Dépistage du coronavirus : le coup de gueule d’un généticien

par Laetitia Cherel, Cellule investigation de Radio France publié le

Un généticien d’un laboratoire de recherche public du CHRU de Lille est en colère. Il a proposé de produire des tests de dépistage du coronavirus mais n’en a pas eu l’autorisation. Il dénonce la rigidité des autorités en pleine pénurie de tests.

CHRU de Lille © Maxppp / .

Philippe Froguel est diabétologue et généticien à la tête d'un gros laboratoire de recherche du CHRU de Lille. Le 10 mars, alors que les cas de coronavirus ne cessent d’augmenter et que la France manque de tests de dépistages, il propose par courrier à sa direction générale d’en produire. Il est diabétologue et pratique ces tests PCR depuis une trentaine d’années : "Beaucoup de labos de recherche font ça avec des ingrédients, des amorces et des enzymes. Ça ne nous pose aucun problème ici à Lille."

Son enthousiasme est vite douché : "On m’a répondu qu’il fallait respecter les procédures, et que je n’avais pas le droit de le faire." La procédure veut en effet que seul un biologiste médical soit habilité à lire les résultats de ces tests. Le généticien affirme lui que son laboratoire sait les lire. Il estime que les autorités pourraient assouplir ces règles compte-tenu de l’urgence de la situation. 

Un avis partagé par Christine Rouzioux, une biologiste de l’hôpital Necker à la retraite, à condition de s’organiser : "Il faut se donner les moyens de faire plus de tests. Il faut que le gouvernement entende que d’autres laboratoires pourraient travailler au sein de communauté de biologie médicale, avec des procédures communes et en s’organisant. C’est possible."

"On a perdu peut-être quinze jours"

De son côté, le généticien ne décolère pas, même s’il a bon espoir que sa demande aboutisse. "On a perdu peut-être quinze jours. On aurait pu commander des réactifs et ça nous aurait permis de faire environ 600 tests par jour, quand la France en fait entre 2000 et 4000 par jour."

Le problème, c’est qu’aujourd’hui, le CHRU de Lille et celui de Mulhouse sont, selon Philippe Froguel, en rupture de stocks d’enzymes, et ne peuvent donc plus fabriquer ces tests. "Si on nous avait autorisés, nous les gens de la recherche, j’aurais mon congélateur plein d’enzymes, on aurait fait le protocole et on travaillerait à fond pour le CHU aujourd’hui", regrette-t-il.

Selon Philippe Froguel, le cas de son laboratoire n’est pas isolé : "C’est comme ça dans toute la France." Contactée, la direction générale du CHRU de Lille n’a pas répondu à nos sollicitations. De son côté, le CNRS a demandé à ses laboratoires de recherche de lui faire remonter un état précis des personnels disponibles et des stocks de produits nécessaires à la fabrication des tests de dépistage.

À noter que, pour l'instant, le gouvernement français a choisi de ne pas tester en grand nombre comme c'est parfois le cas comme en Corée ou dans une moindre mesure en Allemagne.

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