Plus que quelques jours avant la fin de l'année scolaire, le 4 juillet. Les cours sont quasiment terminés pour la plupart des élèves, notamment dans les collèges et les lycées. Cette fin d'année, sans examens, sans réelle prise en compte du troisième trimestre, a un goût d'inachevé et d'amertume pour beaucoup de profs.

La directrice d'une école de la région parisienne accueille les élèves à l'issue du confinement, le 12 mai dernier
La directrice d'une école de la région parisienne accueille les élèves à l'issue du confinement, le 12 mai dernier © AFP / KARINE PÉRON LE OUAY / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP

"L'année scolaire a été particulièrement difficile", confie David, professeur dans une classe de CE2 à Paris. Depuis le 16 mars, il a eu beaucoup plus de travail : "des nuits de travail, des heures de travail, entre 10 ou 12 heures, voire plus chaque jour". Il explique ressentir "beaucoup de fatigue, très peu de sommeil depuis le début de l'année et donc un épuisement terrible actuellement". 

Bien qu'il soit très heureux d'avoir retrouvé quasiment tous ses élèves en cette fin d'année, il éprouve une certaine colère "parce que nous sommes comme d'habitude la chair à canon de l'Education nationale. On nous dit d'agir d'une certaine manière, nous obtempérons mais nous sommes malheureusement, à certains moments, des jouets, des marionnettes et les gens qui nous proposent d'avoir tel ou tel comportement ne sont pas des gens de terrain, ils ne viennent pas suffisamment voir ce qui se passe dans les écoles". 

Lâché par ses supérieurs

La raison de sa colère tient notamment dans la gestion de la crise du Covid : "Les différents protocoles mis en place au fur et à mesure étaient très contraignants et il fallait sans arrêt réorienter les messages aux familles. Cela pouvait créer du mécontentement, or il fallait un peu de temps pour réagir". David a le sentiment d'avoir été lâché par ses supérieurs de l'Education nationale : "Du coté de la hiérarchie, on peut oublier tout soutien, on en a fait les frais ici dans notre école". 

En revanche, il a pu compter sur les parents et c'est ce qui l'a aidé à tenir. "Les parents ont été présents, chaleureux, encourageants, motivants, raconte-t-il, c'est ce qui m'a poussé à m'investir encore plus et donc à dormir encore moins ! Le fait d'avoir reçu ces petits messages d'encouragement a été un moteur pour la suite". 

Mélancolie, teintée d'inquiétude

Certains professeurs éprouvent de la tristesse à l'idée de ne pas avoir revu tous leurs élèves au moment de partir en vacances. C'est le cas de Françoise qui enseigne dans un lycée de la région parisienne. Cette professeur de lettres est décontenancée par cette fin d'année très étrange. Elle a bien tenté de maintenir au maximum les cours mais après les conseils de classe, les élèves se sont évaporés. Elle a un sentiment de "flottement" : "On est privé des rituels du bac qui sont fortement structurants pour les élèves mais aussi pour les professeurs", précise-t-elle. 

"Cela donne une impression de non-achèvement parce qu'on est un peu conditionné et d'habitude c'est le bac qui donnait le signal de la fin de l'année au lycée. Donc on se sent un peu perdu sans ce repère-là, avec en plus le sentiment qu'on s'est éloigné un peu des élèves, malgré toutes nos tentatives pour essayer de les motiver. Une fois que les conseils de classe sont passés, on a lancé des projets, des jeux en ligne mais on voyait qu'il y avait de moins en moins de connexions chaque semaine". Difficile de dire au revoir dans ces conditions : "On envoie des messages mais ce n'est pas pareil que d'avoir les élèves en face de nous en classe", regrette-elle.  

Françoise ressent "une petite mélancolie, teintée d'inquiétude" par rapport à la rentrée: "Comment va-t-on trouver nos élèves ? Est-ce-que les élèves qui avaient un peu disparu n'ont pas perdu des compétences ? On est aussi inquiets par rapport aux projets qu'on peut faire avec eux pour la rentrée. Est-ce qu'il y aura une deuxième vague ? Est-ce qu'il faut prévoir plusieurs projets selon un retour en classe tout à fait normal ou un possible reconfinement partiel ?"

Beaucoup d'interrogations pour la rentrée

Pour l'instant, Françoise ne s'autorise pas à penser aux vacances. Elle se dit encore trop inquiète pour ses élèves et pour l'année prochaine. De son côté, David reconnaît que "les vacances vont être salutaires". "Il faut qu'on puisse se ressourcer avant d'attaquer une rentrée qui, à mon avis, risque d'être un peu compliquée", ajoute-t-il. 

Habituellement les enseignants partent en vacances en ayant déjà prévu l'organisation pour septembre. Or, ils ont l'impression que rien n'est prêt. Ils terminent cette année avec beaucoup d'interrogations et sentent déboussolés. 

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