim une bonne partie de la journée."

"Alors, ils comptent sur des amis qui ne sont pas confinés pour leur envoyer de la nourriture et/ou aller en chercher dans les magasins, ce qui coûte évidemment plus cher. La plupart d'entre nous commence vraiment à avoir des problèmes d’argent, étant donné que nous payons déjà pour la nourriture puisque nous sommes en pension complète. Nous n'avons pas pris en compte la nourriture dans notre budget initial. Désormais, il faut l’intégrer." 

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Vous surnommez votre cité universitaire "la prison la plus chère du Royaume-Uni"...

"Ça a commencé comme une blague. Et maintenant, c'est de plus en plus vrai et plus sérieux. Mais là encore, les prisonniers sont autorisés à faire de l'exercice quotidien et ils reçoivent trois repas par jour, ce qui n'est pas notre cas. Donc nous payons pour vivre dans un endroit qui est pire qu’une prison en ce moment."

Que vous dit la direction de l’université ? 

"Ils ont dit qu'on recevait un repas prêt par jour maintenant. Ils disent que les choses s'améliorent. Mais à l'heure où je vous parle, rien ne s'est amélioré, rien n'a changé. Les gens ont encore faim. Les gens ont toujours de la nourriture périmée. Donc, l'université dit juste des choses pour se présenter sous un jour favorable dans les médias. Mais rien ne change vraiment." 

Vous avez parlé de la santé mentale des élèves au début. Constatez-vous une dégradation ?

"J’ai le sentiment que les étudiants commencent vraiment à souffrir de ce point de vue. L'université n'a rien fait pour traiter le risque de suicide sur le campus, par exemple. Ils ne parlent que des restrictions liées au Covid-19. Mais le suicide et les problèmes de santé mentale pourraient tuer davantage d'étudiants ici que le coronavirus. Les responsables universitaires doivent donc prendre ce sujet très au sérieux. Ils n'y ont pas réfléchi et ils n'ont pas préparé de stratégie ou de plan pour nous aider. Nous avons reçu un e-mail avec quelques liens, mais je ne pense pas que ce soit suffisant."

À la base, vous venez ici pour les cours. Comment cela se passe-t-il ?

"Il y en a quelques-uns auxquels on peut assister physiquement – nous pensions tous que ce serait à peu près moitié-moitié – mais nos cours sont presque tous en ligne. Nous imaginions que ce serait comme des visioconférences, mais ce ne sont que des vidéos préenregistrées. Ça n'est pas interactif, ce qui est vraiment ennuyeux, car on paie 9 000 livres (9 888 euros) de frais de scolarité et nous pourrions tout apprendre de la même manière sur YouTube, à la maison et gratuitement. Donc, nous ne vivons vraiment pas l'expérience universitaire en ce moment, mais nous payons toujours la totalité des frais pour tout." 

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Dans ces conditions, pensez-vous que la rentrée universitaire aurait dû être tout simplement annulée ? Fallait-il vous dire "restez chez vous et apprenez en ligne" ? 

"Oui. La seule raison pour laquelle ils nous ont fait venir ici, c’est pour prendre notre argent. Ils ne se sont pas prêts à nous accueillir correctement. Il aurait été plus facile et plus sûr pour tout le monde de rester à la maison."

"L'université voulait notre argent avant tout, et ne se souciait pas de la santé mentale de ses étudiants. Elle ne se souciait pas de la sécurité de la population d’Édimbourg. Elle ne se souciait pas de notre sécurité. Sa lenteur à réagir le prouve." 

En suivant, vos publications sur les réseaux sociaux ces derniers jours, on sourit souvent, mais quand on vous écoute, on ne trouve plus ça drôle du tout… 

"Oui, nous voulions que ce soit drôle et divertissant pour attirer l’attention. On peut croire que l’on plaisante énormément sur ces comptes mais pas tant que ça finalement. Et je ne dramatise pas."

"Ce qui se passe ici est dangereux. Je pense qu'il va arriver quelque chose de grave et personne n’aura rien fait, l’université n’aura pas réagi à temps. C'est sérieux."

"C'est pour cela que nous avons créé ces comptes sur les réseaux sociaux, parce que nous sommes inquiets."