Profession reporter

C'est dans les pays en paix que les journalistes sont tués

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A peine le temps de se réjouir de la diminution du nombre de journalistes tués à travers le monde en 2019, 49 contre 80 l'an dernier qu'il faut s'attarder sur une donnée inquiétante. Le nombre d'assassinats a considérablement augmenté dans les pays en paix. 56 % des victimes recense Reporters sans Frontières.

Les journalistes mexicains tués en 2019 © RSF
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Rogelio Barragàn Perez, Norma Garabia Sarduza, Francisco Romero Diaz, Telésforo Santiago Enriquez, Jésus Eugenio Ramos Rodriguez, Rafael Murua Manriquez, Omar Iván Camacho Mascareño, Santiago Barroso, Jorge Celestino Ruíz Vázquez et Nevith Condés Jaramillo. Ces dix journalistes mexicains ont été assassinés parce que leurs articles évoquaient la corruption et l'univers des narcos. Dans le bilan 2019 que dresse l'organisation Reporters Sans Frontières, le Mexique devient le pays le plus meurtrier pour la presse, loin devant  l’Afghanistan et la Syrie. 

C'est la tendance lourde de cette année. Les journalistes d'investigation sont désormais les plus exposés aux meurtres commandités, aux assassinats ciblés. Les enquêtes dérangent les gangs mafieux, les clans corrompus, les élus en collusion avec les narco-trafiquants, les firmes aux pratiques frauduleuses. Si le Mexique et l'Amérique latine sont concernés, les pays européens n'échappent à cette nouvelle règle : Malte, la Bulgarie. 

Il est de bon ton dans les pays occidentaux de salir la crédibilité des journalistes qui ont passé des mois à travailler un dossier, en multipliant les sources, les interviews afin de monter un reportage solide qui vise à révéler au grand public des faits dissimulés et caché. N'a-t-on pas encore vu récemment un journaliste insulté et sali par un personnel politique visé par une enquête journalistique sur le détournement de moyens publics à des fins personnels ? 

Le journaliste d'investigation plus menacé qu'un journaliste de guerre ? Ce n'est pas si simple. Si moins de reporters ont été tués sur les théâtres d'opérations militaires, c'est aussi parce qu'ils étaient moins nombreux à s'y rendre, la plupart du temps pour raisons de sécurité, ce qui n'est pas un bon signal. Une guerre, c'est aussi une bataille de communiqués et de propagande et le rôle du journaliste sur place est de cerner la réalité du terrain par ses observations et ses reportages. L'absence de journalistes sur les lignes de front empêche toute vérification des faits qui sont données par les belligérants. 

Le bilan 2019 de RSF fait état de 49 journalistes tués contre 80 l'an dernier. Mais 56% des victimes travaillaient dans des pays en paix. On en parle avec Pauline Ades-Mevel, porte parole de Reporter sans Frontières.

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