Sponsors frileux ou qui jettent l'éponge : le monde de la voile malmené par la crise du coronavirus

par Jérôme Val publié le

À cinq mois du départ du Vendée Globe, le principal sponsor de l’un des concurrents se retire en raison de la crise sanitaire et économique. Pour l’instant, aucune panique à bord mais forcément, des interrogations surgissent pour les mois à venir.

Le sponsor du skipper Benjamin Dutreux n'a pas résisté à la crise. © Charles Drapeau / Team Water Family

L’horizon était dégagé pour Benjamin Dutreux : il avait trouvé un bateau (Water Family) depuis le mois d’août pour prendre le départ de son premier tour du monde. Un sponsor avait débarqué en début d’année, juste avant le confinement mais Océania Hôtels, c’est le nom de ce partenaire, n’a pas résisté à la crise et a dû jeter l’éponge il y a quelques jours. C’est forcément un coup dur. "On a accueilli cette nouvelle de manière compréhensive. Ils font face à une grave crise. Ce n’est pas pour ça qu’on ne va pas y arriver", réagit le skipper basé aux Sables d’Olonne en Vendée.

Benjamin Dutreux doit maintenant faire face à de grosses échéances à cinq mois du départ de la course. "On a des investissements assez lourds sur le dos car notre bateau est déjà quasiment prêt et nous avons déjà réalisé tous les aménagements, détaille-t-il. Il va falloir les rembourser. On a aussi une équipe qui travaille autour de ce projet. Le problème aujourd’hui, c’est que si on ne trouve pas ce budget, le projet s’arrêterait avant même le départ du Vendée Globe. C’est dommage mais il va falloir qu’on rembourse ces investissements et que l’équipe continue à travailler."

Course contre la montre

La course contre la montre a démarré pour trouver un nouveau partenaire. "Depuis cette annonce, on a eu énormément de contacts qui se sont relancés", se félicite le marin qui ajoute qu’il faut "trouver les ressources pour rebondir et aller de l’avant". Même si au départ le sentiment était plutôt de se dire que "tout était fichu."

Pour Benjamin Dutreux, la course contre la montre a démarré pour trouver un nouveau partenaire. / Charles Drapeau / Team Water Family

Le ticket d’entrée pour un projet comme celui de Benjamin Dutreux est de 350.000 euros : une somme importante mais qui peut être vite amortie en termes de retombées économiques et c’est peut-être ce qui va sauver le monde de la voile, analyse Magali Tézenas du Montcel, déléguée générale de Sporsora, un organisme qui regroupe les acteurs du sport : "On sait que la voile est bénéfique pour les marques en terme de visibilité et de notoriété. Un euro investi peut être multiplié par 5 au niveau des retombées médias. C’est un secteur qui peut être extrêmement rentable pour des entreprises."

Une entreprise décide d'investir

D’ailleurs, à contre-courant de ce qu’on pouvait craindre, une entreprise a décidé à la sortie du confinement d’investir sur un bateau du Vendée Globe : Best Western rejoint Romain Attanasio en tant que co-sponsor. "La décision a été prise paradoxalement au plus haut de la crise, explique Virginie Barboux, la directrice générale adjointe du groupe hôtelier. On a sincèrement pensé que dans cet épisode sans précédent, il fallait que chacun à son niveau puisse relancer la machine. Pour aussi inciter d’autres entreprises et d’autres marques à y croire." Le groupe qui pourrait perdre jusqu’à 200 millions d’euros de chiffre d’affaires cette année n’a pourtant pas hésité, malgré "cet effort particulier." Le montant de ce budget qui "n’était pas prévu initialement" n’a pas été divulgué. 

Malgré cette petite embellie, le sponsoring sportif va subir un contre-coup, de manière presque inévitable, comme l’assure Magali Tézenas du Montcel de Sporsora. "Il y a eu un certain nombre d’études sur le sujets et la dernière disait que la moitié des partenaires allaient maintenant leurs budgets initiaux. 30% vont les reporter dans le temps. Seulement 15% envisagent une réduction des budgets et 5% vont supprimer leurs budgets sponsoring."

Les craintes portent moins sur cette année que sur 2021 où des entreprises, affaiblies par la crise, pourraient se désengager du monde de la voile.   

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