Après la dopamine, la phényléthylamine ou encore la sérotonine, connaissez-vous l'ocytocine ? Le chimiste et pharmacologue Marcel Hibert revient sur la particularité génétique de cette hormone qui a le don de favoriser l’amour, le bonheur, la confiance, le lien conjugal et social, la stabilité et l'attachement.

L'amour sur commande grâce à une simple dose d'ocytocine ?
L'amour sur commande grâce à une simple dose d'ocytocine ? © Getty / Elizabeth Fernandez

L'ocytocine, une hormone si attachante...

Les fonctions de cette molécule sont faites pour sceller une relation dans l'empathie !

C'est ce que nous explique le pharmacochimiste Marcel Hibert dans "Du Vent dans les synapses". Mais alors y sommes-nous parvenus ? L'ocytocine rendrait-elle enfin possible l'invention de ce philtre d'amour qui en fait rêver plus d'un ? Vous vous demandez s'il sera bientôt possible de jouer avec l'amour, d'attirer votre prince(sse) charmant(e) ? C'est une bonne question, mais qui ne va pas sans quelques considérations éthiques… 

La pharmacochimie a constaté qu'il était possible d'étudier l'amour, grâce à la découverte du rôle modulateur de cette hormone que l'on appelle "ocytocine", dans différents types de comportements et d’attachements entre individus. C'est au début des années 2000 que son action a été mise en lumière. "On a commencé à observer le comportement animal en fonction du milieu dans lequel il vivait et on s'est rendu compte que toute espèce à reproduction possédait cette hormone". 

De plus, elle favoriserait la stabilité de votre vie de couple ! Mais aussi vos relations amicales et parentales, votre altruisme, votre bienveillance à l'égard d'autrui ! Comme le souligne Marcel Hibert « Les premiers résultats suggèrent qu'il y aurait une prédisposition génétique à avoir un comportement stable dans un couple, et aussi, dans un cadre maternel plus au moins développé. Les décharges qu'elle produit font qu'on est plus disposé à être enthousiaste ».

Biochimiquement, Marcel Hibert affirme qu'il est prouvé que l'amour rend aveugle au début de la relation, dans la mesure où certaines zones du cerveau, responsables de cette lucidité, se désactivent subitement.

Les taux d’ocytocine sont aussi connus pour être relativement important pendant la maternité, constituant un indicateur important des manifestations de l’attachement entre la mère et son enfant après la naissance. Ses mécanismes d'action permettent de provoquer les accouchements ou de favoriser l’éjection du lait maternel notamment grâce à un spray nasal qui permet d'en administrer directement en atteignant plus directement le cerveau. 

Attention aux faux espoirs... Ça se saurait si l'amour pouvait être contrôlé !

Mais l'action de l'ocytocine est aussi variable que l’amour est pluriel ! Effectivement, celui-ci répond à plusieurs types de sentiments : 

  • Passionnel (romantique et physique)
  • Amical 
  • Parental
  • Altruiste 

Quatre états émotionnels et comportementaux différents qui présentent des caractères biologiques distincts les uns des autres, comme chaque personne vit ses propres expériences amoureuses et sentimentales.

Oui... Il faut cependant prendre du recul et ne pas trop exagérer quant à la portée réelle, effective et idéalisée de cette hormone ! L'amour répond avant tout à des mécanismes moléculaires qui nous dépassent ! Cette molécule, si fascinante soit-elle, n'est que l’un des innombrables facteurs biologiques qui nous constituent et favorisent nos sentiments. Pour chaque situation, plusieurs hormones interviennent en même temps. Chacune aura un rôle en fonction de la situation, tout est entremêlé.

C'est la raison pour laquelle Marcel Hibert appuie ses propos en insistant sur l'idée "qu'il est important d'être prudent car les gènes sont loin de contrôler absolument tout : _l'amour ne se limite pas à l'ocytocine_, c'est une hormone impliquée dans l’attachement en général mais l'amour n'est pas synonyme d'une seule et unique hormone ! Celle-ci vient moduler un certain nombre de comportements, d’attachements, l'amour en tant que tel, et ses comportements sont d'origines extrêmement complexes car à la fois génétiques, environnementales, historiques"....

Tout comportement est la conséquence d'interaction moléculaires complexes (dopamine, sérotonine, adrénaline, testostérone, œstrogène...).

Quoique ! Un jour, peut-être ? 

Si Marcel Hibert reste mesuré et étudie avec beaucoup de recul ce phénomène hormonal et moléculaire lié à l'amour, cela ne l'empêche pas de poser la question : "Et si demain, cela devient possible ?" Si l’ocytocine permet d'influencer biologiquement les sentiments et les comportements d’attachement, la question est de se demander jusqu'où aller quant à ses effets ? Serait-il éthique de se tourner vers la personnalisation des sentiments et de notre rapport à l'amour ? 

On n'est jamais à l'abri d'un succès ! Un tel projet invite le chercheur à se soucier des conséquences potentielles d'une telle découverte

MH : "Imaginez qu'on en arrive à inventer le philtre de Tristan et Yseult, cela représenterait avant tout une arme de destruction ou de construction massive susceptible de contrôler les foules et poserait des questions extrêmement délicates éthiquement parlant. Ceci-dit, il semble difficile d'arrêter la quête du savoir mais _il est important de prendre en compte ce que les hommes feraient de ces découvertes_. Reste que le chemin est encore long avant de l'imposer comme médicament !"

Aller plus loin 

🎧 RÉÉCOUTER - Du Vent Dans Les Synapses de Daniel Fiévet

L'amour entre chimie et alchimie

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