Feu de forêt près de Tchernobyl : quel impact en France ?

par Sandy Dauphin publié le

Selon les spécialistes de la sûreté nucléaire, l'incendie près de l'ancienne centrale nucléaire de Tchernobyl (Ukraine) n'aura pas de conséquences sanitaires en France.

Depuis plusieurs jours, un incendie ravage une partie de la forêt au sein de la zone d'exclusion autour de Tchernobyl (Ukraine). © AFP / Yaroslav EMELIANENKO

Des flammes qui rappellent de très mauvais souvenirs. Depuis plusieurs jours, un incendie ravage une partie de la forêt située dans la zone contaminée près de Tchernobyl en Ukraine. Les masses d’air en provenance de cette région, lieu du pire accident nucléaire de l'Histoire, traversent une partie de l’Est de la France. Mais y a t-il un risque que ces "nuages" soient radioactifs ? L’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (l’IRSN), se veut rassurant : "Les niveaux devraient être très faibles et sans conséquence sanitaire", assure l'organisme. 

Pourtant, 34 ans après la catastrophe nucléaire de la centrale de Tchernobyl, lorsqu'un feu fait rage dans la zone d’exclusion, c’est-à-dire dans le périmètre sensible compris dans un rayon de 30 km autour de l’ancienne centrale, le sol contaminé de la forêt relâche encore du césium 137. 

Les masses d'air en provenance d'Ukraine modélisées 

Ces "radionucléides" sont libérés dans les fumées. Des masses d’air contaminées peuvent ensuite se déplacer vers l’Europe de l’Ouest. Un phénomène déjà observé par le passé en France après des feux de forêts en Ukraine, notamment durant l’été 2002 et en 2010. 

L’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, l’organisme public français chargé de l’expertise sur les risques lié au nucléaire, a modélisé avec l’aide des prévisions Météo France le trajet des masses d’air en provenance des zones touchées par l’incendie près de Tchernobyl. 

Compte tenu des conditions météorologiques prévues à partir du 8 avril, les masses d'air ne devraient pas progresser d'avantage vers l'ouest de l'hexagone.

On constate que ces masses d’air vont traverser l’Est du pays mardi 7 et mercredi 8 avril dans un périmètre qui s’étend de l’Alsace jusqu’à Clermont-Ferrand à l’ouest et jusqu'à Marseille au sud. Dans une note publiée mardi, l’IRSN rassure : "Les niveaux d’activité attendus dans l’air en France en césium 137 devraient être très faibles, voire non mesurables. De tels niveaux sont sans conséquence sanitaire pour la population et l’environnement.

L’IRSN relève d’abord qu’il y a eu des contradictions dans la communication initiale des autorités ukrainiennes : "Une hausse localisée du débit de dose gamma [rayons émis par les nucléides, NDLR] a été rapportée par des médias locaux dimanche 5 avril 2020. Toutefois, selon l’Agence France Presse, les autorités ukrainiennes ont démenti lundi 6 avril 2020 toute hausse de la radioactivité, y compris dans les territoires touchés par le feu." 

Pour autant, l’IRSN ne croit pas à l’hypothèse d’un "relâchage" massif de radioactivité, sinon il aurait été détecté par la balise installée depuis 2011 sur l’ambassade de France à Kiev.  

La balise Téléray de l’IRSN installée sur l’Ambassade de France à Kiev en avril 2011 n’a pas détecté d’élévation de la radioactivité ces derniers jours.

En revanche, en l’état actuel, l’IRSN ne dispose pas de données d’instruments de mesures plus précis et plus proches du foyer de l’incendie. Au siège de l’IRSN à Fontenay-aux-Roses (Hauts-de-Seine), on reconnait qu’en raison du Covid-19 et du confinement, il est "plus difficile en ce moment de suivre de loin et d’obtenir des informations recoupées de ses correspondants locaux habituels". 

Comparer avec les effets des incendies précédents

Pour parvenir à la conclusion que le risque de contamination de l’air en France par le césium 137 est faible après l’incendie en Ukraine, l’IRSN se fonde sur l’analyse des précédents feux de forêts près de Tchernobyl. "Il est à noter que ces événements se traduisent jusqu’à présent par de très faibles élévations d’activité [radioactive, NDLR] dans l’air", expliquent les experts dans leur note. 

Ainsi, durant l’été 2002, il avait fallu de multiples incendies de grande ampleur en Biélorussie, Ukraine et Russie pour constater deux pics d’activité au césium 137 en France détaille l’IRSN. "Durant la semaine 37, en septembre 2002, une activité de 1,5 microbecquerels par mètre cube d’air a été mesurée, représentant un peu moins de trois fois le niveau moyen de l'année." Un taux qu’un expert relativise : "C’est trois fois rien puisque le bruit de fond habituel est très faible."

En 2010, après de nouveaux incendies près de Tchernobyl, aucun pic n’avait été constaté en France grâce à des conditions météo favorables. 

En France, les niveaux de radioactivité vont être analysés notamment dans l’Est du pays. C’est le réseau OPERA-Air qui est chargé de surveiller la radioactivité "des aérosols atmosphériques". L’IRSN indique qu’il va procéder aux relevés des stations en priorité dans l’Est et promet de publier les résultats des mesures dans les prochains jours sur le site internet du Réseau National de Mesure de la radioactivité et de l'environnement

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