Huit nouvelles colonies de manchots empereurs ont été découvertes en Antarctique, grâce à l'observation de leurs excréments. Cela fait grimper de 5 à 10 % la population totale. Une bonne nouvelle que les chercheurs du British Antarctic Survey ont rendue publique grâce à des images satellites européennes.

"Cette technique permet de repérer le guano [excréments], par contraste de couleur, noir sur le blanc de la glace", explique le chercheur Henri Weimerskirch.
"Cette technique permet de repérer le guano [excréments], par contraste de couleur, noir sur le blanc de la glace", explique le chercheur Henri Weimerskirch. © AFP / Hans Lucas / Guillaume Pepy

Réparties sur la banquise de mer tout autour du continent Antarctique, les colonies de manchots empereurs sont aujourd'hui 50. Lors du dernier inventaire réalisé par des chercheurs britanniques, huit nouveaux sites de reproduction ont été identifiés et trois déjà vus auparavant confirmés. Hélas, préviennent Peter Fretwell et Philipp Trathan, les deux scientifiques du British Antarctic Survey (BAS) qui publient leur étude dans Remote Sensing and Ecology Conservation, les colonies sont moins denses. Au total, la population ne pourrait avoir augmenté que de 5 à 10 % par rapport à 2015. Il y a entre 265 000 et 278 500 couples de manchots empereurs sur le continent blanc. "Après une baisse des populations, on enregistre une légère remontée ces dernières années", note Henri Weimerskirch, chercheur au Centre d’études biologiques de Chizé (CNRS/La Rochelle Université) . 

Popularisés par le film de Luc Jacquet, les manchots empereurs, ces oiseaux noirs et blancs à la démarche drolatique sont particulièrement sensibles au bouleversement climatique. L'inaccessibilité et les conditions extrêmes du continent Antarctique ne permettent pas des campagnes de comptage classiques comme pour d'autres animaux.  

Suivi par satellite de plus en plus performant

Depuis plusieurs années, les images satellites sont donc utilisées. Le dernier comptage a bénéficié des clichés fournis par Sentinelle 2A et 2B, deux engins du programme Copernicus de l'Agence spatiale européenne. Plus précis que ceux de Landsat, un engin américain (10 mètres de résolution au lieu de 30), ils fonctionnent pas détection indirecte. Ce sont les fientes que repèrent, de l'espace, les satellites. 

"Cette technique permet de repérer le guano [excréments], par contraste de couleur, noir sur le blanc de la glace", précise Henri Weimerskirch. "Cela permet de localiser très précisément les colonies de manchots empereurs. Par contre, on ne peut pas calculer la surface de la colonie puisque les manchots vont se déplacer et produire du guano sur des grandes étendues parfois." Or, ajoute t-il, quand ils se serrent pour se protéger du froid et qu'ils forment un pack, "la tortue", celle-ci peut rester statique ou au contraire bouger. La quantité de fiente visible varie en fonction. 

Pour l'étude du BAS, le comptage a été réalisé à partir de trois jeux d'images (2016, 2018 et 2019). Parce que ces images sont mises gratuitement à la disposition des chercheurs, il est désormais possible à moindre coût pour les laboratoires de suivre la population de ces animaux particulièrement sensibles au bouleversement climatique, notamment le recul de la glace de mer.  

Ces derniers mois, le chercheur français a mis en évidence, par d'autres images satellites, la disparition d'une grande colonie de manchots royaux sur l’Île aux Cochons, dans l'Océan Austral. Disparition confirmée ensuite par une mission de terrain. Il voit dans l'accès à ces banques d'images un intérêt non négligeable, notamment d'un point de vue financier.

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