Pour la première fois, France Télévisions va devoir partager la diffusion des matches de Roland-Garros avec un service de vidéo à la demande : Amazon a décroché une partie des droits de diffusion de 2021 à 2023. Un pas de plus dans la stratégie du géant américain... comme celles d'autres grandes opérateurs du web.

Les matches des courts principaux et en journée resteront sur FranceTV, mais les plus acharnés devront se rendre sur Amazon Prime Vidéo
Les matches des courts principaux et en journée resteront sur FranceTV, mais les plus acharnés devront se rendre sur Amazon Prime Vidéo © AFP / KMSP / PHILIPPE MILLEREAU

À partir de 2021 et au moins jusqu'en 2023, les férus de tennis devront s'abonner au service Amazon Prime Video s'ils veulent regarder l'intégralité des matches de Roland-Garros : ce jeudi, la plateforme de commerce en ligne a acquis les droits des matches du tournoi qui se déroulent en soirée ainsi que de ceux programmés sur le court Simone-Mathieu

Jusqu'à présent, France Télévisions partageait la diffusion avec la chaîne payante Eurosport, définitivement évincée après 27 ans en tant que diffuseur. La Fédération française de tennis (FFT) a fait gonfler la note : aucun montant n'a été donné officiellement, mais selon la fédération, les revenus perçus "augmenteront de plus de 25%"

Une facture plus salée que les années précédentes

Le contrat de diffusion, qui s'élevait jusqu'à présent à 24 millions d'euros, se rapprocherait donc petit à petit de ceux des autres tournois du Grand Chelem : pour Wimbledon et l'US Open, on est plutôt autour de 70 millions d'euros par an. Si dans un tweet elle s'est dite "très heureuse" que France Télévisions continue à diffuser le tournoi, Delphine Ernotte, la présidente du groupe, avait sévèrement jugé ces enchères dans une interview au Monde, en début de semaine : 

"C'est une façon très cavalière de traiter un partenaire de 30 ans".

Pour la première fois, les téléspectateurs français vont donc devoir jongler entre un diffuseur "de flux" et une plateforme de vidéo à la demande. Un nouveau changement de modèle majeur après l'arrivée, depuis plusieurs années, de nouveaux acteurs dans le domaine des retransmissions sportives, des offres payantes spécialisées dans le sport (BeIn Sport, SFR Sport ou encore la chaîne lancée d'ici 2020 par le groupe Mediapro, qui a acquis une partie des droits de la Ligue 1). 

Amazon, une stratégie mondiale sur le sport 

Ce n'est pas un coup d'essai : Amazon est déjà implanté sur le tennis en Grande-Bretagne : depuis janvier, les matches du circuit ATP sont diffusés en direct sur sa plateforme vidéo. Et à partir de 2020, ce sera aussi le cas de l'US Open. Toujours outre-Manche, Amazon a acquis les droits de 20 matches de la Premier League, l'équivalent de la Ligue 1 française, entre 2019 et 2022. 

Aux États-Unis, en avril 2017, Amazon a acquis la majeure partie des droits de diffusion de la NFL, la ligue de football américain, pour les matches du jeudi soir, pour la coquette somme de 50 millions de dollars environ. Des droits détenus jusqu'alors par... Twitter, qui avait déboursé 10 millions de dollars pour les obtenir. 

Et Netflix, Apple et les autres ?

De son côté, le leader actuel du secteur, Netflix a annoncé, en septembre dernier, qu'il n'avait aucun projet de diffusion de rencontres sportives. "En termes de sport en direct, il n'y a rien que l'on puisse faire différemment d'une chaîne de télévision, il n'y a pas de valeur ajoutée", expliquait dans le journal américain Variety la patronne du développement de Netflix en Europe, Moyen-Orient et Afrique, Maria Ferras. 

En revanche, Google propose aussi une offre dédiée au sport par l'intermédiaire de sa plateforme YouTube : aux États-Unis, "YouTube TV", un bouquet de télévision en ligne, inclut les retransmissions sportives de nombreux événements, dont la ligue de base-ball et la NBA en basket-ball. Quant à Apple, son service Apple TV + prévu pour l'automne inclura également des chaînes sportives - pour l'heure exclusivement sur le territoire américain. 

Enfin, il existe des services entièrement dédiés au sport, comme ESPN+ qui compte plus d'un million d'abonnés aux États-Unis (et va bénéficier d'une rampe de lancement supplémentaire, car il pourra être souscrit en offre groupée avec le futur service Disney+), ou encore le britannique DAZN, implanté dans plusieurs pays dont l'Allemagne, l'Italie,  l'Espagne, le Canada, la Suisse, ou le Japon, mais pas encore en France. DAZN diffuse notamment des matches de la Ligue des champions, de la Coupe d’Afrique des nations, ou même, en Allemagne le mois dernier, des matches de la Coupe du monde féminine de football. Pour l'heure le service n'a pas prévu de se lancer en France, où le paysage des chaînes sportives est déjà saturé.

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