Après l’échec de Stop Covid, une nouvelle application destinée à contrôler la diffusion du coronavirus va être lancée en France cette semaine. Lors de son interview télévisée du 14 octobre, Emmanuel Macron a déclaré qu'aucune des applications des pays voisins de la France n’avait fait mieux. France Inter a vérifié.

L'application allemande Corona Warn app a été téléchargée 18 millions de fois
L'application allemande Corona Warn app a été téléchargée 18 millions de fois © AFP / MICHAEL KAPPELER / DPA / DPA PICTURE-ALLIANCE VIA AFP

En France, l’application Stop Covid n'a été que téléchargée 2,6 millions de fois. Mais surtout, elle n'a pas atteint son objectif. Pas plus que les autres outils du genre en Europe, a affirmé Emmanuel Macron : "Personne n'a réussi à faire de l'application un vrai outil d'alerte." La semaine dernière, lors de son interview, le président français a affirmé que très peu de cas de Covid-19 avaient été détectés grâce aux applications téléchargées sur les téléphones. France Inter a vérifié ces propos.

Royaume-Uni : un problème après un autre

Si l'on s'en tient aux chiffres, l'application NHS Covid-19 lancée fin septembre au Royaume-Uni est un succès, avec 10 millions de téléchargements dès les premiers jours et 16 millions au total. Mais, premier problème, l’appli n’est pas harmonisée sur l’ensemble du Royaume-Uni. Elle existe uniquement en Angleterre et au Pays de Galles. L’Écosse et l’Irlande du Nord ont leur propre application.

Deuxième problème, NHS Covid-19 a été lancée avec beaucoup de retard car la première version était défaillante. Et pas avec un petit bug... mais un gros bug. Entre le 25 septembre et le 2 octobre,16 000 cas positifs n’ont pas été alertés et mis en quarantaine. En cause, un fichier de données trop lourd et qui n’a pas atteint les serveurs du NHS.

Et une fois ce bug repéré, les autorités sanitaires n’ont pas pu souffler. Un autre problème est apparu. Les Britanniques ayant téléchargé l’appli ont reçu en masse des "messages fantômes", leur indiquant qu'ils avaient été "exposés à un risque de Covid". Mais quand les utilisateurs cliquaient sur le lien, le message disparaissait. Un problème apparemment dû aux paramètres de confidentialité des téléphones. Une mise à jour devrait régler le problème mais en attendant, les utilisateurs reçoivent un deuxième message du gouvernement : "Ne vous inquiétez pas, vous ne risquez rien." Une situation "effrayante et déroutante", selon la BBC

En République d'Irlande, le gouvernement évoque très peu l'application Covid Tracker. Deux millions d’Irlandais l’ont téléchargée, alors que le pays compte 5 millions d’habitants. Le ministère irlandais de la Santé estime à 1,3 million le nombre d'utilisateurs "actifs", soit 36 % de la population. Pour l’instant, 1 600 utilisateurs ont signalé être positifs, et plus de 3 000 cas contacts ont été avertis via l'application. 

Allemagne : données trop protégées, cas non détectés

À sa sortie, l’application allemande Corona Warn App a connu un grand succès. Aujourd’hui, 18 millions d’Allemands l’ont téléchargée, et 15 millions l’utilisent. De bons résultats qui cachent, en fait, un échec. L’application demande à chacun de prendre ses responsabilités : lorsqu’un Allemand est testé positif, c’est à lui de rentrer ce résultat dans l’appli et de se signaler. Seuls 5 000 cas positifs ont fait cette démarche, soit 0,03 % des gens qui ont l'application. Un faible résultat pour un outil qui a coûté 20 millions d’euros et qui représente chaque mois 3 millions d’euros en maintenance.

Le manque d’efficacité de Corona Warn App vient aussi de son architecture. Le gouvernement allemand a décidé de ne pas centraliser les informations collectées. En France, par exemple, les données remontent toutes dans un même système. Mais en Allemagne, le sujet de la protection des données est très sensible. Résultat, l’échange des données se fait à courte distance, par Bluetooth. Quand un Allemand télécharge l’application et qu’il passe à côté une personne contaminée, il est averti, mais il ne sait pas où et quand il l’a croisée. Au restaurant ? Dans un bus ? Dans un magasin ? Un manque d’informations qui peut rendre Corona Warn App peu attractive.

Italie : l’appli qui prend son temps

En Italie, mi-octobre, près de 9 millions de personnes ont téléchargé l'application Immuni. Grâce à une campagne de sensibilisation du gouvernement, en seulement quelques jours, les téléchargements ont fortement accéléré ces derniers jours. Aujourd'hui, plus d'un Italien sur cinq de plus de 14 ans a téléchargé l'application. Mais Immuni a pris son temps. Lancée le 15 juin, l'application a démarré lentement : 500 000 téléchargements le premier jour puis 2 millions en une semaine et finalement il aura fallu plus de trois mois – après avoir passé l'été – pour qu'elle se développe. Mi-octobre, l'application avait envoyé 10 000 notifications et signalé près de 600 utilisateurs positifs. 

Mais l'opposition, au pouvoir dans 15 régions sur 20 en Italie, n'a pas joué le jeu. Certaines régions comme la Lombardie, le Piémont ou les Marches n'ont pas incité à télécharger l'application "du gouvernement". La Sicile a lancé en même temps sa propre application, SiciliaSiCura, destinée davantage aux touristes. La région est aujourd'hui celle qui a le moins téléchargé Immuni. Enfin en Vénétie, l'application n'a tout simplement jamais fonctionné ! Si un Vénitien qui avait téléchargé l'application signalait être positif, il était impossible de faire remonter l'information aux personnes qu'il avait côtoyées, car les services sanitaires n'avaient tout simplement rien enregistré.

Belgique : une appli lourde qui épuise la batterie

15 % de la population belge a téléchargé Coronalert depuis son lancement le 30 septembre, soit plus d'un million de personnes. Comme l’explique la RTBF, "l'application Coronalert fonctionne avec des écrans verts et rouges. Un écran vert signifie que l'utilisateur présente un faible risque et qu'il n'a pas eu de contact à haut risque. Dans le cas contraire, l'application affichera un écran rouge". Problème, pour que cela fonctionne, il faut que le Bluetooth soit allumé tout le temps. Ce qui consomme beaucoup d'énergie. Les Belges sont donc tentés de désinstaller l’application. 

Concernant le nombre de cas ou de cas contact détectés grâce à Coronalert, difficile d’avoir des chiffres. Car en Belgique, tout est fait au niveau régional, et les autorités communiquent peu avec des chiffres nationaux. Il faut alors attendre que les trois grandes régions Bruxelles-capitale, Wallonie et Flandres communiquent.

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