Depuis que l’Union européenne et le Mercosur ont trouvé un accord, vendredi 28 juin, après 20 ans de négociations, les opposants concentrent leurs critiques sur la viande sud-américaine. Elle serait susceptible de bouleverser le marché européen.

Des vaches de race Limousine dans un élevage de Saint-Martin-Terressus, en Haute-Vienne
Des vaches de race Limousine dans un élevage de Saint-Martin-Terressus, en Haute-Vienne © Radio France / Nathalie Col

L'accord trouvé entre l'Union européenne et les quatre pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Urugay) suscite depuis son officialisation vendredi 28 juillet une vague de critiques chez les agriculteurs européens, notamment chez les éleveurs. Mais parfois aussi une confusion des chiffres et des faits.  

Une voix parmi d'autres, celle d'Adrien Quatennens, député La France insoumise de la première circonscription du Nord mercredi 3 juillet sur notre France Inter : "le Mercosur concrètement, c'est des importations et des exportations de quantité astronomique de viande. On parle pour le bœuf et la volaille de 200 000 tonnes de viande qui vont arriver des pays d'Amérique du Sud." Sauf que... c'est faux.  

Traçabilité, antibiotiques, prix, volumes importés : les éleveurs inquiets 

"On connait les pratiques dans ces pays-là. Des députés européens l'an dernier sont allés au Brésil pour faire un état des lieux : pas de traçabilité, des antibiotiques comme activateur de croissance...", se souvient Bruno Dufayet, président de la Fédération nationale bovine. 

Face aux contestations, Didier Guillaume, ministre de l'Agriculture, tente de rassurer : "L'accord ne sera pas signé si au niveau du bœuf, on n'a pas de certitude sur la traçabilité, pas de certitude sur le bien-être animal, et sur les antibiotiques", administrés aux animaux, a déclaré mardi le ministre devant l'Assemblée nationale. Un traçage impossible à mettre en place rétorque la Fédération nationale bovine.

"On importe déjà 270 000 tonnes de bœufs depuis le Mercosur et on n'a jamais contesté la qualité de ces importations"

Autre inquiétude de la part des éleveurs : que la viande sud-américaine à bas-coût n'inonde le marché et casse les prix. "Je ne comprends pas ce catastrophisme sur la viande de bœuf", répond Sébastien Jean, directeur du Centre d'études prospectives et d'informations internationales (Cepii), organisme rattaché au Premier ministre. "Déjà parce que 99 000 tonnes de viande bovine ne représente qu'un 1 % de la consommation européenne (huit millions de tonnes). Et puis on importe déjà 270 000 tonnes de bœufs depuis le Mercosur et on n'a jamais contesté la qualité de ces importations." 

Le raz-de-marée ne risque pas d'arriver confirme Christophe Ventura, directeur de recherche à l'IRIS. "C'est un accord qui va ne va pas renter en vigueur d'un seul coup et en bloc, mais qui va s'étaler sur des années." Mais pas de quoi apaiser l'inquiétude de Bruno Dufayet. L'éleveur de vache Salers dans le Cantal a peur que certains secteurs ne soient ciblés par les éleveurs sud-américains. "Ce qui les intéresse, c'est de s'exporter sur les morceaux nobles : filets, faux-filets, cotes et entrecôtes."

Alors, au final, ça fait combien ? 

Dans l'accord de principe publié mardi 2 juillet par la Commission européenne, l'UE pourra importer des pays du Mercosur jusqu'à 304 000 tonnes de viandes à des droits de douane largement réduits.

  • Viande bovine : 99 000 tonnes d'équivalent-carcasse (55 % de viande fraiche et 45 % de viande surgelée) avec un droit de douane à 7.5% ;
  • Volaille : 180 000 tonnes supplémentaires à taux zéro ;
  • Porc : 25 000 tonnes à 83 euros de droit de douane par tonne. 
Extrait de l'accord publié par la Commission européenne le mardi 2 juillet
Extrait de l'accord publié par la Commission européenne le mardi 2 juillet / Commission européenne

Manque de transparence

Mais pour l'instant, impossible de connaître les détails de l'accord. Le manque de transparence du rapport de principe publié par par la Commission européenne étonne Christophe Ventura. "Personne ne peut dire aujourd'hui avec ce texte à la main quel type de viande va être autorisé, comment vont être contrôlés ces viandes... C'est assez inhabituel pour un traité de libre-échange."

L'accord écrit entre l'UE et le Mercosur doit maintenant être traduit en véritable texte juridique. Puis il devra être ratifié par le Parlement européen et par chaque Etat membre de l'UE.

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