Impossible, à l'heure qu'il est, d'imaginer les foules, comme en 2017, acclamer Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen. Si l'épidémie continue, les équipes des candidats à la présidentielle se doivent déjà d'imaginer d'autres formats.

Dimanche 7 février, Jean-Luc Mélenchon a tenu pour la première fois l'un des "Forum de l'Avenir en commun" dans un format 100% virtuel.
Dimanche 7 février, Jean-Luc Mélenchon a tenu pour la première fois l'un des "Forum de l'Avenir en commun" dans un format 100% virtuel. © Capture d'écran YouTube

Il a beau prendre du plaisir dans ces nouveaux formats, garder sa verve, animer les échanges, Jean-Luc Mélenchon reconnaît que l'absence de réunions publiques représenterait pour lui "un lourd handicap" dans la course à l'Élysée. Le leader de la France Insoumise a tenu ce dimanche un exercice inédit : un forum thématique avec des intervenants en hologramme. Il y a un peu plus de deux mois, il réalisait une grande première : un meeting en réalité augmentée. 

"Ça parle aux jeunes, mais ne remplacera jamais la ferveur d'une foule" admet l'un de ses amis. Ces évènements ne "produisent pas la même catharsis", ajoute Jean-Luc Mélenchon, qui y trouve aussi "une très grande force de contagion" en se rappelant des milliers de personnes venus l'écouter, en 2017, sur le Vieux-Port à Marseille, ou place de la Bastille à Paris. 

Le modèle américain

Les politiques français ont bien sûr suivi avec beaucoup d'attention la campagne américaine de Joe Biden, depuis son domicile. "Les Américains n'ont pas notre culture politique", analyse-t-on au sein de La République en Marche : "Mais il y a des choses à reprendre, il faudra que les militants se sentent acteurs derrière leurs écrans, que le meeting vienne chez les gens." 

Le parti présidentiel phosphore déjà, chaque semaine, sur de nouvelles mises en scène avec des spécialistes de l'évènementiel. Certains plaident pour des décors intimistes, chez les candidats eux-mêmes, pour créer une proximité au moins virtuelle. L'aspect technique est tout aussi crucial. "Pour les vœux, en janvier, on a utilité la plateforme Zoom, mais elle s'avère trop instable : au moindre bruit, le son se coupe", regrette une salariée LaREM qui teste maintenant d'autres logiciels, et regarde ce que les grands groupes exploitent.

Les petites salles municipales

Marine Le Pen, elle, a déjà presque tourné la page des grands meetings dans les Zéniths. "Ça coûte très cher", admet-elle, en privé, "et c'est aussi efficace politiquement et médiatiquement que des réunions publiques avec 500 personnes dans des salles de fêtes." Une formule qu'elle a déjà testée et approuvée, lors de la campagne des européennes en 2019. "D'autant que les Zéniths, ce n'est pas si facile à remplir", ajoute un de ses proches. "Et de petites salles, cela renforce son image de candidate du peuple."

À droite, aussi, on se veut optimiste. "Nos webinaires rassemblent beaucoup plus de monde que nos réunions classiques", se réjouit-on chez LR. "Les gens n'ont pas besoin de prendre leur voiture à 20h, ils se connectent facilement." Récemment, Xavier Bertrand a rassemblé en ligne 150 personnes sur le thème de la montagne via son mouvement La Manufacture. 

La boîte aux lettres et l'Estonie

Les Républicains n'oublient pas les "fondamentaux" : "On ne peut plus tracter sur les marchés, réaliser de porte-à porte", explique la secrétaire générale adjointe LR, Sophie Gauguin. "Mais il faudra continuer la tournée des boites aux lettres, le document papier reste une valeur sûre pour une partie de notre électorat". Côté numérique, elle regarde avec attention ce qui se passe en Estonie, "patrie de la démocratie numérique"

La publicité sur Facebook, Twitter

À l'UDI, Jean-Christophe Lagarde réclame, lui, une modification du code électoral. "Aujourd'hui, il est interdit de faire de la publicité électorale sur les réseaux sociaux. Mais si vous ne sponsorisez pas votre contenu sur Facebook, presque personne ne le verra, à moins d'avoir déjà un million d'abonnés. Une campagne sous Covid va privilégier les forces déjà en présence", assure-t-il, "les petits nouveaux auront du mal à se faire entendre". 

SMS, WhatsApp, messages vocaux

La campagne des élections régionales et départementales démarre en ce moment. Les scrutins devraient intervenir en juin prochain. Et beaucoup de formations politiques, à commencer par La République en Marche, y voient une sorte de répétition générale avant la course à l'Élysée. "On va faire de la data", résume un député très impliqué. Comprenez : réunir un maximum de numéros de téléphone, d'adresse mails, pour constituer le fichier le plus gros possible.

Au RN, on reconnaît que ces données valent de l'or. La moindre pétition, la moindre newsletter servent à compléter cette longue liste de "sympathisants". "Mais ça ne suffira pas", estime un dirigeant du parti. "Il va sans doute falloir que l'on achète, ou que l'on loue, des fichiers pour toucher le plus de monde possible, et cela coûte assez cher." L'idée, par exemple, d'un message vocal de Marine Le Pen envoyé dans la dernière ligne droite est sérieusement évoquée.

Les partis ont aussi vu la puissance des boucles WhatsApp lors de la présidentielle brésilienne et américaine. D'amis en amis, de cousins en cousines, les contenus s'échangent, les idées infusent. "C'est un canal de communication à part entière" assure-t-on chez LaREM. Enfin, un ministre le reconnaît : "Si l'épidémie continue ainsi, vous, les médias, vous aurez une immense responsabilité. Il n'y a que là que le débat démocratique pourra vivre, vos choix éditoriaux seront déterminants."