À Sevran, en Seine-Saint-Denis, la Croix-Rouge a mis en place, avec le soutien de l’Agence Régionale de Santé d’Île-de-France, un centre de vaccination au même endroit que la distribution alimentaire. Le but : aller chercher les personnes éloignées de la vaccination.

La Croix Rouge espère vacciner 700 personnes en une semaine dans son centre de Sevran
La Croix Rouge espère vacciner 700 personnes en une semaine dans son centre de Sevran © Radio France / Hélène Chevallier

Du lait, des pâtes et... un vaccin. L’épicerie solidaire n’ouvre ses portes que dans quelques heures mais déjà une dizaine de femmes et d'hommes, caddy à la main, attendent devant les grilles. "Est-ce que vous êtes intéressés par la vaccination ?", lance Yanis Bounecta, le co-responsable du centre de vaccination. "Ça peut se faire tout de suite, c'est juste à côté", ajoute l'étudiant en pointant du doigt la tente déployée devant les locaux de la Croix-Rouge à Sevran. La conversation démarre, un bénéficiaire hoche fièrement la tête : "C'est fait. Les deux doses. En revanche j'ai tout mes collègues du club de boules qui ne veulent pas car ils ont peur de ne pas avoir du Pfizer". 

"Ça tombe bien, ici on a que du Pfizer", renchérit le membre de l'association qui se tourne ensuite vers une jeune femme : "Et vous Madame ?" Sidonie hésite : "Pour le moment, je patiente, j'ai un peu peur." Tayeb, lui, a franchi le pas. Il vient de recevoir sa première injection. On lui a proposé de s'inscrire à la vaccination il y a une semaine, lors de la distribution alimentaire. Cet asthmatique de 61 ans avait quelques réticences mais il a fait confiance à l’équipe de la Croix-Rouge, "plus humaine, moins intimidante", dit-il, qu'un vaccinodrome, où "il ne connait pas le personnel"

Pas besoin de carte vitale ou de papiers d'identité en règle

Du côté de l’épicerie solidaire, Roger Fontaine, le président départemental, s’affaire avec des cageots de salades. "On leur met des pâtes, du riz, du lait, du thon, des sardines, beaucoup de légumes frais et après ils sont vaccinés, si ils le veulent, c'est offert par la maison !", plaisante ce bénévole à La Croix-Rouge depuis 50 ans. "L'avantage, ici, c'est que l'on vaccine tout le monde sans demander les papiers, les cartes vitales. Donc je pense que dans les hôtels, dans les centres, ça va circuler et que le message va passer.

Le Dr Agostinucci est conscient que certains bénéficiaires ne reviendront pas pour la 2eme dose
Le Dr Agostinucci est conscient que certains bénéficiaires ne reviendront pas pour la 2eme dose © Radio France / Hélène Chevallier

La Croix-Rouge compte effectivement sur le bouche à oreille pour remplir ses deux lignes de vaccination. Elle s’appuie aussi sur ses bénévoles comme Mahmadou, originaire du Mali, qui tente de contrer les nombreuses rumeurs qui circulent : 

Je leur parle en soninké et en bambara. Une personne m'a dit 'Ne me vaccinez pas car cela apporte une autre maladie'. Certains médias africains disent que le vaccin a pour but d'exterminer les Noirs. Je leur dis que moi même je suis vacciné et que je vais bien.

Est-ce que cela marche ? Certains sont rassurés, d'autres ne changent pas d'avis, reconnait Mahmadou. 

"Une dose, c'est toujours mieux que rien"

Car les convictions sont tenaces. C'est pourquoi l’objectif est de vacciner 700 personnes en une semaine. Moins qu’un centre classique, évidemment. Mais Jean-Marc Agostinucci, le médecin coordinateur de la Croix-Rouge pour le département de Seine-Saint-Denis, est aussi conscient que certains ne reviendront pas pour la deuxième dose. 

À l'origine, le vaccin Jansen aurait dû être privilégié pour les personnes les plus précaires et notamment les SDF car une dose suffisait. Mais la Haute autorité de Santé ne les recommande que pour les plus de 55 ans, ce qui complexifie la vaccination. Le centre a donc choisit uniquement de vacciner avec le vaccin Pfizer-BioNtech. "Scientifiquement, on sait pertinemment qu'une dose de Pfizer protège à 60-70% en général et surtout protège des formes graves", explique le docteur Agostinucci, également urgentiste à l'hôpital Avicenne à Bobigny (93). "Or le but c'est quand même que les gens ne se retrouvent pas hospitalisés.

Le centre sera ouvert toute la semaine de 10 heures à 19 heures, sans rendez-vous. Un camion va également sillonner le département à partir d’aujourd’hui pour se rendre dans les hôtels et les centres d’hébergements.