Malgré la condamnation début mars de Gilbert Chikli, le pionnier de "l’arnaque au président", à 11 ans de prison pour s’être fait passer pour le ministre des Affaires étrangères, des escrocs profitent de la crise du Covid-19 pour tenter leur chance et d'empocher le gros lot, notamment auprès de grosses sociétés.

Des escrocs continuent à profiter de la crise du Covid 19 pour tenter leur chance
Des escrocs continuent à profiter de la crise du Covid 19 pour tenter leur chance © Getty / Andrew Brookes

À chaque crise ses effets d'aubaine, pour les escrocs. Depuis le début de l'épidémie de Covid-19, les arnaques se multiplient. Souvent, les malfaiteurs usurpent l'identité d'un fournisseur pour détourner l'argent de commandes médicales. Ainsi à Rouen, un grossiste travaillant pour des pharmacies a passé début mars une commande de 6,6 millions d'euros pour des gels hydroalcooliques et des masques à une société qui s'est finalement avérée être fantôme.

Le mois dernier, Gilbert Chikli, l'un des pionniers de cette arnaques dite "au président", a été condamné à 11 ans de prison pour avoir soutiré des millions d'euros en se faisant passer pour le ministre Jean-Yves Le Drian. Pas suffisant pour freiner les ardeurs des escrocs. Selon nos informations, l’une des pistes mène à nouveau vers Israël où les enquêteurs auraient déjà "bien avancé".     

Entretien avec Anne-Sophie Coulbois, cheffe de l’OCRGDF, l’office central de répression de la grande délinquance financière au sein de la police judiciaire.

FRANCE INTER : Vous aviez évoqué au début du confinement les risques d’escroquerie aux faux ordres de virement. Qu’en est-il après plus d’un mois et demi de confinement général et de crise du Covid-19 ?

ANNE-SOPHIE COULBOIS : "On a toujours aujourd’hui ce phénomène des escroqueries aux faux ordres de virement qui est apparu très rapidement après la mise en place du confinement. Il s’agit de propositions de fausses ventes de masques, de gel hydroalcoolique ou de matériel médical en général. On sait que les escrocs visent généralement les établissements de santé, les pharmacies ou encore les Ehpad. 

Mais il s’est rajouté, ces derniers jours, un deuxième mode opératoire qui est un peu différent. Là, les escrocs ne s’adressent pas aux entreprises liées au milieu médical, ni à de petites entreprises, ils ciblent au contraire des grandes sociétés, voire de très grandes entreprises. Ils leur proposent, en usurpant éventuellement une qualité gouvernementale ou en tout cas en se donnant une apparence institutionnelle, de participer à un fond de solidarité nationale qui évidemment n’existe pas du tout. 

Le but est toujours de pousser l’interlocuteur à virer de l’argent sur un compte bancaire relié aux malfaiteurs, après plusieurs rebonds bancaires dans différents pays." 

Cela montre que la condamnation récente de l’auteur de l’escroquerie dite aux "faux Le Drian" n’a visiblement pas calmé les ardeurs de certains...

"Tout à fait. Non seulement ils continuent, mais ils s’adaptent parfaitement au contexte actuel en imaginant une variante à cette escroquerie dite "au président" en surfant sur la vague du Covid.

Pour l'instant, ils n'usurpent pas l'identité de ministres, mais ils essayent de donner à leurs interlocuteurs l’impression qu’ils ont affaire à une personnalité ayant de hautes responsabilités gouvernementales dans le cadre de la lutte contre le Covid, du niveau de chefs de cabinet." 

De quel ordre sont les sommes réclamées ?

"C’est un peu à la discrétion des grandes entreprises, le but étant de d’engager le dirigeant dans une discussion un petit peu 'secrète' et puis d’arriver ensuite à le convaincre de verser un maximum d’argent." 

Ce ne sont pas des gens qui s’improvisent escrocs du jour au lendemain. Ce sont des criminels parfaitement organisés. Il y a toute une phase préalable d’ingénierie sociale où ils se renseignent de manière très poussée sur l’organisation de la société, sur le jargon utilisé.  Cela leur permet d’arriver avec une crédibilité totale. Au-delà de ça, ils disposent aussi des moyens technologiques pour rendre les investigations difficiles, tout en donnant l’impression à leur interlocuteur qu’ils sont en France, qu’ils ont une adresse mail officielle."

Combien avez-vous reçu d’appels, de signalement de la part de patrons du CAC 40 ces derniers jours ?

"On a eu plusieurs signalements. On ne peut pas nier le phénomène."

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