Quand il représente pour certains la parfaite occasion d'immortaliser son amour auprès de ses proches et d'apporter une vraie sécurité à son conjoint, d'autres lui préfèrent le Pacs et ne manquent pas de renvoyer le mariage à ses origines patriarcales, et de le rapporter au seul intérêt économique et financier.

En règle générale, quels sont les principaux arguments pour ou contre le mariage ?
En règle générale, quels sont les principaux arguments pour ou contre le mariage ? © Getty / Shaun Egan

"Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants !"

Il faut avouer que c'est l'une des premières phrases qui nous vient encore à l'idée lorsqu'on y pense. Elle renvoie à une forme de logique idéale pour envisager le bonheur dans un couple, quand pour d'autres, au contraire, le mariage ne va pas forcément de soi et renvoie à une idée toute codifiée, voire aliénante du couple, réduite au seul intérêt économique. 

Quand pour les uns, ils est considéré comme un contrat plus authentique et solennel qu'un Pacs, ses détracteurs ne manquent pas de rappeler que ce n'est pas loin d'un mariage sur deux qui se termine par un divorce. Reste que le mariage a complètement changé de place par rapport au couple quand, pendant longtemps, il était obligatoire de se marier aux yeux de la société.

Dans l'émission "L'été comme jamais", présentée par Eva Roque, Sibylle Gollac, chercheuse en sociologie au CNRS, Florence Maillochon, sociologue du mariage et Jérémy Houssier, professeur de droit à l’Université Reims-Champagne Ardennes reviennent sur deux des grands arguments que peuvent s'opposer les pro-mariages et les anti-mariages :

Le mariage, un (dés)intérêt fiscal et économique ?

Quand bien même un couple n'entend se marier que par amour, par symbole, le mariage n'en reste pas moins un contrat par lequel le couple se jure assistance dans le cadre d'une séparation ou d'un deuil. Alors qu'il s'agit d'une sécurité essentielle que l'un et l'autre s'apportent mutuellement, autant par amour, il n'en reste pas moins, pour ceux qui refusent le mariage, un intérêt économique qui vient gâcher le seul sentiment amoureux. 

Comme l'explique Florence Maillochon, "une des grandes motivations des personnes à se marier, est de bénéficier d'une protection financière et d'avantages fiscaux. D'ailleurs, on observe une sociologie assez différente chez les gens qui se marient et ceux qui se pacsent. 

On observe que ce sont en général les gens qui pensent en termes d'intérêts économiques qui se marient, depuis une vingtaine d'années

Avec l'existence du Pacs, il n'existe pas d'autre grand intérêt aujourd'hui à se marier que les aspects fiscaux et patrimoniaux, explique Jérémy Houssier, "puisque l'avantage qu'on peut trouver d'un point de vue juridique au mariage par rapport au Pacs, c'est une prestation économique compensatoire en cas de séparation ou de deuil". Dans tous les cas, on peut autant protéger son ou sa conjoint.e par le Pacs. Il faudra simplement rédiger, dans ce cas, un testament. 

L'héritage patriarcal du mariage

L'idée de refuser un contrat d'union imposé pendant des millénaires par des mœurs patriarcales, n'est pas rare pour justifier son refus du mariage tant celui-ci a pendant longtemps assujetti les représentations du couple et de la famille dans une logique d'inégalités permanentes entre les hommes et femmes. Il y a souvent une volonté de refuser de s'inscrire dans cet héritage-là, quand bien même aujourd'hui, formellement, dans le droit, les droits des époux sont égaux.

Sibylle Gollac précise : "Le mariage, historiquement, c'est une institution patriarcale […] Avant, quand une femme se mariait, elle renonçait en partie à son pouvoir, notamment sur ses biens. Elle était forcément sous l'autorité de son mari".

À l'époque, le mariage, c'était, pour les femmes, accepter d'être dans une position subordonnée, dominée par rapport à son mari.

  • Pour la petite histoire

Autrefois, le mariage mettait en évidence la consécration juridique par la société d'une relation forcément sexuée, entre un homme et une femme, codifié socialement, dans un sens exclusivement hétérocentré. 

Une société qui a longtemps considéré la femme comme une monnaie d'échange par son père qui la confiait à un homme qu'il avait souvent lui-même choisi. Le mariage impliquait que l'épouse devait donner rapidement à son mari des enfants, pour assurer une descendance à la famille paternelle. Si le mariage antique reposait d'abord sur un acte strictement privé, sans qu'un contrat ne soit encore établi dans un registre religieux ou civil officiel, les logiques patriarcales, elles, étaient malgré tout bien présentes. Le père choisissait le futur conjoint de sa fille, lui confiait sa vie et l'administration de ses biens, ne laissant aucune place à l'attirance libre, sentimentale.

Les hommes aussi, bien que placés dans une position dominante, étaient eux aussi soumis aux injonctions sociales du mariage. Comme le traduit très bien pour l'époque, un célèbre philosophe :

C'est un crime que de se refuser à prendre femme" à tel point que l'homme non marié à l'âge de 35 ans se voyait assujetti à une amende annuelle…

- Platon

Au XIIIe siècle, le mariage est redéfini par le christianisme, en devenant un sacrement indissoluble. La place dominante de l'homme est davantage réaffirmée : à l'image du Christ comme chef de l'Eglise, le mari est le chef de la femme et de la famille. 

Si le mariage se libéralise au cours de la révolution française et devient d'abord un contrat d'état civil, Napoléon contribue à perpétuer l'autorité du mari sur son épouse. 

Il faut attendre la loi sur les régimes matrimoniaux de 1965 pour que la tutelle maritale soit abolie ; les années 1970 pour que l'autorité parentale remplace l'autorité paternelle, et que l'infidélité ne soit plus une faute pénale. 

La femme mariée reste dominée par son mari jusqu'à la loi du 23 décembre 1985, qui accorde aux époux la gestion commune de la communauté en régime légal et supprime toute référence au mari ou à la femme pour bien marquer l’égalité entre les époux. 

Aujourd'hui, la transformation du modèle familial, l'évolution des mœurs, des mentalités, ont conduit à la création du Pacs en 1998, qui institue un contrat à mi-chemin entre le mariage et le concubinage, puis, surtout, à la mise en place du mariage pour toutes et tous en avril-mai 2013. 

Aller plus loin

🎧  RÉÉCOUTER - Un été comme jamais : Se marier a-t-il encore un sens ?

📖 LIRE - Sibylle Gollac (auteure avec Céline Bessière) de "Le genre du capital. Comment la famille reproduit les inégalités" (éditions La Découverte, 2020)

📖 LIRE - Sabine Melchior-Bonnet et Catherine Salles : Histoire du mariage (Robert Laffont)

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