L’Allemagne sous le choc après un attentat raciste qui a fait neuf morts

par Ludovic Piedtenu publié le

Neuf morts et cinq blessés graves : l’Allemagne est sous le choc après deux attaques à Hanau, près de Francfort. Le tireur a visé les clients et les employés de deux bars à chicha. Après une nuit de traque, il a été retrouvé mort chez lui tôt dans la matinée de jeudi.

Police scientifique à Hanau, le 20 février 2020 © Maxppp / Andreas Arnold/dpa/picture-alliance/Newscom

C’est un acte raciste qui se dessine au lendemain de la double-fusillade. Les enquêteurs ont découvert au domicile du suspect, outre son corps sans vie et un autre cadavre non identifié, une lettre de confession et la vidéo de l‘attaque. Un crime raciste perpétré par un Allemand, puisque sa lettre ne laisse aucun doute sur ses motivations.

La chancelière allemande Angela Merkel a dénoncé "le poison" du racisme, faisant le lien avec d'autres attentats d'extrême droite depuis 20 ans dans le pays, après ces attaques menées par un Allemand aux "motivations xénophobes".

Deux bars à chicha

Ce nouvel attentat d’extrême-droite, intervenu dans une ville de 100.000 habitants, a visé deux bars à chicha fréquentés par une population souvent d’origine kurde. 

Il est 22h mercredi soir quand l’homme lance son premier assaut, en plein centre-ville. Il appuie sur la sonnette du bar, la porte s’ouvre, il entre et tire vers la zone fumeurs. Des témoins entendent huit ou neuf tirs, qui tuent quatre hommes et une femme. Très peu de temps après, deux kilomètres plus loin, de nouveaux tirs résonnent dans la nuit dans le quartier de Kesselstadt. Un autre bar, situé au pied de tours d’habitation, et quatre nouvelles victimes.

La traque est alors lancée : d’importants moyens de police sont déployés jusqu’à trois heures du matin. Le véhicule du suspect, Tobias R., 43 ans, est retrouvé devant son domicile. Les forces spéciales font sauter la porte, se retrouvent face au père du suspect, qui leur indique où se trouve leur fils, mort aux côtés de ses aveux.

Sa mère a aussi été retrouvée morte, tuée par balle, portant le bilan total à 11 morts, dont neuf dans les deux fusillades.  Les victimes, dont certaines sont d'origine ou de nationalité étrangère, avaient entre 21 et 44 ans, selon le parquet. Un Bosnien et un Bulgare figurent parmi les victimes.

La police scientifique s'affaire à Hanau © Getty / Boris Roessler

Des thèses racialistes

L'auteur présumé, qui a suivi une formation de conseiller bancaire puis des études de gestion, a laissé derrière lui une vidéo et un manifeste de 24 pages, que l'AFP a pu consulter.  

Il y appelle notamment à "anéantir" la population d'au moins 24 pays, parmi lesquelles celles du Maghreb, du Moyen-Orient, d'Israël ou encore d'Asie du Sud, avançant des thèses racialistes tout en assurant être surveillé depuis l'enfance.

La menace d’extrême-droite monte en Allemagne

Le pays fait face depuis de longs mois à une recrudescence de ce que les médias allemands appellent tout simplement un terrorisme d’extrême-droite. Depuis le mois de juin, pour la première fois depuis des décennies, un homme politique de la CDU (parti d’Angela Merkel) a été tué lors d’un assassinat politique mené par un néo-nazi. Il l’avait tué par balles bout portant.

En octobre, c’est la synagogue de Halle qui était visée par un militant néo-nazi. La porte n’a pas cédé alors qu’il tentait de la faire sauter, il a alors décidé de tuer plusieurs personnes dans des bars alentours, fréquentés par une population d’origine étrangère.

Vendredi dernier, douze personnes ont été arrêtées dans le pays. Douze militants d'extrême-droite soupçonnés de préparer des attentats de grande envergure.

Le pays sous le choc

Plusieurs rassemblements sont prévus jeudi en fin de journée, à Hanau notamment mais aussi Porte de Brandebourg, à Berlin. 

Le ministre de l'Intérieur Horst Seehofer, qui a déposé des gerbes de fleurs sur les sites visés avec sa collègue de la Justice, Christine Lambrecht, a promis de nouvelles mesures dans les prochains jours.

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