L’Europe exporte une partie de ses déchets plastiques vers des pays d'Asie qui peinent à les recycler

par Sandy Dauphin, Olivier Bénis publié le

Selon une note de l'AEE, l'Union européenne exporte jusqu'à 150 000 tonnes de déchets plastiques par mois hors Europe. Ils sont censés y être recyclés. Or on manque de données sur le devenir de ces déchets dans certains pays destinataires. Une partie est peut-être même brûlée ou mise en décharge de manière irrégulière.

Montagne de déchets en Indonésie, le 14 octobre 2019 © AFP / Andrew Gal / NurPhoto

L'Europe produit 30 millions de tonnes de déchets plastiques par an, dont seulement 17% sont réutilisés ou recyclés (d'après les chiffres de 2015 présentés par l'Agence européenne de l'environnement ou AEE). Cette note de l'AEE, consacrée aux exportations de déchets plastiques et à l'économie circulaire, adresse deux messages : non seulement il faut mieux gérer les déchets plastiques en Europe, mais il faut en plus éviter d'en exporter.

Or ces dernières années, l'Europe s'est débarrassée d'environ 300 000 tonnes de déchets plastiques par mois (chiffre pour 2015 et 2016). Sauf qu'il y a deux ans, la Chine, principal importateur a dit "stop" : elle a fermé ses frontières.

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Que sont devenus ces déchets qui ne sont plus recyclés en Chine ? Le rapport épingle justement les solutions de substitution. À court terme, une partie va finir incinérée ou en décharge, faute de possibilités de recyclage suffisantes en Europe. "L'Europe manque encore de capacités pour réutiliser, recycler et collecter tous ses déchets plastiques et se tourne donc vers l'export", rappelle la note de l'AEE.

Deuxième conséquence, les 28 exportent des déchets plastiques (certes moitié moins qu'avant, puisqu'on est passé de 300 000 tonnes par mois en 2016 à 150 000 tonnes par mois en 2019) mais vers de nouvelles destinations : Inde, Malaisie, Vietnam, ou encore la Turquie. Or dans ces pays, les normes et les contrôles sont parfois très loin des standards européens.

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L'Agence européenne de l'environnement s'inquiète : "Dans beaucoup de ces pays qui importent les déchets plastiques de l'Europe, la filière de traitement des déchets n'en est qu'à ses balbutiements. Les déchets importés ne sont souvent pas traités en accord avec des standards européens, et peuvent même être brûlés ou mis en décharge de façon irrégulière."

Et ce, en dépit du fait que la législation européenne stipule que les "opérations de récupération" dans ces pays doivent se passer "selon des conditions globalement équivalentes" à ce qui se fait en Europe.

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Depuis la fermeture des frontières de la Chine, les importations de déchets plastiques de la Malaisie, par exemple, ont presque triplé (entre 2015 et 2018). Face à l'opacité sur le devenir de nos déchets dans ces nouvelles destinations, l'Agence européenne de l'environnement préconise de gérer chez nous le plastique usagé, de développer le ré-emploi et les filières de recyclage.

Il y a un manque de données sur les conséquences environnementales et climatiques - ainsi que sociales - de l'exportation des déchets plastiques en dehors de l'Europe.

Les exportations de déchets plastiques devraient continuer de diminuer avec le renforcement de la réglementation internationale. En mai dernier, la convention de Bâle, une convention de l'ONU qui régit les mouvements transfrontaliers des déchets dangereux, a inclus les déchets plastiques "contaminés, mélangés ou difficile à recycler", comme le rappelle la note de l'Agence européenne de l'environnement.

Raison de plus pour que les 28 s'orientent vers une production et une consommation plus "circulaire" du plastique. La note de l'AEE conclut que "l'Europe a la responsabilité de gérer les déchets qu'elle génère en toute sécurité".

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