Vaccins contre la Covid-19 : ces fake news qui circulent (et nous inquiètent à tort)

par Xavier Demagny publié le

"Pas d'informations", "risque de modification de notre ADN", "thérapie génique cachée"... Les fausses infos autour des nouveaux vaccins, en particuliers les formules utilisant l'ARN messager, se propagent. Voici le vrai du faux.

Mardi, sur le plateau de LCI, le ministre Olivier Véran a corrigé un certain nombre d'affirmations formulées par cette invitée de la chaîne info. © Capture d'écran

La question de la vaccination contre la Covid-19 inquiète, suscite de nombreuses questions. En témoignent les derniers sondages, qui montrent désormais que la moitié des Français ne veut pas se faire vacciner, ou bien les doutes du professeur Eric Caumes, à propos des formules utilisant du matériel génétique, exprimés mardi sur France Inter. Si la question des éventuels effets secondaires des différents vaccins peut par exemple susciter des interrogations tout à fait légitimes, il n'en reste pas moins qu'un certain nombre de fausses informations circulent et tendent (ou visent) à amplifier ces craintes. Voici pourquoi ces affirmations sont réductrices, trop simplistes ou tout simplement fausses.  

"Six personnes sont mortes du vaccin Pfizer"

Ce qui se dit : comme le montre le tweet de cette internaute, beaucoup de Français sont inquiets de risquer leur vie en se faisant vacciner. "Je t'aurai prévenu", peut-on lire dans cet échange sur WhatsApp. L'auteur du message partage un article d'un site grec qui évoque le décès de deux volontaires après leur vaccination avec le serum Pfizer.   

Pourquoi il ne faut pas y croire : parce que ce message cède aux sirènes du complotisme ("vaccin covid voulu pour tuer la population mondiale") et se base sur une mauvaise compréhension des informations en circulation. L'étude Pfizer-BioNTech indique en effet deux décès recensés dans le groupe "vaccin" et quatre dans le groupe "placebo". Mais ils ne sont pas imputables au vaccin, selon les données du laboratoire, non contredites par l'autorité de santé américaine. De plus, comme le rappellent régulièrement les spécialistes de la vaccination, tout réside dans le rapport bénéfice-risque (les effets indésirables par rapport à la gravité de la maladie). Or, à l'heure actuelle, cette balance est très positive, en faveur des vaccins testés. 

Comme l'a mentionné le ministre Olivier Véran mardi sur LCI, nous bénéficions d'un recul "d'environ trois mois" sur un "grand nombre de personnes", qui n'a pas mis en lumière d'événements indésirables majeurs.

"Les vaccins à ARN messager vont modifier notre ADN" 

Ce qui se dit : puisque l'ARN messager touche (plutôt de loin) à notre patrimoine génétique, de nombreuses craintes sont formulées sur les réseaux sociaux quant à l'intégrité de notre ADN. Le contesté professeur Christian Perronne a également relayé cette idée dans des émissions sur le mode "des gens disent que ça peut modifier définitivement nos chromosomes, nos gênes et éventuellement transmettre ces anomalies à nos enfants" ajoutant : "On joue aux apprentis sorciers".  

Pourquoi c'est faux : en réalité, l’ARN messager est incapable d'interagir avec le noyau de nos cellules et donc transcrire ses instructions dans l’ADN, notamment parce que ce n'est qu'une toute petite séquence de l'ARN du coronavirus qui est introduite avec le vaccin. "L'ARN vient de l'ADN mais il n'y retourne pas", tentait d'expliquer simplement le généticien Axel Kahn, début décembre sur franceinfo. Sauf à quelques exceptions près à l'aide d'un virus (le VIH, par exemple). "On ne transforme pas le corps (...) c'est une totale absurdité", rassurait-il. 

"C'est un médicament de thérapie génique"

Ce qui se dit : sur LCI, mardi, une femme réticente à la vaccination, invitée sur le plateau, a affirmé face à Olivier Véran que les vaccins de type ARN messager étaient des thérapies géniques, comme celles que l'on utilise pour soigner les maladies rares.  

Pourquoi c'est inexact : il y a là une confusion. Si l'on injecte d'ordinaire, via les vaccins, des virus inactivés ou des protéines, la technique de l'ARN messager est effectivement nouvelle. Elle est d'ailleurs bien inspirée des recherches autour des thérapies géniques, mais n'en est pas une. En fait, les thérapies géniques permettent de réparer la structure ADN de cellules. Or un vaccin dit à ARN est un simple code génétique qui demande aux cellules de fabriquer une protéine, Spike, pour faire croire au système immunitaire qu'il est infecté par le virus Sars-Cov-2 et qu'il fabrique des anticorps pour s’en protéger. 

Si le grand public découvre l'ARN messager, cela fait 20 ans que cette technique est expérimentée. C'est d'ailleurs une technique que l'OMS préconisait, avec celle des vecteurs viraux, en cas d'urgence comme celle à laquelle nous faisons face. 

"Nous n'avons aucune informations sur ces vaccins" 

Ce qui se dit :"Me faire vacciner avec des produits que je ne connais pas, dont je n'ai d'information que par les communiqués de presse des laboratoires pharmaceutiques, c'est quand même leur faire une confiance aveugle et absolue", estimait par exemple Eric Caumes sur France Inter. Un son de cloche qui se retrouve sur de très nombreux posts sur les réseaux sociaux.  

Pourquoi ce n'est pas tout à fait vrai : en plus des dossiers transmis aux autorités de santé et comme l'a souligné plus tard mardi Jean-Daniel Lelièvre, spécialiste de la vaccination, chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital Henri-Mondor de Créteil et membre du comité de vaccination à la Haute autorité de santé, nous disposons déjà d'un certain nombre d'informations sur les vaccins en cours de déploiement en Europe : "Il y a eu des publications de résultats des essais de phase 1 et 2, dans de grandes revues, pour les deux vaccins [à ARN messager]." Comme nous le détaillons aussi dans un autre article, les premiers rapports scientifiques sur l'efficacité des vaccins contre le Covid-19 viennent d'être publiés. Le premier sur le vaccin Pfizer-BioNTech (ARN messager, déjà administré au Royaume-Uni, le second sur celui, pas encore autorisé, de AstraZeneca et l'université d'Oxford (vecteur viral). 

Les données sont en revanche plus rares sur le vaccin de Moderna ; nous ne disposons que de communiqués de l'entreprise, les données précises sont entre les mains des autorités de santé.

Globalement, ces premiers résultats permettent d'estimer la sécurité et l'efficacité des nouveaux vaccins, comme le décrypte également Checknews. Les effets indésirables, notamment pour le vaccin Pfizer, semblent être majoritairement liés à l'injection (en majorité) et semblables à ceux connus pour d'autres types de vaccins. Certains vaccinés ont toutefois développé une fièvre (1/3), six vaccinés sur 10 se sont plaints de fatigue. Il faut aussi mentionner quelques cas de réactions allergiques importantes. 

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