C’est peut-être la fin de deux années de cauchemar à Moscou pour le banquier français Philippe Delpal, impliqué dans le procès du groupe d’investissement Baring Vostok, jugé au fond ce mardi. Accusé de détournement de fonds, cet investisseur a toujours clamé son innocence. Interview.

Le banquier français Philippe Delpal est jugé à Moscou dans le cadre d'un conflit d'actionnaires dépourvu de fondement, assure-t-il.
Le banquier français Philippe Delpal est jugé à Moscou dans le cadre d'un conflit d'actionnaires dépourvu de fondement, assure-t-il. © AFP / Kirill Kudryatev

Dans un pays "normal", le désaccord entre Philippe Delpal, ses six coaccusés et leurs adversaires se serait réglé devant une juridiction économique. Mais la Russie, où la conquête des marchés reste sans pitié, n'est pas un pays normal. Alors qu'il n'a jamais signé aucun document correspondant aux faits reprochés, l’homme d’affaires français, haut cadre du groupe d’investissement Baring Vostok, s'est retrouvé traité comme un vulgaire criminel.

À la veille du procès au fond, l’homme privé de liberté depuis deux ans – emprisonné pendant six mois puis assigné à résidence –, dénonce une affaire montée de toutes pièces. Soutenu jusqu’au sommet de la machine économique russe, il peut aussi compter sur la bienveillance de l'Élysée, où son épouse Cécile a été reçue.

Mais ce que révèle son cas, c’est l’âpreté du combat que se livrent dans les alcôves du Kremlin les libéraux favorables aux investisseurs étrangers et les ultraconservateurs repliés sur leur quête de pouvoir. Et l’issue du procès Delpal, à cet égard, sera un signal pour les milieux d’affaires à Moscou.

FRANCE INTER : Vous êtes jugé, avec six autres personnes, ce mardi à Moscou. Que vous reproche-t-on ? 

PHILIPPE DELPAL : "Je suis accusé de détournement, alors qu'en fait, c'est une dispute commerciale. Malheureusement, cette affaire se règle au pénal parce qu'elle est montée de toutes pièces. Je suis ravi que le procès s'ouvre, car cela va enfin être l'occasion, pour moi, de parler du fond et de démontrer mon innocence. Le dossier pénal est vide et les accusations imaginaires ; je suis content d'avoir la possibilité d'en parler aux juges. Jusqu'à présent, toutes mes audiences ont porté sur la privation de liberté, on n'a pas eu de débat sur le fond."

Vous avez le sentiment d'avoir toujours été soutenu par certains milieux d'affaires russes importants ?

"Comme vous avez pu le voir dans la presse russe, mes collègues et moi avons manifesté très fortement de notre innocence, qui ne fait aucun doute pour le milieu d'affaires libéral russe.

Des personnes de premier plan, comme le patron de la première banque étatique russe, comme le ministre des Finances, comme le patron du fonds d'investissement souverain russe, ont pris dès le premier jour la défense de notre équipe dans cette triste affaire.

Donc oui, on a un soutien extrêmement fort d'une partie du milieu économique russe."

Et du côté de la diplomatie française ?

"Je pense que les pouvoirs publics français se sont montrés assez présents sur notre affaire. C'est important pour nous. En même temps, on n'est pas du tout dans un sujet politique, de conflit entre les pays. Il ne s'agit pour nous que d'un dossier économique, qui devrait être traité par une juridiction économique, et qui, en fait, pour des raisons un peu sinistres, se retrouve au pénal sur la base d'une accusation totalement imaginaire."

Ce que vous vivez affecte-t-il votre rapport à la Russie ?

"Je voudrais souligner que la Russie est un pays extrêmement attachant. [Mon épouse et moi] y vivons depuis quinze ans. Nous y avons beaucoup de relations, beaucoup d'amis. On aime ce pays, sinon on ne serait pas restés. On pense que la Russie est très mal comprise par nos compatriotes. Nous avons toujours été, en France, les avocats de ce pays.

Dans cette affaire, je sais faire la part des choses. Je n'ai pas de problème avec la Russie. Je n'ai pas de problème avec les Russes. Je fais encore confiance au système judiciaire pour que mon innocence soit reconnue.

Il n'y a pas crime et il n’y a pas d'intention criminelle. Il n'y a pas de problème avec les transactions mises en cause. Et en plus, dans mon cas, il n'y a rien qui me relie avec ces transactions. Donc, à un moment, la vérité doit être reconnue. Je suis encore optimiste."