L'invité de 8h20 : le grand entretien

Julian Jackson : "Ça ne veut plus rien dire, que tout le monde se revendique de De Gaulle"

par Léa Salamé, Nicolas Demorand| publié le

Julian Jackson, historien, est l'invité du grand entretien de Nicolas Demorand et Léa Salamé à 8h20.

Général de Gaulle © AFP / Leemage
À écouter :

Sur l'appel du 18 juin, Julian Jackson, biographe du général De Gaulle, estime que "c'est le moment ou De Gaulle entre dans l'histoire, et devient ce personnage légendaire. Le défi pour le biographe, c'est de jouer entre ces deux choses."

C'est "un appel à l'espoir, que tout n'est pas perdu", l'historien estime aussi que le message reste le suivant: "Nous avons été vaincu dans une bataille, mais une bataille n'est pas la fin" : "Pour De Gaulle, la France a été battue non pas parce qu'elle était décadente, mais pour des raisons militaires."

"Chez De Gaulle, il y a toujours cette tension entre un homme de sentiments et la raison (...) Il donne l'espoir et les raisons d'espérer"

De Gaulle est il républicain? "Jusqu'en novembre 41 il ne parle pas de la République" raconte Julian Jackson, "il ne veut pas se mettre dans un camp ou un autre : il est a-républicain."

Sur Churchill, Julian Jackson explique : "En tant qu'anglais, je peux dire que sans Churchill, on aurait pas eu de Gaulle" (...) Il voyait que la passion que de Gaulle avait pour la France reflétait la sienne pour l'Angleterre".

Tous héritiers de De Gaulle ?

"De Gaulle n'aimait pas le mot "Gaullisme" : "Il était très sensible aux circonstances, avait l'image de ce que devrait être un chef (...) Pour lui, l'important était de ne pas être figé".

"Le gaullisme est un style, une forme d'action, mais il ne faut pas lui donner trop de contenu, ce serait contre sa conception de l'action" estime l'historien anglais.

"Que tout le monde se revendique de De Gaulle, ça ne veut rien dire (...) il est évacué de toute épaisseur historique, pour créer quelque chose qui flotte, qui n'est pas De Gaulle. Quand je vois Marine Le Pen qui va à l'Ile de Sein…Il y a une certaine hypocrisie (...) De Gaulle n'est pas anti européen, en 1958 il a accepté le traité européen".

"Il y a une sorte de nostalgie pour une période où la France comptait dans le monde, la France des années 60, Bardot, Sartre...Il est un peu mêlé à toutes ces idées dans la tête des Français"

"Le président Macron, par son expérience avec Hollande, cela lui a fait penser à comment être président dans ce système très bizarre. Ce conflit intégral entre premier ministre et président, je ne sais pas si c'est adapté à la France aujourd'hui.. Macron a vu que cela ne permettait pas d'avoir un président 'normal'".

"Macron a pensé la Ve République, mais les écueils de l'exercice du pouvoir lui causé des problèmes, avec les gilets jaunes, comme De Gaulle avec Mai 68".

De Gaulle, visionnaire du Brexit? 

L'anglais Julian Jackson rappelle :"Si on relis la conférence de presse de Gaulle en janvier 1963, toutes les analyses qu'il fait des attitudes profondes notre pays [la Grande-Bretagne], se sont révélées vraies (...) Malheureusement il avait raison. Beaucoup de Brexiters célèbrent aujourd'hui, dans notre pays, paradoxalement, la parole de De Gaulle"

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