Dans une nouvelle vidéo choc, l'association de lutte pour la protection animale montre le sort d'agneaux dans l'Aveyron. Parqués dans des élevages intensifs dont ils ne sortent jamais, certains finissent leur vie égorgés sans être étourdis. L214 porte plainte.

Sur ces images tournées par L214 dans un abattoir de l'Aveyron, on voit des agneaux égorgés vifs sans être étourdis.
Sur ces images tournées par L214 dans un abattoir de l'Aveyron, on voit des agneaux égorgés vifs sans être étourdis. © L214

Des agneaux les uns sur les autres, dans des bâtiments d’élevage immenses dont certains n’ont pas de fenêtres. Puis, un abattoir où ces mêmes agneaux sont égorgés encore conscients puis suspendus sur la chaine de saignée alors qu’ils montrent encore des signes de vie. Ces images ont été tournées en janvier et février dernier, par l'association de défense des animaux L214.

Nous sommes dans l’Aveyron, au cœur de la production de roquefort... et bien loin de l’image champêtre des brebis paissant dans ces beaux paysages. De ces brebis dont on prend grand soin - dans le cadre d’un cahier des charges strict lié à l’Appellation d'Origine Protégée (AOP) - on utilise le lait pour fabriquer le fameux fromage. Mais pour qu’elles aient du lait, il faut qu’elles donnent naissance à des agneaux. Elles ont donc une portée par an, et donnent naissance à un ou deux agneaux, dont le sort, lui, n’est pas vraiment enviable.

Des agneaux entassés les uns sur les autres

La SARL Grimal à Rullac-Saint-Cirq, toujours dans l’Aveyron, est la plus grosse exploitation d’engraissement d’agneaux de France. Les premières images aériennes du document diffusé par L214 montrent des bâtiments immenses, de type industriel. Il y en a une quinzaine. 

À l’intérieur, l’élevage intensif de ces agneaux. Les uns sur les autres, on en voit certains boiter, d’autres assurément malades, voire agonisants, et puis d’autres encore, dans une benne, morts. "Ce n’est pourtant pas cet élevage en particulier que nous visons, assure Brigitte Gothière, cofondatrice de L214, mais bien ce système d’élevage intensif, pour lequel il faut toujours s’agrandir, toujours investir, toujours rationaliser pour rester compétitif. Et qui est effroyable pour les animaux qui n’ont aucun accès à l’extérieur." 

L214 demande donc aux producteurs de roquefort une modification de leur cahier des charges pour améliorer, à l’image de leurs brebis, le sort de leurs agneaux.

Un abattoir déjà épinglé pour "non-conformités majeures" il y a quatre ans

Puis viennent les images de l’abattoir. Ici, il s’agit de l’abattoir de la société Arcadie Sud-Ouest proche de Rodez, à Sainte-Radegonde. Les vidéos de L214 se succèdent et malheureusement se ressemblent. Le tapis roulant qui conduit les agneaux à une mort à la chaine ne remplit pas son rôle : ils n’y sont pas suffisamment maintenus, certains s’en échappent même. L’opération qui consiste à les rendre inconscients, par électrocution, semble  - sur les images en tout cas - connaître des ratés à répétition

Après l’égorgement, encore et toujours ces images d’animaux se vidant de leur sang tout en essayant de redresser la tête et de se relever alors qu’ils sont suspendus par une patte arrière : "Ce sont des signes évidents de reprise de conscience, soutient Brigitte Gothière : "C’est un problème de formation du personnel, ou un problème de matériel. Ou encore une cadence trop élevée. Ici on peut abattre un agneau toute les dix secondes", affirme la co-fondatrice de L214. 

Ce sera à la justice de le déterminer. L’association porte plainte contre cet abattoir pour sévices graves. Il faut dire qu’il y a quatre ans, lors d’un vaste audit lancé par le ministre de l’Agriculture d’alors, Stéphane Le Foll, le rapport des services vétérinaires faisait état, déjà, de non-conformité majeure, jusque dans la mise à mort. "Quatre ans après, on en est toujours au même point, toujours les mêmes infractions à la réglementation, dénonce Brigitte Gothière : "ça n’a servi à rien, c’est scandaleux.

L214 réclame également la fermeture immédiate de l’établissement - une pétition circule - et porte aussi plainte contre les services vétérinaires de l’État.

Les municipales, un "levier d’action intéressant"

À quelques jours du second tour des élections municipales, L214 veut également faire de cette nouvelle vidéo un outil politique : "À l’heure où nous allons envoyer des équipes pour 6 ans à la tête de nos communes, détaille Brigitte Gothière, il faut penser que dans les attributions des municipalités, il y a la commande publique, en particulier pour les cantines scolaires. Pourquoi ne pas imaginer refuser les produits issus de l’élevage intensif, par exemple ? Ces élections municipales, c'est un levier d'action intéressant", conclut la présidente de L214. 

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