Ce que dit la première étude sérologique menée sur le Covid-19 par l'Institut Pasteur

par Danielle Messager publié le

Une étude épidémiologique et sérologique de l'Institut Pasteur, dévoilée ce jeudi matin, permet de mieux comprendre le développement de l'épidémie de Covid-19 dans l'Oise au mois de mars mais aussi de voir ce qui l'a freinée. La nicotine apparaît également comme un élément de diminution du risque d'infection.

Les tests de détection associés aux tests sérologiques développés par l’Institut Pasteur ont montré que 26 % de la population étudiée à Crépy-en-Valois a été infectée par le coronavirus. © Maxppp / PhotoPQR / Guillaume Georges

C'est la toute première étude séro-épidémiologique en France. Une équipe de l'Institut Pasteur s'est penchée sur le développement de l'infection par le Covid-19 au sein d'un lycée de Crépy-en-Valois (Oise). Le travail a été mené du 30 mars au 4 avril dans l'un des principaux épicentres du développement du virus en France, auprès des lycéens et de leurs contacts respectifs. Le début de l'étude est intervenu un peu plus d'un mois après le décès d'un enseignant de Crépy, le 25 février, premier cas reporté sans lien direct avec la Chine. 

Cette étude, épidémiologique et sérologique (donc à la recherche d'anticorps), conduite par une l'équipe du professeur Arnaud Fontanet, avec le soutien de l'Agence régionale de la santé des Hauts-de-France, de l'Académie d'Amiens et de l’Établissement français du sang avait, pour but d'établir précisément la part de personnes touchées par le Covid-19. Elle permet de tirer beaucoup d'enseignements sur le développement de l'épidémie dans un bassin de population comme la commune oisienne. 

Les vacances scolaires, frein à l'épidémie

Première du genre, l'étude a été menée auprès de 661 personnes, des lycéens et leurs contacts (professeurs, familles). Grâce aux tests de détection du virus associés aux tests sérologiques développés par l’Institut Pasteur, cette étude révèle que 26 % de la population étudiée a été infectée par le SARS-CoV-2 et possède des anticorps contre ce virus. La proportion est plus importante chez les lycéens eux-mêmes et leurs enseignants : 38 % des lycéens infectés, 43 % des enseignants. 

"Le virus a beaucoup circulé dans le lycée et la fermeture pour les vacances scolaires a eu un impact très fort : la transmission s'est arrêtée et le confinement au 1er mars à Crépy a mis fin à l'épidémie", souligne Arnaud Fontanet, responsable de l’unité "épidémiologie des maladies émergentes" à l’Institut Pasteur. 

Dans les familles des lycéens, la contamination était plus faible (autour de 10 %). Il apparaît aussi que 17 % des personnes ayant développé des anticorps n'avaient manifesté aucun symptôme

Toutefois, "les taux d’attaque observés parmi les participants de l’étude suggèrent que l'immunité collective ne s'établira pas rapidement. De plus, d'autres régions de France, où le virus n'a pas encore circulé, sont quasiment naïves par rapport à ce virus", ajoute Arnaud Fontanet. 

La nicotine, piste de traitement ?

L'étude vient aussi confirmer que la perte de l’odorat et du goût sont les deux symptômes qui ont une valeur prédictive très forte en faveur d’une infection.

Mais autre enseignement intéressant, qui vient s'ajouter à des observations en cours et dont France Inter vous révélait l'existence, les fumeurs sont moins malades que les autres

En effet, 7 % des fumeurs étaient infectés alors que quatre fois plus des non-fumeurs étaient infectés. "Cela correspond a une diminution du risque de 75% d'être infecté pour les fumeurs", détaille Arnaud Fontanet. "Peut-être que la nicotine pourrait avoir un effet... C'est une piste de recherche pour la prévention comme pour le traitement", ajoute le chercheur de l'Institut Pasteur. 

Trois tests fiables développés en parallèle

Avec des chercheurs du CNRS et de l’Inserm, les scientifiques de l'Institut Pasteur ont, en parallèle, réalisé une étude pour évaluer la fiabilité de plusieurs modèles de tests, en particulier de deux types de tests sérologiques : 

  • des tests de détection d'anticorps pour évaluer si une personne en a développé et a donc déjà contracté le virus ;
  • des tests de neutralisation qui permettent de déterminer si une personne est immunisée contre le virus grâce à des anticorps dits "neutralisants".  

Utilisés en particulier dans l'Oise, ces tests ont montré une grande fiabilité et pourraient être développés à plus grande échelle.   

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