Ce 11 mai marque le premier jour du déconfinement mais c’est loin d’être le bout du tunnel dans les hôpitaux, toujours sous tension dans certains services de réanimation. À l’hôpital d'Annecy, les personnels soignants restent sur le qui-vive.

L'hôpital d'Annecy a été l'un des premiers sollicités, dès le mois de février. La crainte maintenant : cumuler une seconde vague de COVID et le retour des pathologies traditionnelles
L'hôpital d'Annecy a été l'un des premiers sollicités, dès le mois de février. La crainte maintenant : cumuler une seconde vague de COVID et le retour des pathologies traditionnelles © Radio France / Jérôme Val

La crainte maintenant, c’est de mener de front la potentielle seconde vague de l’épidémie et le retour des activités hors-Covid, alors que le personnel soignant a déjà été très sollicité. L’hôpital d’Annecy a été l’un des premiers à accueillir des patients atteints de la maladie, dès début février. Cela fait donc plus de trois mois que les personnels sont sur le front et c’est loin d’être fini.

Virginie Vitrat se souvient parfaitement de la nuit du 6 au 7 février. Cette infectiologue de l’hôpital d’Annecy était de garde et c’est elle qui a géré les cas de COVID dans un chalet de la station de ski des Contamines-Monjoie, l’un des premiers foyers de contamination en France. "Ça m’a marqué", raconte-t-elle aujourd’hui. "Quand j’ai été réveillée dans la nuit par mon collègue du SAMU à minuit et demi pour une suspicion de cas de coronavirus, à l’époque, ça circulait très peu sur le territoire français, et je me suis dit que c’était le début d’une longue série et que l’histoire n’était pas terminée. Il fallait être réaliste, on savait que ce n’était pas sûr qu’on arriverait à contenir l’épidémie." 

Trois mois plus tard, tout a changé au centre hospitalier Annecy-Genevois. Le nombre de lits en réanimation a été multiplié par quatre, passant de 16 en temps habituel à 60 au plus fort de la crise. Même s’ils n’ont jamais été tous occupés, c’est un long marathon qui s’est engagé, comme le détaille Victor Antras, un jeune infirmier du service de réanimation. "Ça a été pendant 2 mois tous les jours très actif". 

"C’est comme si, au lieu d’avoir un jour sur trois très chargés, on a eu trois jours sur trois surchargés en terme de travail."

L’établissement d’Annecy a aussi dû gérer un autre foyer très actif en février à la Balme-de-Sillingy. Finalement, avoir été confronté très tôt à la maladie est une chance pour le docteur Albrice Levrat, responsable du service de réanimation. "Le signal d’alerte a été entendu tôt. On a pu voir très vite que c’était un phénomène contagieux et on s’est dit, attention, il y a quelque chose qui se passe. Et bien qu’on soit en zone semi-urbaine, on a vu que ce virus était bien là, agressif et impactant. Ce rôle d’anticipation a été majeur et il a permis de se prémunir des difficultés."

Le docteur Albrice Levrat, responsable du service de réanimation à Annecy
Le docteur Albrice Levrat, responsable du service de réanimation à Annecy © Radio France / Jérôme Val

Après le coronavirus, les soins en traumatologie saisonniers

Le plus violent de la crise est pour l’instant passé. Il reste encore 27 patients en réanimation, dans des chambres isolées. Mais la crainte aujourd’hui pour ces personnels sollicités depuis trois mois, c’est le retour des pathologies traditionnelles d’un hôpital de montagne. "Entre mai et juillet, ce sont les trois plus gros mois pour notre activité en traumatologie grave", avertit le docteur Albrice Levrat. 

"Nous sommes soumis à des activités de sports extrêmes comme l’escalade, le parapente ou le VTT. C’est quasiment un à deux traumatisés graves tous les jours et cela a des conséquences sur l'occupation des lits de réanimation. À partir du 11 mai, on va cumuler les deux et on est déjà à un taux d’occupation à plus de 150 % de nos lits de réanimation par rapport à ce dont on disposait avant la crise. Il y a une inquiétude sur ce point-là" 

Le cumul d’une seconde vague de l’épidémie et des pathologies hors-Covid : voilà le cocktail qui inquiète les personnels à Annecy qui doivent se préparer à cette nouvelle phase de l’épidémie. "Il a fallu prendre en charge la première vague de malades et maintenant on nous demande de penser à la deuxième vague qui pourrait arriver", raconte Renaud Chouquer, médecin adjoint au pôle de soins critiques. "On a fait beaucoup d’efforts de réorganisation en urgence et maintenant, il faut penser la future organisation avec un tout petit peu plus de temps mais c’est quand même en urgence."

Les personnels d’Annecy ont été parmi les premiers à monter au front. "D’un point de vue collectif, cette crise n’a pas été vécue comme un point de rupture pour le personnel", assure Marianne Jund, cadre de santé. "Mais individuellement, il y a des personnes pour lesquelles ça a été compliqué. Au niveau de l’encadrement, on a eu beaucoup d’appréhension par rapport aux différentes étapes qu’on a pu vivre." 

Pour tenir le choc, il va falloir passer par des sacrifices. "La consigne pour les personnels jusqu’à fin juin était de prendre au moins six jours de congé", poursuit Marianne Jund. "Pour la période estivale, on ne sait pas du tout ce que ça va donner, si les gens pourront prendre des vacances. On suppose qu’elles seront réduites mais en fait, on n’en sait rien."

Le calme est revenu dans les couloirs de l’hôpital, on entend de nouveau des rires. Il y a maintenant l’espoir d’un répit après une longue bataille loin d’être gagnée, et la crainte qu’il soit de courte durée.

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