Dans un an, jour pour jour, lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Tokyo 2020, des skateurs défileront pour la première fois derrière le drapeau français. Avec le karaté et le breakdance, le skate fait partie des trois nouveaux sports olympiques. Il a donc fallu construire une équipe de France.

Le skate va faire son apparition au programme des JO pour la première fois, à Tokyo dans un an
Le skate va faire son apparition au programme des JO pour la première fois, à Tokyo dans un an © AFP / AGIF / Thiago Ribeiro

"C'est quelque chose qui n'avait, a priori, rien à faire là". Lorsqu'il évoque l'entrée de son sport au programme des Jeux Olympiques de Tokyo 2020, Mathias Thomer n'a pas la langue de bois. "Ce n'était pas forcément une volonté du milieu du skate. Je pense que le Comité international olympique voulait rafraîchir son image. Et nous, cela nous permet aussi de toucher un autre public". 

Alors, lorsqu'en 2016 le CIO a inscrit le skate au programme des 32e Jeux Olympiques, Mathias Thomer a été bombardé co-entraîneur de l'équipe de France. Une équipe qui n'existait pas. Et qu'il a fallu construire, parce que cette discipline, n'avait, a priori, pas grand chose d'un sport olympique. Les skateurs, qui auparavant se rendaient tous seuls aux compétitions, sont maintenant encadrés par un staff avec entraîneurs et kinés. Et se retrouvent régulièrement au Centre Européen de Rééducation du Sportif (Cers) de Capbreton, dans les Landes, pour des tests médicaux et des entraînements.

Il a fallu trouver ceux qui étaient plus à même de faire de la compétition, Mathias Thomer, co-entraîneur de l'équipe de France

"Le skate n'a pas d'adversaire, pas de terrain de jeu, pas de durée, pas d'arbitre", reprend Mathias Thomer. Et en effet, si à peine 2 500 skateurs sont licenciés en France, il est très difficile d'estimer le nombre de personnes qui prennent leur planche pour une pratique plus libre, pour se déplacer, ou se rendre dans les skate-parks. La dernière étude de 2005 évoquait 500 000 pratiquants réguliers. En se basant sur l'augmentation de ventes des planches, la fédération française estime leur nombre à plus d'un million aujourd'hui. 

Comment transformer cette pratique libre en sport olympique ? 

Le CIO et la fédération internationale ont crée deux disciplines : le street, avec ce qui rappelle des éléments de mobilier urbain : rampes et escaliers, et le bowl, où les skateurs évoluent dans une sorte de piscine vide. Dans les deux cas, les athlètes enchaînent autant de figures de leur choix qu'ils souhaitent et sont notés par des juges. "Il a fallu trouver les skateurs les plus à même de faire de la compétition, et les entraîner pour qu'ils correspondent aux critères olympiques, décrit Mathias Thomer. Et que l'on puisse présenter une équipe compétitive."

J'aimerais bien gagner. Si tu fais ça, tu rentres dans la légende du skate, espère Vincent Matheron

Aux JO, 80 skateurs seront présents : 20 hommes et 20 femmes dans chaque discipline. Les 20 meilleurs des classements mondiaux (dans la limite de trois par nation), largement dominés par les Etats-Unis, le Brésil et le Japon. Les Français Aurélien Giraud, Vincent Milou et Charlotte Hym devraient décrocher leur sésame en street

En bowl, pour l'instant, le Marseillais Vincent Matheron, 20e, est dans les clous. Et nourrit même de grandes ambitions. "J'aimerais bien gagner. Si tu fais ça, tu rentres dans la légende du skate. Tu seras le premier". Et d'imaginer son sport à Tokyo le fait rêver. "Quand tu vois les Jeux à la télé, tu te dis que c'est énorme ce que les athlètes font. Et là, c'est moi que l'on va voir à la télé", se réjouit-il. 

La Bordelaise Shani Bru, 21 ans, elle aussi spécialiste du bowl, est pour l'instant juste en dessous de la qualification, à la 24e place provisoire au classement qui compte pour les Jeux. Et pourtant, elle s'y verrait bien. "Je viens de la gymnastique, j'ai toujours été investie dans le sport. Alors, les JO m'ont toujours fait rêver, je les suivais, chez moi, tous les quatre ans. Et ça m'a donné envie de pousser plus loin ma pratique sportive. Donc c'est vrai que c'est cool." 

Et même si tous les deux rêvent plus ou moins secrètement de médaille olympique, Bru et Matheron revendiquent aussi une pratique urbaine, libre, de leur sport. "Quand je me lève le matin, je ne pense pas aux Jeux. Je pense à aller prendre du plaisir en allant faire du skate", explique le Marseillais. 

Le skate a aussi une autre existence, qui a débuté bien avant les Jeux Olympiques, qui se passe dans les skate-park, dans la rue, mais aussi sur YouTube et les réseaux sociaux. C'est d'ailleurs, pour l'instant en tout cas, à travers leur notoriété en ligne que les skateurs trouvent des sponsors et deviennent professionnels. Bref, le skate français voit pour le moment les JO comme une parenthèse, tous les quatre ans. Mais une parenthèse, qu'il aimerait bien, tant qu'à faire, colorer en doré.

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