Alors qu'il nous fait ressentir une multitude d'émotions plus riches les unes que les autres, pourquoi le baiser est-il si déterminant dans nos relations de couple et dans notre rapport à l'autre ? À quand remonte son histoire ? Est-ce une construction culturelle ? En quoi représente-t-il une autre forme de langage ?

Pourquoi s'embrasse-t-on sur la bouche ?
Pourquoi s'embrasse-t-on sur la bouche ? © Getty / Westend61

Invités de Grand Bien Vous Fasse, au micro d'Ali Rebeihi, Alexandre Lacroix, directeur de Philosophie Magazine, Céline Hess-Halpern, avocate spécialisée en droit de la santé et Belinda Cannone, romancière, professeure de littérature comparée, reviennent sur la symbolique culturelle et historique du baiser qui détient une place exceptionnelle dans notre vie émotionnelle. 

Aux origines du baiser

Céline Hess-Halpern évoque l'héritage préhistorique de ce geste, progressivement devenu désir : "Avant d'être une construction culturelle, il a été un geste charnel naturel. Il y a beaucoup d'études scientifiques passionnantes qui sont remontées aux hommes préhistoriques. Au départ, le premier geste qui a été précurseur du baiser, c'était de nourrir son bébé par la bouche. Exactement comme la becquée des oiseaux, certains disent que ce geste peut-être l'ancêtre du baiser qui a évolué ensuite avec les cultures, avec nos mentalités, avec nos sensibilités et notre pluralité de gestes". 

Alexandre Lacroix explique que le caractère émotionnel et proprement désirable du baiser s'est construit grâce à la culture gréco-romaine : « Si le baiser n'a rien d'universel tant il y a encore de vastes territoires sur la planète où le baiser est peu pratiqué, comme l'Afrique subsaharienne, l'Asie, on peut lui prêter une origine romaine, antique. Les Romains sont les premier à l'avoir codifié en distinguant trois manières d'embrasser : 

  • Le "basium" qu'on échangeait en famille : une mère embrassait ses enfants sur la bouche et on s'embrassait aussi sur la bouche entre frères et soeurs.
  • "L'osculum" entre les membres d'une même corporation, le même corps politique, entre sénateurs on s'embrassait. 
  • "Le suavium" qui était le baiser des amants. 

Les mœurs romaines liées au baiser nous ont transmis l'idée d'une appartenance à la même famille et à un même corps social. Une idée d'égalité, quelque chose de très social et politique en somme. C'est pourquoi, quand on se marie aujourd'hui, on s'embrasse publiquement, les jeunes mariés soudent leur union pour signer cette idée qu'ils font désormais partie de la même famille. 

Une signification du baiser sur la bouche très culturelle qui n'existe pas forcément ailleurs.

Il n'a été mondialisé que très tardivement et superficiellement par le cinéma". 

"Le geste le plus authentique du désir humain"

S'embrasser par amour

Pour Belinda Cannone, on ne peut embrasser que par amour : "Le baiser lèvres contre lèvres, visage contre visage, recouvre une sacralité unique du geste qui ne trompe pas. Si on peut faire l'amour sans aimer la personne avec qui on le fait, on ne peut pas embrasser une personne si on ne l'aime pas". 

Quand on s'aime, on est presque obligé de s'embrasser parce que le baiser c'est vraiment le geste amoureux par excellence". 

Un langage à part entière 

Si on ne peut pas parler en s'embrassant, Alexandre Lacroix explique que "le geste en lui-même impose un silence (qui, lui, devient très parlant). La communication verbale est coupée et laisse place à une autre forme de langage. 

Après, il y a plusieurs manières d'embrasser et par lequel on définit, en propre, son amour pour l'autre en même temps que l'on y inscrit ses propres émotions. À tel point qu'il est très difficile de décrire la manière d'embrasser quelqu'un. Il est d'autant plus difficile de décrire le « bisou", le style intime de quelqu’un, qu'il n'y a jamais eu de traités en philosophie sur le baiser". 

D'ailleurs, précise Belinda Cannone, "on ne s'embrasse jamais deux fois de la même manière car il y a une invention constamment foisonnante qui varie en permanence avec l'instant présent". 

Pas de beauté, pas d'amour, pas de baiser sans autrui

La romancière saisit le caractère nécessairement mutuel du baiser expliquant que "c'est un geste absolument réciproque qui ne peut se faire seul. C'est l'un des très rares gestes de l'existence qui demande à ce que l'on soit deux. Il y a une réciprocité dans le baiser qui s'échange tout naturellement. 

Le baiser est un geste qui ne prend sa valeur, sa douceur, sa sensualité que par le désir de l’autre.

C'est avant tout un échange des visages d'où se manifestent notre humanité. C'est la dignité du baiser qui fait que deux personnes s'envisagent en caressant, en honorant le visage et l'humanité de son, ou de sa, partenaire".  

Existe-t-il un art pour bien embrasser ?

L'improvisation pure et le sentiment suffisent !

Belinda Cannone 

Aller plus loin

🎧 RÉÉCOUTER - Grand Bien Vous Fasse - Le goût du baiser

📖 Alexandre Lacroix - Contribution à la théorie du baiser (Autrement)

📖 Belinda Cannone - Le baiser peut-être (Alma éditeur)

📖 Céline Hess-Halpern - L'éloge du baiser (Flammarion) 

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