Et si les "gilets jaunes" votaient François Asselineau ?

par Maxence Lambrecq publié le

À moins de 3 mois des élections européennes, les gilets jaunes s'intéressent de plus en plus à un mystérieux candidat : François Asselineau. Le fondateur de l'UPR a déjà le soutien d'Etienne Chouard, l'un des intellectuels du mouvement. Eric Drouet, autre tête d'affiche, l'a également cité. Qui est cet ovni politique ?

François Asselineau, dans son bureau devant le drapeau de l'ONU de la France et de l'organisation mondiale de la Francophonie dans laquelle il croit plus que dans l'UE © Radio France / Maxence Lambrecq

"Je n'ai jamais enfilé de gilet jaune". Il faut dire que François Asselineau n'en a pas le profil.  Diplômé d'HEC, énarque, inspecteur général des finances, cet haut-fonctionnaire parisien, âgé de 61 ans, n'a pas de mal à boucler ses fins de mois. Et il n'a, dit-il, "jamais cherché à récupérer le mouvement".

Alors, pourquoi attire-t-il les "gilets jaunes" ? "Parce que, sur les ronds-points, les gens sont partis à la recherche de la cause des causes. Pourquoi quand ils votent à droite ou à gauche, ils ont toujours la même politique ? Qui fixe les grandes orientations politiques ? Et là, on tombe sur la question européenne, et donc sur Asselineau et l'UPR" analyse-t-il.

Son moteur : le Frexit

François Asselineau prône, depuis la fondation de l'UPR en 2007, la sortie de la France de l'Union européenne, de l'euro et de l'OTAN. Un discours souverainiste et radical qui a l'air de séduire une partie des "gilets jaunes". "Ils ont compris qu'ils n'avaient plus le pouvoir et que tout se décidait à Bruxelles, Francfort ou Washington" ajoute-t-il. 

Depuis la mi-novembre, l'UPR dit enregistrer un regain d'adhésions : 150 à 200 par semaine. Et ils perçoivent aussi un intérêt grandissant sur les réseaux sociaux. Leur chaîne YouTube, baptisée UPR TV, compte désormais plus de 100 000 abonnés. C'est mieux que l'Insoumis François Ruffin (76 000) ou que le Rassemblement national (22 000), mais encore loin derrière celle de Jean-Luc Mélenchon (410 000).

François Asselineau n'étant quasiment jamais invité sur les grandes chaînes (il a réuni 0.92% des voix à la présidentielle de 2017), il investit énormément dans les réseaux sociaux. Il vient de collecter 180 000€ pour monter dans son modeste QG parisien, un studio télé. 

François Asselineau, dans le studio de son mouvement à Paris © Radio France / Maxence Lambrecq

Pour cette campagne des Européennes, l'ancien conseiller de Chirac, voit grand. Il espère récolter un million deux cent mille euros, et affiche sur son site l'évolution en temps réel de cette cagnotte et du nombre d'adhérents. Il y aurait aujourd'hui 34 000 membres de l'UPR et près de 700 000€ dans les caisses.

Son ambassadeur : Etienne Chouard

François Asselineau a reçu récemment le soutien d'Etienne Chouard, l'une des principales figures intellectuelles des "gilets jaunes", qui considère également que l'Union européenne est "une prison". Eric Drouet, autre tête d'affiche, sent bien également que le discours de l'UPR trouve un écho sur les ronds-points.

Son ennemi : Florian Philippot 

François Asselineau considère que l'ancien vice-président du FN est "un voleur". "Il fait, dit-il, un copier-coller de 90% de ce que je dis, onze ans après moi". Les Patriotes de Florian Philippot misent, en effet, également sur une sortie de l'euro et de l'UE. Alors, pourquoi pas une alliance ?

"Si on faisait une alliance avec M. Philipot, à mon avis, il y aurait 70 ou 80% des gens qui retourneraient leur carte, parce qu’ils ne veulent pas être assimilés à l’extrême droite" François Asselineau 

Et le fondateur de l'UPR ajoute : "Pendant qu’il était vice-président du FN, il a avalisé tous les dérapages de M. et Mme. Le Pen dans tous les domaines, donc il est vu par 99% des Français comme quelqu’un d’extrême droite. Et nous, nous voulons sortir de l’Union européenne, non pas, par xénophobie, racisme ou nostalgie, mais pour rendre aux Français leur démocratie. Est-ce que Mme. Theresa May est une femme d’extrême droite ? Pas du tout."

D'ailleurs, le ministère de l'Intérieur a bien du mal à catégoriser cet ovni politique, ni droite ni gauche. En 2017, il était donc perçu comme "Divers". Trois ans plus tôt, l'UPR avait l'étiquette "divers droite" pour les européennes, et n'avait alors rassemblé que 77 000 électeurs, soit 0.41% des voix. Aujourd'hui, il est crédité dans les sondages d'1 à 1,5% des suffrages.

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