L'Heure bleue

La lucidité-oxygène de Patrick Chamoiseau (1/2)

par Laure Adler| publié le

En 1992, il se voit décerner le prix Goncourt pour son roman “Texaco”. Près de trente ans plus tard, c’est en Martinique que Laure Adler part à la rencontre de l’écrivain Patrick Chamoiseau, pour tracer avec lui les contours d'une “lucidité nouvelle” précipitée par la pandémie.

L’écrivain Patrick Chamoiseau auteur de l’essai "Le Conteur, la nuit et le panier" (Éditions du Seuil). © Jean Luc de La Garigue
À écouter :

Il est devenu muet lorsqu’il a découvert, en entrant à l’école à Fort-de-France, qu’on ne parlait pas créole mais français. Aujourd’hui, il cite son ami et complice Edouard Glissant qui écrivait “en présence de toutes les langues du monde”. 

Auteur de dizaines de romans et d’essais et créateur de mots et de sens, Patrick Chamoiseau a bel et bien fait du langage un allié dans sa lutte contre les absolus - une langue, une couleur de peau, une religion, un imaginaire - sur lesquels le colonialisme a fondé sa domination. 

René Char a dit : “La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil" : à l'opposé d'une lucidité amère, c’est une lucidité fertile, qu’il appelle “lucidité-oxygène”, que cherche à penser Patrick Chamoiseau. Le temps du confinement lui a offert un espace à la fois méditant et militant, qui l’a amené à constater l’irréductible décalage entre réflexion et action. Selon lui, nous savons aujourd’hui qu'il est indispensable de sortir de la matrice néo-libérale, mais nos actes sont paralysés par nos individuations abîmées : l’enserrement même de nos imaginaires fait planer un vide existentiel sur tout ce qui est en dehors de l’économie. 

Dans l'Heure Bleue, il revient également sur un scandale qui secoue les Antilles depuis des semaines : l’usage du chlordécone, un puissant pesticide, dans la monoculture bananière depuis des décennies, alors que les autorités avaient connaissance de sa nocivité pour les travailleurs. 

Patrick Chamoiseau s’inquiète d’une déresponsabilisation collective et alerte sur la dépréciation de l’espace politique : le politique, affaire humaine par essence, devient une affaire économique, provoquant une dégradation accélérée de la qualité du personnel politique, en Martinique comme ailleurs, et la disparition d’une véritable pensée politique. 

Musiques :

  • Nina Simone, "Strange fruit"
  • Casey, "Chez moi"
  • Gael Faye, "Lueurs"

Archives : 

  • Aimé Césaire  lit  son poème « Mot »

Générique Veridis Quo des Daft Punk

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