Les Golden Globes seront remis ce dimanche 28 février. Comme chaque année, la Hollywood Foreign Press Association récompensera les comédien.nes, réalisateurs.rices, films et séries jugés les meilleurs. Mais des révélations sur l'organisation de cette cérémonie mettent à mal cette institution régulièrement critiquée.

Les Golden Globe Awards seront remis ce dimanche 28 février 2021
Les Golden Globe Awards seront remis ce dimanche 28 février 2021 © Getty / Alberto E. Rodriguez/WireImage

Chaque année, les médias non spécialisés les appellent l'"antichambre des Oscars". Remis dans le même faste que les plus grandes cérémonies hollywoodiennes, les Golden Globe Awards ouvrent traditionnellement la saison des récompenses et semblent être un moment de vérité et d'approbation de toute l'industrie du cinéma envers les meilleurs talents, ensuite confirmés par les Oscars. Il n'en est rien, d'autant que la sélection aux Oscars est rarement identique à celle des Golden Globes. À une semaine de la 7e cérémonie des Golden Globes, le Los Angeles Times publie une longue enquête listant les écueils de l'organisation de la cérémonie qui aura lieu le 28 février en virtuel (le 1er mars entre 2h et 5h du matin heure française, à suivre en direct sur Canal ), les nommés étant aux quatre coins du monde pour cause de pandémie. 

Un petit groupe de 87 journalistes étrangers  

Contrairement aux Oscars, remis chaque année par environ 4 000 membres de l'Académie du cinéma, tous issus de la profession, les Golden Globe Awards sont attribués par seulement 87 personnes, dont aucune ne travaille directement dans l'industrie du cinéma. Il s'agit de 87 journalistes internationaux représentant à Los Angeles des médias étrangers. Très peu, voire aucun, n'est salarié à temps plein par un média, ils sont pour la plupart pigistes, et travaillent à la commande. Leur point commun ? Écrire des articles ou faire des reportages sur le cinéma. D'année en année, la plupart d'entre eux sont reconduits. D'où l'âge moyen assez avancé de ce groupe.  

Assignés en justice par une journaliste norvégienne

Il y a trois mois, une journaliste norvégienne spécialisée dans l'entertainment, Kjersti Flaa, a assigné la Hollywood Foreign Press Association (HFPA) en justice après que sa candidature pour devenir membre a été rejetée. Elle accusait la HFPA d'avoir "institutionnalisé une culture de corruption" rejetant des candidatures pourtant à la hauteur. Elle décrivait un manque d'éthique, des membres acceptant des "milliers de dollars de la part des studios, ou des célébrités à qui, ensuite, ils attribuent des trophées", tout ceci en imposant "une certaine loi du silence".

Un juge a finalement rejeté sa plainte, estimant notamment qu'elle n'avait pas subi de dommages financiers en raison du refus de sa candidature. Mais certains membres de la HFPA eux-mêmes regrettent cette décision. Comme celui cité par le Los Angeles Times, sous couvert d'anonymat :

"Cette décision m'a déçu. Je pensais que ça aurait pu faire bouger les choses. Nous sommes une organisation archaïque. Je continue à penser que la HFPA a besoin d'avoir la pression pour changer.”

Absence de diversité  

Le Los Angeles Times constate également que dans ce groupe de 87 membres, aucun n'est noir. Et dans la liste des nommés, plusieurs films menés par des Noirs comme "Da 5 Bloods" de Spike Lee ou la série de HBO "I May Destroy you" n'apparaissent pas dans les nominations. Les deux ont pourtant reçu un très bon accueil critique. Absents également des principales catégories, les films "Ma Rainey’s Black Bottom" et "Judas and the Black Messiah". Jonathan Majors et Jurnee Smollett, du film HBO "Lovecraft Country", n'apparaissent pas non plus, comme la comédienne Uzo Aduba pour "Mrs. America", alors qu'elle a obtenu un Emmy Award (récompenses de la télévision) du meilleur second rôle féminin dans une série en septembre dernier.

Interrogée sur le sujet par le Los Angeles Times, une porte-parole de la Hollywood Foreign Press Association reconnait l'absence de Noirs dans les œuvres sélectionnées et dans son organisation, et "s'engage à régler ce problème"

Dans un communiqué publié ce jeudi notamment par le magazine Variety, la HFPA reconnait ne pas avoir réussi à avoir un comité de sélection plus divers.  

"Il est vrai que nous devons inclure plus de membres noirs, mais aussi de membres représentant des horizons différents, et nous allons travailler immédiatement à la mise en place d'un plan pour atteindre ces objectifs dès que possible.”

Une porte-parole a ajouté que "tous les journalistes de tous horizons ethniques et culturels basés dans le sud de la Californie qui écrivent pour des médias internationaux peuvent postuler", ajoutant que le groupe actuel est en majorité féminin, avec 35% de membres non-européens.  

L'affaire de la série Netflix "Emily in Paris" : des membres corrompus ? 

La surprise dans les nominations cette année est également venue de la série Emily in Paris, série à l'eau de rose diffusée sur Netflix, ou l'histoire d'une jeune américaine s'installant dans la capitale française. Une série faite de clichés et de décors en carton pâte loin d'avoir plu à la critique. Or, Emily in Paris se retrouve sélectionnée dans la catégorie des meilleures séries, mais aussi dans la catégorie des meilleures actrices pour son héroïne Lily Collins. 

Le Los Angeles Times semble avoir trouvé une explication : les membres de la HFPA auraient reçu de somptueux cadeaux en 2019, pour la sortie de la série. Trente d'entre eux auraient ainsi voyagé en France aux frais des studios Paramount pour assister à une partie du tournage. Ils auraient alors été traités comme "des rois", logés dans un hôtel cinq étoiles de la capitale. 

Les membres de la HFPA ont un accès privilégié aux stars, sont invités dans des conférences de presse dans des endroits exotiques, logés dans des hôtels grand luxe et à quelques semaines des remises de prix, ont droit à des cadeaux, des dîners et sont invités à des fêtes pour VIP.  

Des membres grassement payés

Le LA Times affirme également que la HFPA verse à ses membres des sommes importantes pour leur présence à des comités ou pour écrire quelques lignes sur son site internet, qui par ailleurs n'est pas entièrement satisfaisant. Entre juin 2019 et juin 2020 par exemple, les membres de la HFPA auraient reçu près de deux millions de dollars. Certains recevraient plusieurs milliers de dollars mensuels pour simplement collaborer au site internet de la Hollywood Foreign Press Association. Alors que les membres des autres organisations comme les Oscars (Academy Awards), les Emmy Awards ou les Grammy Awards sont bénévoles.

Mais des financements et des audiences en hausse

L'organisation a un atout imparable pour sa défense : alors que les cérémonies voient des baisses d'audience ces dernières années, l'audience des Golden Globes reste stable, avec 18 à 20 millions de téléspectateurs chaque année. La cérémonie dure 4 heures et est diffusée sur NBC. La chaine a versé plus de 27 millions de dollars à la HFPA en 2020, un montant en constante hausse chaque année (il est passé de moins de 5 millions de dollars en 2016 à plus de 27 millions de dollars en 2020).

Parmi les nommés cette année pour la 78e édition des Golden Globe Awards, à noter le film français "Deux" (Two of us) de Filippo Meneghetti dans la catégorie meilleur film étranger, et le comédien français Tahar Rahim dans la catégorie meilleur acteur pour le film américano britannique "Désigné coupable" (The Mauritanian).

Les Oscars se tiendront exceptionnellement le 25 avril 2021.

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