L'invité de 7h50

Clément Beaune : "Personne n’est forcé d’adhérer à l’UE : quand on y est, on respecte ses valeurs"

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Clément Beaune, Secrétaire d'État chargé des Affaires européennes, est l'invité de 7h50. Il réagit à la décision de l'UEFA de ne pas autoriser l'illumination du stade de Munich en soutien aux LGBT en Hongrie.

Clément Beaune, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, chargé des Affaires européennes © Radio France
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"Je regrette sa décision, je pense que l’UEFA s’est un peu pris les pieds dans le tapis : sa décision de refus est aussi une décision politique", décrypte Clément Beaune. "Si tout ça était neutre, ça ne susciterait pas l’émotion et la polémique qu’on voit depuis 24 heures. Je veux saluer d’ailleurs, y compris au sein de l’équipe de France, l’engagement de certains joueurs comme Antoine Griezmann. Je pense aussi qu’il faut être très clair : défendre l’égalité, c’est pas attaquer telle ou telle loi du gouvernement hongrois, c’est pas une opinion politique, c’est des valeurs fondamentales qui sont dans les chartes sportives, dans les traités européens, l’UEFA s’engage régulièrement (comme la FIFA) pour des causes."

Il rappelle que "c’est pas l’UEFA qui menait une action politique, c’est la ville de Munich et les autorités du stade qui ont dit qu’ils voulaient illuminer le stade et l’UEFA a dit non. Il y a sans doute des supporters racistes dans les stades : est-ce que pour autant l’UEFA suspend ses campagnes de lutte contre le racisme ? Je trouve ça dommage, ça n’était pas extrêmement compliqué, pas extrêmement coûteux, on demandait pas à l’UEFA de rentrer dans un débat politique pour ou contre M. Orban."

"On n’est pas là dans de l’opinion : on considère que montrer l’image d’un couple homosexuel, gay ou lesbien, c’est une forme de pornographie", précise le secrétaire d'État. "Il y a un problème, qui dépasse largement la question du match, qui est symbolique. J’ai eu des heures de débat au Conseil européen sur ce sujet, j’ai travaillé avec mon homologue hongrois, et j’ai dû malheureusement rappeler, ce que je ne pensais pas faire un jour en Europe, que l’image d’un couple homosexuel dans une publicité n’était pas un contenu pornographique."

Sur la Coupe du Monde au Qatar, "on peut réfléchir à des actions"

"On peut faire quelque chose. En parler, c’est déjà beaucoup, parce qu’il y a un an ou deux, c’était l’indifférence générale sur ces sujets", assure-t-il. "On parle de quelque chose qui a lieu en Europe, aujourd’hui. On ne pensait pas qu’on aurait besoin de ces sanctions  [européenne pour suspendre le vote d’un pays au Conseil, NDLR],c’est pour ça que nos procédures sont très compliquées. On pensait qu’un pays qui rejoignait l’Union européenne avait envie de défendre les droits et l’égalité, pas le contraire. Donc on renforce ces mesures, on a aujourd’hui un règlement européen qui permet d’avoir des sanctions financières quand on porte des atteintes à l’état de droit. Nous avons été 14 pays hier à demander à la Commission européenne d’engager ces procédures."

Quid de la Coupe du Monde au Qatar, qui se prépare dans un climat d'atteintes aux droits de l'homme quotidiennes ? "Je l’assume, je suis plus choqué, plus concerné, par ce qui se passe au sein de l’Europe. On n’est pas dans la situation du Qatar au sein de l’Europe, on a adhéré à un projet politique commun. Si le monde entier ne se comporte pas comme l’Europe ou comme nos valeurs françaises et européennes, je le regrette. On peut réfléchir à des actions, parce qu’il y a effectivement des drames au Qatar. D’une certaine façon, cette Coupe du Monde les a mis en lumière, et il faut qu’on réfléchisse à un certain nombre de pressions politiques, diplomatiques supplémentaires."

"L’Europe c’est pas un marché ou un tiroir-caisse pour la Hongrie ou la Pologne, ce sont des valeurs. Personne n’est forcé d’adhérer à l’Union européenne, quand on y est, on respecte ces choses minimales, qui ne sont pas des politiques mais des valeurs."

"Je souhaite la réciprocité" de circulation avec les États-Unis

Sur le variant delta du Covid, et le risque qu'il arrive en France : "On actualise régulièrement, on le fera encore ce matin en conseil de défense, la liste des pays dits “rouges”, ceux où la circulation du variant est très forte. Avec ces pays, je le rappelle, il faut des motifs extrêmement stricts pour entrer sur le territoire : en gros, il faut être ressortissant français. Ça ne va pas être le cas pour le Portugal, qui n’est pas dans une situation sanitaire dégradée, mais on ajoutera des pays dès aujourd’hui à cette liste. Au sein de l’Union européenne, on n’a pas d’alarme aujourd’hui. Je rappelle que même les ressortissants européens doivent se soumettre à un test ou un vaccin avant d’entrer sur le territoire français."

Clément Beaune évoque également le pass sanitaire européen : "Dès le 1er juillet, on pourra circuler et ce sera harmonisé avec le même QR Code partout. Avec des pays où la situation sanitaire est bonne, comme les États-Unis, on a accepté d’ouvrir nos frontières. C’est dans notre intérêt, touristique notamment. Je souhaite la réciprocité, on va mettre la pression sur eux. Je crois que d’ici le début du mois de juillet, les Américains feront évoluer leurs règles."

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  • Clément BeauneSecrétaire d'État auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, chargé des Affaires européennes
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