La zone ne fait pas partie des seize départements placés depuis samedi sous le nouveau régime de confinement. Mais dans la communauté de communes de L'Aigle, à l'ouest de Dreux, les taux d'incidence frôlent ceux de la Seine-Saint-Denis, département le plus touché de France. Et l'hôpital sature.

L'Orne fait partie des départements où le virus circule fortement
L'Orne fait partie des départements où le virus circule fortement © Radio France / Photononstop / Stéphane Ouzounoff

Ce mardi matin, un nouveau dépistage est organisé dans la salle Jacques Michaux à la sortie de la ville. Dans les deux box installés au centre de la salle des fêtes, les équipes de la Protection civile ont vu défiler 80 personnes en une demi-journée. "C'est déjà pas mal", lâche le responsable de l'opération, qui précise qu'ici "on fait majoritairement des tests RT-PCR, parce que l'on peut retracer les variants". 

Parmi les habitants venus vérifier s'ils sont ou non positifs, il y a Noureddine. Chauffeur de car scolaire, père de quatre enfants, il n'est pas vraiment serein : "Tous les jours on est en contact avec des gens qui sont positifs. L'un de mes quatre enfants a été placé à l'isolement sept jours la semaine dernière, car un de ses copains avait le Covid. Et moi je transporte 60 collégiens par jour, alors... j'aimerais bien pouvoir me faire tester toutes les deux semaines".

Un taux d'incidence proche de celui de la Seine-Saint-Denis

Car la situation sanitaire dans la communauté de communes de L'Aigle est alarmante. Dans ce bassin de 26.000 habitants, le taux d'incidence atteint 650 cas pour 100.000. C'est presque autant que dans le département de la Seine-Saint-Denis, le plus touché de France. Et deux fois plus que dans l'Eure, département distant d'à peine six kilomètres, et confiné depuis le week-end dernier. Sur le marché, fourni en ce mardi matin, c'est un sujet de conversation qui revient sans relâche. "Justement nous en parlions", lâche Véronique quand on l'aborde, "moi je pense que nous aurions dû être reconfinés depuis un moment déjà. Je travaille dans un lycée, on nettoie tout, tout le temps, mais il n'empêche que l'épidémie progresse".

Trois classes de primaire sont fermées. La mairie a dû également fermer ses portes une journée la semaine dernière face à la multiplication de cas positifs au Covid-19 et de cas contacts. "J'ai eu autant de cas en dix jours que sur une année entière", s'étonne le maire, Philippe Van-Hoorne. "Nous avions déjà eu des périodes avec beaucoup de cas de Covid dans la commune" poursuit-il, "mais c'était dans nos Ehpads. Là, les cas se multiplient dans la sphère privée. Et c'est notamment le cas depuis le retour des vacances de février. Il faut ajouter à cela le variant britannique qui représente 70% des cas".

L'hôpital saturé

Ces nombreux malades viennent engorger les urgences et les autres services de l'hôpital, situé sur les hauteurs de la ville de L'Aigle. Un hôpital qui ne dispose pas de service de réanimation, mais a ouvert une unité de soins pour les patients Covid. "Il y a quelque temps, nous avions fermé cette unité", explique Sébastien Minger, le tout nouveau directeur de l'établissement, "mais il a fallu l'ouvrir à nouveau. J'ai un capacitaire de huit lits dans cette unité Covid et aujourd'hui j'ai quinze patients. Nous sommes montés jusqu'à dix-huit. Et nous avons dû transférer des patients vers les groupements hospitaliers d' Alençon et Evreux". Les équipes sont très sollicitées, fatiguées, avec plusieurs personnels soignants en arrêt maladie.

Mais malgré cette situation, le maire hésite sur les mesures qui pourraient être prises : "Moi, en tant qu'élu local je n'ai pas de levier. Nous rappelons les gestes barrières, la police municipale patrouille. Après, faut-il des mesures plus dures ? Les gens sont à bout, rien n'est simple. Notre seule issue, c'est la vaccination". Philippe Van-Hoorne espère pouvoir prochainement ouvrir un centre, pour ses administrés.

L'Orne fait partie des départements où le virus circule fortement mais où les services de réanimation ne sont pas pour l'instant saturés. Le taux d'incidence (282) est supérieur au seuil d'alerte (250) et le taux d'occupation des réa est de 75%.