Enquête : 7 salariés sur 10 prêts à révéler leur salaire pour faire avancer l'égalité femmes-hommes

par Claire Chaudière, Louis-Valentin Lopez| publié le

À partir du 4 novembre, les femmes travailleront en quelque sorte gratuitement comparé aux hommes en France. Le collectif Les Glorieuses, qui fait chaque année le calcul, publie à cette occasion une enquête, que France Inter vous révèle en avant-première.

Rébecca Amsellem, fondatrice du collectif Les Glorieuses qui publie depuis 2016 la date à partir de laquelle les femmes "travaillent gratuitement" en France. © Radio France / Claire Chaudière

L'an dernier, ce point de bascule symbolique tombait le 5 novembre. Il y a 4 ans, lorsque le mouvement a été lancé... le 7 novembre. Cette année, ce sera donc à partir de ce mercredi 4 novembre, à 16h16 précisément, que les femmes travailleront en quelque sorte gratuitement comparé aux hommes en France. Chiffres d'Eurostat à l'appui, l'économiste et militante féministe Rebecca Amsellem est formelle : "Avec 15,5% d'écart de salaire entre les femmes et les hommes, à poste égal, la France régresse un peu. Elle se situe d'ailleurs un peu au dessus de la moyenne européenne. La réalité est que la situation ne bouge pas vraiment, ou s'aggrave légèrement, alors même qu'en quatre ans nous aurions dû voir les inégalités se résorber.

Parmi les bons élèves européens figurent la Roumanie et l'Italie. L'Allemagne et la République tchèque font partie des très mauvais élèves, avec plus de 20% d'écart salarial entre les femmes et les hommes.

"Le calcul est simple il suffit de prendre l'écart de salaire moyen à poste égal, que l'on rapporte au nombre de jours ouvrés dans l'année. On obtient le nombre de jours où les femmes travaillent gratuitement par rapport à leurs collègues hommes."

Au cœur du problème selon la fondatrice du collectif : la question de l'opacité salariale, centrale, comme le montrent les résultats de l'enquête lancée par la newsletter Les Glorieuses il y a une semaine. Ce questionnaire auto-administré a recueilli plus de 7.000 réponses en quelques jours. 

Près d'une femme sur deux ne connaît pas les rémunérations de ses collègues 

Parmi les principaux enseignements de ce sondage : 44% des femmes interrogées ne connaissent pas les rémunérations des collègues occupant un poste similaire. Mais contrairement aux idées reçues, 8 femmes sur 10 et 7 hommes sur 10 se disent prêts à parler ou à partager des informations sur leur rémunération pour faire avancer la cause de l'égalité salariale. 

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"On se rend compte que la transparence est essentielle pour atteindre l'égalité salariale, explique Rebecca Amsellem. Nous pouvons engager la discussion sur ce sujet dans les entreprises. Et si chacune et chacun le faisait ? Les entreprises ont aussi leur part de responsabilité. Elles peuvent par exemple publier les grilles de salaires réels, et non théoriques, des salarié.e.s, métier par métier. Cela permettrait à tout le monde de pouvoir se comparer, et éventuellement de réclamer des augmentations de salaires." 

Toujours selon cette enquête, en cas de doute sur l’écart salarial, près de 30% des répondantes affirment qu'elles pourraient identifier une personne au sein de leur entreprise à laquelle s’adresser. 29% ne sauraient pas à qui s’adresser et 43% affirment qu’il n’existe pas une telle personne au sein de leur entreprise. "D'où la nécessité de mettre en place des référent.e.s égalité salariale dans les entreprises de 50 à 300 salariés. Ce qui n'existe pas aujourd'hui" poursuit l'activiste, également docteure en économie.

Pour un plan de relance économique féministe 

À l'occasion de ce 4 novembre 2020, Les Glorieuses dénoncent aussi un plan de relance économique qui risque d'aggraver en l'état les inégalités entre les femmes et les hommes

"Sur l'ensemble du texte, pas une seule fois le mot 'femme' n'est prononcé ! Les fonds iront mécaniquement aux sociétés les plus puissantes, à des secteurs où les hommes sont surreprésentés." 

D'où cette préconisation du collectif : le conditionnement de l'obtention des aides du plan de relance économique du gouvernement à celle d'un certificat d'égalité salariale en entreprise, sur le modèle islandais. Un certificat qui serait moins souple que l'Index salarial mis en place par l'exécutif ces dernières années. Les Glorieuses lancent une pétition sur ce sujet. 

D'ailleurs, note le collectif, 96% des répondantes estiment que le gouvernement devrait en faire davantage pour l’égalité salariale, ainsi que 85% des répondants. Enfin, 91% des répondantes pensent que le gouvernement devrait rendre le congé paternité obligatoire de la même durée que le congé maternité post accouchement. Beaucoup d'hommes partagent aussi cet avis : 

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"En somme, si l'écarts de salaires ne se résorbent pas, une chose change tout de même depuis 4 ans que nous calculons cette date, conclut Rebecca Amsellem : on s'aperçoit que les salarié.e.s sont eux de plus en plus impatients et qu'ils se prononcent de plus en plus ouvertement en faveur de mesures fortes pour promouvoir l'égalité."

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